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Maurichronique: “On fait quoi, maintenant ?”


Culture
Vendredi 14 Février 2014 - 16:20

“En attendant Godot.” C’est le titre d’une célèbre pièce de théâtre du romancier, poète et dramaturge irlandais, Samuel Beckett. Une histoire d’attente. Deux bonhommes qui attendent un hypothétique Godot. Une histoire d’absurde. Normal, et pas du tout surprenant, de la part de l’un des maîtres de l’école du Nouveau Roman. ‘’ La littérature de l’absurde.’’ Ou par ‘’l’absurde.


Paris, France, 1 June 1956: Jean Martin (L) and Albert Remy in the play 'Waiting for Godot' Photograph: Roger-Viollet/Rex Features
Paris, France, 1 June 1956: Jean Martin (L) and Albert Remy in the play 'Waiting for Godot' Photograph: Roger-Viollet/Rex Features
Les deux gars attendent ce Godot. Qui ne viendra sûrement pas. En tout cas, jusqu’à, aujourd’hui, au moment, où j’aligne ces lignes, Godot n’est pas encore arrivé. Beckett, lui, le dramaturge n’en sait pas grand-chose. N’en savait pas grand-chose. Il savait beaucoup plus sur ceux qui attendent que sur l’attendu. Le probable-improbable arrivant. Il l’a dit, un jour à un journaliste, bien avant la naissance de l’espèce des peshmergas. Il l’a dit, qu’il ne savait pas si Godot allait arriver ou non. Mais, il savait que les deux bonhommes allaient continuer à l’attendre.   

Godot serait un Sauveur songeaient quelques critiques. La mort, tout simplement, pensaient d’autres. De la pure métaphysique. Le décor est nu. Un arbre, sur une route de campagne, au crépuscule. Deux bonhommes attendent. Il faut bien meubler le temps d’une attente. C’est cela le pari. On est impatient. Et on se démange à  congédier le temps présent pour le compte du futur. L’une des questions culte des deux bonhommes était :’’ On fait quoi maintenant ?’’

C’est une question, qui me revient, aujourd’hui, moi qui n’attends rien du tout. Qui me revient, je veux dire, depuis plus d’une semaine. Plus d’une semaine d’attente de la formation du nouveau gouvernement. Avec tant de ministres démis, de fait. Ni reconduits, ni éconduits…Ni remplacés, ni placés…Je me repose cette question au nom de chaque ministre. ‘’On fait quoi, maintenant ?’’

Vous imaginez combien c’est cruel, et à la fois pathétique,  de devoir reposer cette question un millier de fois chaque jour d’attente. Chaque jour, où chaque laps de temps marque, à lui seul, une route de campagne, un arbre et une roche tristement sans éclat. Chaque instant, où chaque ministre, ‘’brûlent’’,  en lui, les deux ‘’attentistes’’ beckettiens, Estragon et Vladmir.  

Les arabes disent que ‘’l’attente du châtiment est pire que le châtiment proprement-dit’’. L’attente de la récompense n’est pas plus aisée. C’est l’enfer, dans tous les cas. Dans le premier cas, on convoque des tisons de braises, au moment présent de l’attente. Et on se les imagine douloureusement partout le corps. Pour le second, l’enfer c’est le présent. L’instant d’attente. Qui fait de tout l’univers voisin des pointes acérées, brûlantes, sur lesquelles on marche, des instants, et des instants du maintenant. Du maintenant, qui ne finit jamais. On est tenté d’abréger  un temps, qui se refuse toute forme de raccourci. Et toutes les choses qu’on savait belles à proximité redeviennent l’instant d’une attente une plaie ouverte. Le sourire de madame le ministre parait tout simplement, le temps d’une attente,  un concentré d’horreur. Le confort de la chambre à coucher, ses parfums et encens, se confondent à un univers moribond. 

“Rien à faire”, comme faisait dire Beckett à Estragon. L’enfer. On ne dort pas. On est tellement éveillé que chaque infime voix  résonne affreusement dans les tripes ministérielles. Chaque inoffensif pan de voilage déroulé,  affectueusement, nonchalamment,  par les bouts de doigts impériaux de madame est un tremblement de terre, dans le ministre en attente. Suivi d’une irruption volcanique, à l’entrée de madame dans la chambre à coucher. 

“Rien à faire.”
Quoi faire ? Quoi dire ? Rien que l’unique réplique beckettienne : ‘’On fait quoi, maintenant ?’’

Mouna Mint Ennas
Pour Biladi
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