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Leïla Chahid, déléguée générale de Palestine auprès de l'UE : «Il existe un Etat palestinien, avec un président, un gouvernement, des frontières et une population»


International
Samedi 1 Décembre 2012 - 16:00

L'Assemblée générale des Nations unies vient d'accorder à la Palestine le statut d'Etat observateur non membre de l'ONU. Un événement historique pour le peuple palestinien et une victoire politique à mettre à l'actif du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Dans cet entretien accordé à RFI, Leïla Chahid, déléguée générale de Palestine auprès de l'Union européenne, revient sur le statut récent accordé à la Palestine à l'ONU, "d'état observateur".


Leïla Chahid, déléguée générale de Palestine auprès de l'UE : «Il existe un Etat palestinien, avec un président, un gouvernement, des frontières et une population»
Vous étiez, jusqu’à hier, déléguée générale de la Palestine auprès de l’Union européenne. On peut, ce matin, vous appeler « Madame l’ambassadeur » ?

Oui. Particulièrement parce que la Belgique vient de m’accorder, par la voie de son ministre des Affaires étrangères, le statut de chef de mission de Palestine, avec rang d’ambassadeur. Et c’est beau, parce que ça arrive au même moment que la reconnaissance de l’Etat de Palestine comme Etat observateur non membre aux Nations unies.

Est-ce qu’on peut dire ce matin, Leïla Shahid, qu’il existe un Etat palestinien ?

Oui. Je pense qu’il existait déjà un Etat palestinien sur le terrain, puisque nous avons un président, un gouvernement, un territoire, des frontières, une population, qui sont tous les paramètres de la reconnaissance d’un Etat. Ce qui lui manquait, c’était une reconnaissance. Il faut faire la différence entre le fait que tout peuple a un droit souverain à s’autodéterminer - c’est ça, le droit inaliénable à l’autodétermination dans le jargon onusien - et que, depuis ce jeudi 29 novembre, il y a une reconnaissance de cent trente-huit Etats sur cent quatre-vingt treize (seulement neuf sont contre et quarante-et-un se sont abstenus) qui reconnaissent cet Etat, sa frontière, sa capitale, son peuple, ses droits. C’est très important.

La frontière dont vous parlez est tout de même l’objet du conflit avec l’Etat israélien est la frontière de 1967 ?

Oui, mais ce n’est pas l’objet d’un conflit, parce que le monde entier, ainsi que les Etats-Unis, reconnaissent les frontières de 67 comme étant les frontières qui délimitent d’un côté l’Etat d’Israël et de l’autre côté l’Etat palestinien.

Vous savez, sur le plan politique, Israël n’a jamais eu de frontière. Pourquoi ? Parce que lorsque Ben Gourion [le premier Premier ministre de l'Etat d'Israël, ndlr] a fondé l’Etat, il ne voulait pas se faire critiquer par un certain nombre de gens d’extrême-droite (dont Begin et le père de Monsieur Netanyahu), qui considéraient que «Eretz Israël», la terre d’Israël, allait de la mer à la rivière - la rivière ça veut dire toute la Cisjordanie, jusqu’au Jourdain -, il n’a pas délimité la frontière. Il n’y a pas de Constitution en Israël, ce qui est un des combats des démocrates israéliens. Mais la frontière de 67 est reconnue par tous les Etats du monde. Et nous avons, nous, le 15 novembre 1988, déclaré notre Etat sur ces frontières-là. Cela donne automatiquement des frontières à Israël.

Concrètement, Leïla Chahid, qu’est-ce que va changer ce nouveau statut pour la Palestine ?

Enormément, sur le plan juridique et sur le plan politique parce que, comme vous savez, les Nations unies sont le seul lieu par définition, qui dise le droit. Et qui devrait, non seulement édicter les résolutions de la légitimité internationale, du droit international, du droit humanitaire, mais aussi les mettre en œuvre. Sauf qu’en Palestine, depuis maintenant quarante-cinq ans que dure l’occupation, depuis maintenant soixante-quatre ans que dure la dépossession de la Palestine pour le peuple palestinien, les Nations unies ont failli à les mettre en œuvre. C’est pour cela qu’il faut un combat de peuple, comme celui du peuple palestinien, qui se bat maintenant depuis soixante-cinq ans, pour faire reconnaître ses droits.

Mais je trouve que personne ne souligne assez que les Palestiniens sont tellement mûrs sur le plan politique que c’est eux qui ont proposé la solution des deux Etats. Et lorsqu’ils ont proclamé un Etat, ils l’ont proclamé seulement sur 22 % de ce qui était leur terre historique. Ça veut dire la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est.

Seulement, nous avons face à nous un Premier ministre israélien qui est en train, pratiquement, de détruire ce territoire, sur lequel nous voulons faire notre Etat. D’où l’importance de la reconnaissance hier, pour que les membres de l’Assemblée générale des Nations unies protègent ces paramètres, pour que nous puissions revenir à la table des négociations.

Alors, Leïla Chahid, vous dites, que ça va changer énormément de choses. Et pourtant, justement, le Premier ministre israélien a dit immédiatement après le vote que cela n’allait rien changer sur le terrain.

Qu’est-ce que vous feriez à sa place ? Lorsque vous venez d’essuyer, sur le plan diplomatique et sur le plan politique, un tel échec, avec uniquement neuf Etats, sur les cent quatre-vingt quatorze, en incluant la Palestine, qui votent avec vous contre la reconnaissance ? Vous n’allez pas danser de joie ! Et donc, il en tire les leçons, et sa seule stratégie consiste à minimiser l’importance de ce vote, puisqu’il a passé des mois à essayer de faire du lobbying pour mettre la pression sur les Etats membres de l’Union européenne.

Si ce n’était pas important, si c’est comme il dit c’est « une mascarade et du théâtre », pourquoi avoir tellement fait pression sur les Etats membres de l’Union européenne ? Il dit que ça ne va rien changer, parce que c’est du dépit ! Mais ce n’est pas important.

Nous ne sommes pas là pour polémiquer sur les expressions. Nous sommes là pour voir si la communauté internationale, vraiment, a à cœur de faire la paix dans cette région du monde. Il faut maintenant être sérieux. Ça fait vingt ans que nous négocions. Seuls, en tête à tête avec Israël.

Il est évident qu’Israël est une puissance nucléaire. Elle est la quatrième puissance militaire du monde. Elle est la septième économie du monde. Elle a tous les moyens d’imposer le statu quo qu’elle a imposé depuis quarante-cinq ans. Maintenant, cette communauté internationale a des devoirs à l’égard de la victime de l’occupation. Donc, s’ils veulent qu’on revienne aux négociations, il faut à tout prix qu’ils garantissent les paramètres de la négociation. C’est exactement ce que dit la résolution qui a été votée hier et qui reconnaît, par ailleurs, que l’Etat dont on parle, la finalité de ces négociations, c’est un Etat ! Nous ne voulons pas négocier pour négocier ! Ça fait vingt ans que nous négocions...

Donc, ça veut dire que vous posez des conditions ?

Il est évident que nous ne négocions pas dans l’air ! Bien sûr que nos avons des paramètres qui sont les paramètres de la communauté internationale. C’est la 242 et la 338 : deux résolutions qui ont quarante-cinq ans d’âge, qui disent que l’occupation militaire par la force est illégale. Nous avons comme référence les principes de la conférence de Madrid, qui disent : le territoire contre la paix. Nous avons les paramètres de la « feuille de route » que le Quartet a édité, nous avons comme paramètres cette initiative arabe qui dit que les Etats arabes reconnaîtront Israël si elle reconnaît l’Etat palestinien, et si elle reconnaît que les réfugiés ont un droit de retour qui sera négocié avec Israël.

Leïla Shahid, il y a encore deux questions que j’aimerais vous poser. Ayez l’amabilité, s’il vous plaît, de me répondre brièvement. D’une part, est-ce que vous avez l’intention d’adhérer rapidement à la Cour pénale internationale ?

Bien sûr, bien sûr…

En vue d’y entreprendre des démarches ?

Nous avons l’intention de faire tout ce qui est en notre droit dans ce statut.

François Hollande hier a immédiatement appelé à la reprise des négociations. On a senti, au cours de ces dernières semaines, qu’il y avait comme une hésitation dans la position de la France, à soutenir, à voter pour et éventuellement à s’abstenir. Qu’est-ce qui a, selon vous, décidé la France, finalement, à soutenir votre démarche ?

La France, comme tous les autres Etats membres, ont pensé que l’abstention pouvait unir les Européens. Ils ont très vite compris, les Français comme les Belges, comme les seize Etats qui ont voté « oui » que c’était totalement en contradiction avec ce qui était leur politique à l’égard de la Palestine depuis vingt ans, et que, pour jouer réellement un rôle de constructeur de paix avec les Palestiniens et les Israéliens, il allait voter la reconnaissance de l’Etat. Et c’est ce qu’ils ont fait. Et je m’en félicite.

Donc, vous saluez la position de la France ?

Tout à fait. Et je pense qu’elle a beaucoup compté pour encourager d’autres qui voulaient s’abstenir à voter en faveur de la reconnaissance de la Palestine.

Propos recueillis par Frédéric Rivière
Source : rfi


              

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