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Noorinfo

PAUVRETÉ ET INSÉCURITÉ : LA FACE CACHÉE DE NOUAKCHOTT


Mauritanie
Mercredi 6 Août 2014 - 10:48

Il est des familles, dans les recoins reculés de Nouakchott, qui sautent des jours sans repas et des nuits sans dîner. Elles vivent dans la pauvreté et la misère, sous le rouleau compresseur de la précarité et de l’insécurité. Seul l’interdit religieux les empêche de prendre d’assaut les chics résidences des quartiers du centre-ville qui les narguent par leur luxe insolent.


PAUVRETÉ ET INSÉCURITÉ : LA FACE CACHÉE DE NOUAKCHOTT
Elles habitent dans cette bande de fragilité sociale qui ceinture le cœur chic de la cité, comme une ombre noire prête à fondre sur sa proie. Le danger est là, dans ces oubliés des politiques de développement que chaque régime emplit de fausses espérances. Une véritable bombe sociale en veilleuse, que la moindre étincelle peut faire exploser. C’est cette masse laborieuse qui attend. Haye "Marbatt", à la lisière d’un des plus vieux bidonvilles de Nouakchott. Le jour, seuls les femmes et les enfants en bas âge assurent la garde des concessions où trônent des baraques carabinées qui couinent au moindre souffle du vent du nord. Alors que les dames rafistolent les interstices par lesquels pénètre le froid estival de ce mois de décembre, les bambins s’abîment dans leurs jeux préférés.

Au boulot…

Tout ce que la maisonnée compte comme bras vigoureux, entre 8 ans et plus est parti tôt le matin, à l’assaut de ce que le jargon populaire appelle "Kepital", la cité des affaires, là où palpite le cœur de Nouakchott. Les plus jeunes ratissent les marchés et les gares routières, à la recherche de la moindre opportunité, une place d’encaisseur dans un bus, une bourgeoise à aider pour le transport de son sachet contre quelques piécettes, des objets de valeur qu’on peut dénicher dans un débarras, où un petit larcin qu’on peut commettre pour arracher la pitance du jour. Les plus âgés, aux biceps noueux, rôdent quant à eux aux alentours des magasins, dans l’attente d’un camion à charger ou à décharger. Les plus chanceux travaillent comme bouchers, petits détaillants, vendeurs de poissons, colporteurs, chauffeurs de taxi, charretiers, samsars… .

Ils participent à la cacophonie qui emplit Nouakchott de ses milles rumeurs le jour. Au crépuscule, toutes ces hordes venues d’ailleurs délaissent le centre-ville qui replonge dans son silence de mort, laissant derrière elles, des tonnes de détritus et les échos de leur foisonnement que les murs tombeaux trouvent du mal à conserver. En fonction de la journée, les familles laissent éclater leurs rires cristallins, où se mêlent la fumée d’un met, les cliquetis des vers de thé et le choc assourdissant des ustensiles de cuisine. Le voisinage saura que Ehel Vlan font ripaille. Mais hélas, ces nuitées ne sont pas aussi assidues, car il y en a des noires.

Lorsque les pères de famille rentrent le soir, les mains vides, le regard éteint et la mine renfrognée, et que les enfants de leur côté se présentent aussi déglingués, il ne reste plus qu’à éteindre très tôt les faibles lumières des bougies et tromper la faim dans les bras de Morphée. Seulement, les nuits longues empêchent souvent les ventres vides de sombrer dans le sommeil. Eclatent alors, ici ou là, quelques pleurs d’enfants, les gémissements d’une mère ou le grognement d’un père tailladé par la souffrance. Le lendemain sera un jour sans repas. Le spectacle, ce même spectacle, est le lot permanant des pauvres qui s’entassent dans les neufs Moughataas de Nouakchott, Kebet Mendez, Basra, Kouva, P.K, Ghandahar, Kossovo, Dar Naïm, Arafat, Toujounine, El Mina…Des centaines de familles tannées par la précarité, vivant souvent à dix, avec moins de 500 UM par jour.

La terreur

Sans éducation, sans avenir ni aucune perspective, beaucoup de jeunes de ces quartiers délaissés ont versé dans les gangs nourris sur le terreau de la misère. La nuit, ils apportent leur propre touche à ce tableau macabre où l’existence est déjà un calvaire. Ils ratissent les rues sinueuses et sombres, enjambent les faibles clôtures ou défoncent les fragiles portes en bois et sèment la peur et la désolation. Pas une nuit ne passe sans ses lots de viols, de crimes, de cambriolages, d’agressions à mains armées, de vols… La police débordée, mal équipée et souvent peu motivée, les attrape et les défère.

La justice les emprisonne et les avocats les libèrent sous caution. Ils ressortent, plus ragaillardis, plus osés, car ils ont goûté à la prison. Ils l’ont découvert et n’ont rien trouvé de terrifiant. Ils sortent plus poussés que jamais à relever d’autres challenges, à commettre d’autres viols, d’autres cambriolages, d’autres agressions... C’est la quadrature du cercle. L’Etat n’a pas encore trouvé la parade. Les sempiternels programmes de formation professionnelle et de lutte contre la pauvreté n’ont pas encore constitué une panacée. Les hauts fonctionnaires sont trop occupés par leurs propres ambitions, les politiques trop abîmés dans leurs querelles byzantines et les fortunés trop absorbés par leurs propres business. Les pauvres devront faire face, seuls, à l’impérieux appel du ventre et à leur propre sécurité.

Source : Kassataya via Lauthentic


              

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