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Qui était Ali Abdallah Saleh, l’ancien président du Yémen tué par les rebelles


International
Lundi 4 Décembre 2017 - 22:40

L’homme qui régna plus d’un tiers de siècle sur le Yémen a été tué dans une embuscade, le 4 décembre 2017, par ses anciens alliés, les rebelles houthistes. Il avait 75 ans.


L'ex président yéménite Ali Abdallah Saleh/IBTimes
L'ex président yéménite Ali Abdallah Saleh/IBTimes

La mort de l’ancien président yéménite Ali Abdallah Saleh à l’âge de 75 ans a été annoncée le 4 décembre 2017. Lui qui se déplaçait toujours avec discrétion et ne faisait confiance à personne, a été tué par ses anciens alliés, les rebelles Houthistes, à environ 40 kilomètres au sud de Sanaa, la capitale du pays. Sa mort a été confirmée le jour même par Faïka al-Sayyed, dirigeante du Congrès populaire général (CPG), son parti.

Son convoi a été la cible de tirs nourris de rebelles. Le secrétaire général du parti, Arif al-Zouka, et son adjoint Yasir al-Awadi, ont également péri dans l’attaque.

 

Une « danse sur la tête de serpents »

« Il est tombé en martyr en défendant la République », a commenté Faïka al-Sayyed. Ali Abdallah Saleh venait de quitter la capitale yéménite, contrôlée par les Houthistes, avec d’autres hauts responsables du CPG, pour se rendre dans des zones tenues par des forces qui lui étaient acquises.

Cet épisode marque la fin brutale d’une figure marquante du Yémen contemporain, pays sur lequel il tentait de garder la main, même s’il avait été contraint de quitter le pouvoir en 2012, après 33 ans de règne chaotique, échappant déjà alors de justesse à un attentat. Lui-même comparaît l’exercice du pouvoir au Yémen à une « danse sur la tête de serpents ».

Derrière sa fine moustache, son regard perçant et sa silhouette d’homme trapu, Ali Abdallah Saleh était un homme autoritaire et un tacticien redoutable, sachant s’allier avec les États-Unis pour lutter contre Al-Qaida dans la Péninsule arabique (Aqpa), la branche djihadiste que Washington comme la plus dangereuse.

Mystérieux attentat en juin 2011

Né le 21 mars 1942 dans une famille du Nord, liée à une puissante confédération tribale, les Hachid, il a tout juste vingt ans lorsque, jeune officier, il participe au coup d’État de 1962 qui renverse l’imam-roi du Yémen du Nord. En 1978, ayant gravi tous les échelons militaires à 36 ans, il devient président du Yémen du Nord, désigné par une Assemblée constituante pour succéder à Ahmad Al-Ghachmi, l’ancien président tué dans un attentat.

Enfin, en 1990, il est l’artisan de l’unification du Nord et du Sud du Yémen et devient président du nouvel État qu’il dirige d’une main de fer. En 1994, une rébellion sudiste est écrasée. Puis, entre 2004 et 2010, il combat cette fois les rebelles houthistes du Nord, membres comme lui de la minorité zaydite, une branche chiite de l’Islam.

Après des mois d’émeutes dans le sillage du Printemps arabe, Ali Abdallah Saleh quitte finalement le pouvoir le 27 février 2012, à contrecœur, non sans avoir été blessé lors d’un mystérieux attentat auquel il échappe en juin 2011 dans son palais. Il refuse alors de s’exiler. Mieux, il n’hésite pas à faire alliance, à partir de 2014, avec ceux qu’il avait jusque-là ardemment combattus, les Houthistes, dans le but de saper l’autorité de son successeur et ancien vice-président Abd Rabbo Mansour Hadi.

Une fortune estimée entre 32 et 60 milliards de dollars

Commence alors une guerre civile qui se poursuit toujours, marquée, en 2015, par la prise de la capitale de la capitale, Sanaa, par la rébellion. Celle-ci contrôlera même brièvement Aden, la principale ville du sud, vite reconquise par une coalition emmenée par l’Arabie saoudite, pays où Abd Rabbo Mansour Hadi fut un temps contraint de se réfugier. Cette guerre a déjà fait au moins 10 000 morts, dont 3 799 civils, selon l’ONU, et est responsable d’une situation humanitaire alarmante dans ce pays, le plus pauvre du Golfe persique.

Vendredi 1er décembre 2017, Ali Abdallah Saleh s’était dit prêt à ouvrir « une nouvelle page » avec les Saoudiens, pourtant ses ennemis des dernières années. Une rupture de l’alliance avec les rebelles Houthistes qui lui aura été fatale.

L’ex président laisse une fortune estimée entre 32 et 60 milliards de dollars, accumulée grâce à la corruption, selon un rapport d’experts remis en février 2015 au Conseil de sécurité de l’ONU, alors que le Yémen est l’un des pays les plus pauvres du monde arabe. Il laisse aussi quatorze enfants, cinq garçons, dont certains successeurs potentiels, et neuf filles.

Jean-Yves Dana AFP/la-croix


              

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