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Syrie : Dix ans après Powell, Kerry brandit une "preuve solide" de l'usage d'armes chimiques


International
Samedi 11 Mai 2013 - 17:15

Le secrétaire d'État américain, John Kerry, a déclaré vendredi 10 mai que les États-Unis pensaient détenir une "preuve solide" de l'utilisation de ces armes par le régime syrien. Cette affirmation intervient quelques jours à peine après que Carla Del Ponte, représentate de l'ONU accusait les rebelles d'utiliser du gaz sarin. Elle intervient également dix ans après le légendaire mensonge américain, à travers Colin Powell à l'ONU, qui a justifié l'entrée en guerre des américains en Irak.


Colin Powell devant l'ONU le 3 février 2003, tenant une fiole "contenant la preuve de l'usage de produits chimiques par Saddame" disait-il. John Kerry (b) redisant la même chose dix ans plus tard, sans fiole cette fois. Montage : Noorinfo
Colin Powell devant l'ONU le 3 février 2003, tenant une fiole "contenant la preuve de l'usage de produits chimiques par Saddame" disait-il. John Kerry (b) redisant la même chose dix ans plus tard, sans fiole cette fois. Montage : Noorinfo
Au cours d'un dialogue avec des internautes organisé par Google+, la télévision NBC News et le département d'État, John Kerry a dénoncé les "choix terribles qu'a faits le régime [du président syrien Bachar al-Assad] par sa volonté de tuer entre 70 000 et 100 000 personnes de son propre peuple, d'avoir recours à des gaz pour lesquels nous pensons avoir la preuve solide de leur utilisation".

Ces propos du chef de la diplomatie américaine, tout juste rentré d'une tournée à Moscou et à Rome centrée sur la Syrie, marquent un pas supplémentaire dans les déclarations de l'exécutif américain sur le dossier des armes chimiques dans ce pays en guerre.

La Maison Blanche avait en effet jugé lundi "hautement probable que quelque utilisation d'armes chimiques que ce soit en Syrie (soit) le fait du régime" syrien et non des rebelles. Le président Barack Obama avait promis fin avril une réévaluation des "options" américaines sur la Syrie s'il est prouvé que Damas a utilisé des armes chimiques, mais a mis en garde dans l'intervalle contre des décisions prises sans avoir "tous les éléments" en main.

Ce que contredit justement carla Del Ponte
, membre de la commission d'enquête de l'ONU en Syrie, qui elle dit avoir "constaté sur place" que les rebelles syriens "ont fait usage de gaz sarin lors des combats qui les opposaient au régime de Bachar al-Assad". Elle a aussitôt été désavouée par l'ONU, qui a indiqué ne pas détenir de preuve formelle.

La Turquie est formelle aussi

Pour le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, cela ne fait aucun doute : la Syrie a utilisé des armes chimiques et a "franchi depuis longtemps" la ligne rouge fixée par les États-Unis, a-t-il estimé vendredi sur NBC News. Son ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a déclaré le même jour, lors d'une visite à Amman (Jordanie), que des examens menés en Turquie sur des victimes de la guerre en Syrie indiquent que des armes chimiques ont été utilisées. D'autres tests seraient en cours pour le confirmer.

Dix ans après Powell

Selon plusieurs observateurs de la question syrienne, l'intervention médiatique de Carla Del Ponte a ôté du fusil occidental la seule munition qu'il avait pour une éventuelle intervention en Syrie : l'usage d'armes chimiques par le pouvoir. Or les rebelles, extrêmement noyautés par des islamistes et djihadistes de toutes les nationalités, dont Al Nosra, classé par les USA eux-mêmes comme terroristes, seraient éventuellement derrière l'usage de tels types d'armes.

La réaction rapide des affaires étrangères américaines après les déclarations de Del Ponte, laisse curieusement penser à celle qu'avait fait Colin Powell dix ans plus tôt à l'ONU et qui avait marqué l'entrée en guerre des USA en Irak.

Ce qu'en dit Powell

Un grand nombre d'informations que l'on m'avait fournies étaient inexactes», a déclaré l’ancien Secrétaire d’Etat américain Colin Powell, dans une interview au Nouvel Observateur. «Je ne cesse de me demander : qu'aurais-je dû faire pour éviter cela ?», s’est interrogé l’ancien général de l’armée américaine, en parlant de l’invasion de l’Irak en 2003. «Le président Bush m'a demandé de présenter nos preuves à l'ONU à partir d'un texte rédigé par un conseiller du vice-président Cheney.

Or, quand j'ai demandé aux services de renseignement des éléments concrets pour étayer certaines parties de ce document, ils m'ont répondu qu'ils n'avaient jamais vu ces informations-là», avoue-t-il, en laissant entendre qu’il avait été piégé par le George W. Bush qui l’avait mis devant le fait accompli pour mener sa guerre contre l’Irak et dont la date avait déjà été annoncée au monde. Mettant à nu la manipulation, Powell révèle que la Maison-Blanche avait insisté pour qu’il parlât «des liens supposés entre Saddam Hussein et Al-Qaïda». Colin Powell ajoute, non sans regret, qu’il avait tenté d’atténuer le mensonge, bien qu’il ne fût pas «délibéré».

Dix ans après l’invasion de l’Irak, l’ancien chef de la diplomatie américaine adopte l’attitude de Ponce Pilate : «Je ne faisais que transmettre ce que les seize agences de renseignement disaient (…) Evidemment, je pensais que la CIA avait vérifié ses informations». Powell n’hésite pas à qualifier ces informations de «canular», accusant l’agence des enseignements américains de s’être référée à une source allemande peu sûre. Il charge l’ancien patron de la CIA qu’il accuse d’avoir écrit, dans son rapport sur l’Irak, que Saddam Hussein avait «des centaines de tonnes d'armes chimiques», alors qu'il n'en possédait «pas un gramme», ironise-t-il. Dix ans après avoir envahi l’Irak et exécuté Saddam Hussein, l’armée américaine est toujours embourbée dans une guerre qui a fait plus d’un million de morts.

Sources : nouvelobs/Noorinfo/alterinfo


              

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