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La fin tragique de Teen Yussouf Gueye et les contre-vérités de Boye Alassane Harouna


Histoire
Mercredi 9 Septembre 2015 - 06:00

Tous ceux qui ont lu “j’étais à’ Oualata du lieutenant Boye Alassane Harouna ont été durablement marqués par un sentiment de vive émotion. En effet, le miraculé de Oualata (tous les détenus qui sont sortis vivants du fort de Oualata sont des miraculés) décrit avec un talent incontestable,


ce que furent leurs conditions de détention et beaucoup se demandent encore comment de telles choses ont pu se passer dans cette Mauritanie et dans cette cité historique dont le fort désormais tristement célèbre, passera pour la postérité comme un symbole de l’injustice, de la haine, du racisme, du crime et de la bêtise.
 
Cependant, évoquant la mort de Teen Toussouf Guèye l’auteur de ‘’j’étais à Oualata’’ écrit des contre vérités manifestes. Pour quelles raisons ? A quelles fins ? Pourquoi, pourquoi et pourquoi ?
 
I - Le film des évènements :
 
Boye Alassane Harouna relatant l’évacuation de Oualata à Nema de Teen Youssouf Guèye écrit « malheureusement quant il arriva, le lieutenant Oumar était en mission d’inspection dans la région de Néma. Le Wali était lui aussi absent de Néma. Par rapport au cas du détenu Teen Youssouf Guéye, Il y’avait une sorte de vacance de pouvoir.
 
Ces deux autorités semblaient être les seules habilitées à décider de l’hospitalisation de Teen Youssouf Guèye. Puisque tous les autres responsables (préfet et gouverneur adjoint) refusèrent de prendre la responsabilité de son hospitalisation : conséquence tragique d’une telle vacance de pouvoir et du refus des responsables administratifs sur place d’engager leur responsabilité : Teen Youssouf Guèye agonisant, évacué du fort –mouroir pour être hospitalisé, se retrouva, malgré son état, dans la prison des détenus de droit commun de Néma.
 
C’est dans cette prison qu’il expira dans la nuit du 02 septembre 1988. Sans sépulture, il serait enterré dans une tombe anonyme dans un cimetière de Néma. Telle fut la fin de l’un des plus prestigieux écrivain et homme de culture de la Mauritanie » Page 130 – 132.
 
Ce qui s’est réellement passé
 
Dans la deuxième quinzaine du mois d’aout 1988, j’arrive à Néma pour prendre service en tant qu’adjoint gouverneur chargé des affaires économiques et sociales. A peine une semaine plus tard, par un mouvement au Ministère de l’Intérieur, le gouverneur titulaire qui était à Nouakchott est remplacé.
 
Par ce même mouvement, l’adjoint administratif est affecté comme préfet à Aleg et il rejoint sans tarder son poste. Le nouveau gouverneur n’ayant pas encore pris service, je me suis retrouvé seul à la tête de la région.
 
J’étais dans mon bureau le matin du 30 septembre 1988 quand le lieutenant Oumar Ould Beibacar, que je connaissais à peine puisqu’il venait juste de prendre le commandement du GR1 arrive. Après m’avoir salué, il s’assoit et me fait le compte rendu de sa visite au fort de Oualata
 
La gravité de la situation qu’il décrivait se dégageait à travers le poids des mots qu’il prononçait mais se lisait également sur son visage. Il insistait particulièrement sur le cas du détenu Teen Youssouf Guèye.

A la fin il me dit «monsieur le gouverneur, je ferai le compte rendu à ma hiérarchie mais je pense que vous devez agir rapidement. » Je lui ai dit « lieutenant Oumar je vais agir, mais pour cela il faut me faire sans tarder un rapport écrit sur la situation des détenus du fort de Oualata. » Une heure plus tard il revient et me remet son rapport. Il était 10 heures environs.
 
Je fais un chiffré (un message codé) sur la base du contenu du rapport du commandant du GR1 avec la mention PARI. Un message chiffré signifie qu’il s’agit d’une affaire sérieuse et avec la mention PARI, il signifie qu’il présente un très haut degré de gravité et que le destinataire, le Ministre de l’Intérieur en l’occurrence, doit prendre connaissance de son contenu toute affaire cessante. C’est un peu comme dans la circulation où toutes les voitures doivent céder le passage à une ambulance.
 
Avant 11 heures, je reçois un chiffré du Ministre de l’Intérieur qui demande entre autres si un avion pouvait atterrir à Oualata. Après une concertation avec le préfet de Oualata, ce dernier me confirme qu’un avion ne pouvait pas atterrir à Oualata puisqu’on était en hivernage et que le terrain qui servait de piste d’atterrissage était marécageux à cette époque.
 
J’envoie un autre chiffré qui livre les informations demandées par le Ministre et avant midi je reçois un dernier message qui contenait des directives précises relatives à l’évacuation de Téen Youssouf Gueye de Oualata à Néma et son placement à la prison civile de Néma en attendant l’arrivée de l’avion médicalisé qui était prévue dans les heures qui devraient suivre.
 
L’arrivée de Teen Youssouf Gueye à Nema et sa mort quelque temps après :
 
En application des directives reçues, je convoque le médecin chef de l’hôpital de Néma, l’informe de la situation et lui notifie qu’il doit effectuer la mission de l’évacuation du détenu Teen Youssouf Gueye de Oualata avec les éléments de la Garde Nationale et qu’ils doivent partir le plus rapidement possible. La mission quitte Néma vers15 heures et le lendemain vers les coups de 10 heures, ils étaient de retour à Néma et à bord de la Land Rover qui le transportait il y’avait le détenu Teen Youssouf Guèye.
 
A leur arrivée à la prison civile de Néma, j’étais sur les lieux et aidé par les gardes nous l’avons porté (il ne pouvait pas marcher) dans la chambre qui avait été préparée pour l’accueillir.
 
J’ai presque la quasi certitude d’être la dernière personne avec qui il a parlé. Seul le désir de rétablir la vérité sur la fin tragique de Teen Youssouf Guèye me pousse à répéter ses dernières paroles que ses propres enfants entendront pour la première fois. Quand on le fit coucher dans sa chambre il m’a dit « Où est mon sac ? » je lui réponds « votre sac est là ».
 
C’était un sac de couleur marron. Il m’a dit aussi « où sont mes chaussures ?» je lui réponds « vos chaussures sont là également » c’étaient des babouches blanches. Ensuite il a dit Alhamdoulillahi Rabil Allamina et il a fermé les yeux. Sa santé s’était considérablement dégradée déjà à Oualata mais le voyage extrêmement pénible de Oualata à Néma l’avait beaucoup épuisé.
 
Le médecin chef demanda qu’on lui prépare une bouillie à base de produits lyophilisés qu’on avait fait venir du CSA et qu’en attendant, il devait récupérer. Je savais qu’un avion médicalisé était en préparation à Nouakchott et je priais Dieu pour qu’il arrive rapidement. Il était midi environ, et je me rends à mon domicile qui était distant d’environ 100 mètres pour me préparer pour la prière de vendredi.
 
Je sortais de la douche quand j’ai aperçu un garde qui se dirigeait vers moi à pas de course. Mon sang s’était glacé car j’ai compris aussitôt que quelque chose de grave s’était passé. Effectivement quand le garde arrive il me dit « monsieur le gouverneur il faut venir je crois que c’est grave ». Quand je pénètre dans la chambre, l’un des garde m’a dit « la volonté de Dieu s’est réalisé Teen Youssouf Guèye avait rendu l’âme. »
 
Il devait être au maximum12 h 45. J’avais les jambes en coton et l’esprit complètement embrouillé. Quelques instants après je me ressaisis, je vais au bureau et j’envoie un chiffré qui informe le ministre de l’intérieur et qui demande la conduite à tenir.
 
Ce vendredi 02 septembre 1988, il se passe au Ministère de l’intérieur quelque chose de vraiment inhabituel : il n’y a pas de permanence au service du RAC. Jusqu’à 16 heures je n’arrive pas à faire passer mon message. La grande canicule qui sévissait à Néma à cette période commandait de prendre une décision. Dans la solitude de mon bureau, je décide de convoquer l’Imam de la grande mosquée de Néma (La vieille ville).
 
Quand cet homme de Dieu arrive, je le mets rapidement au courant et je lui demande s’il accepte de superviser le rite mortuaire et ensuite de diriger la prière sur le défunt. Sans l’ombre d’une hésitation il me donne son accord.
 
Il se rend à la prison civile et avec les gardes qui d’ailleurs étaient pour la plus part des négros africains, ils aménagent un endroit de fortune mais fonctionnel pour le besoin ponctuel. Après la préparation, l’Imam de la grande mosquée de Néma accompagné d’une douzaine de gardes se rendent au cimetière, prient sur l’homme de culture et l’enterrent.
 
Ce n’est que vers 21 heures que j’ai réussi à passer mon message par le canal de la police nationale et à 06 heures du matin le monde entier apprendra sur les ondes de la RFI que Teen Youssouf Guèye n’est plus.
 
Les contre-vérités du lieutenant Boye Alassane Harouna :
 
La version que je donne de la fin tragique de l’auteur des exilés de GOUMEL est authentique. Quand les archives du Ministère de l’Intérieur seront ouvertes un jour sur ces événements, les mauritaniens auront la confirmation de ce que j’ai dit. Le Colonel E/R Oumar Ould Beibacar ne manquera pas de dire sa part de vérité.
 
A propos de la vacance du pouvoir
 
Les textes organisant l’administration territoriale en Mauritanie sont conçus de telle sorte qu’il n’y a jamais de vacance de pouvoir. A l’époque déjà les gouverneurs étaient assistés d’au moins 02 adjoints. Le plus ancien dans le poste assure l’intérim et quand ils avaient la même ancienneté dans le poste l’intérim revenait au plus gradé et à grade égal, le plus âgé est l’intérimaire.
 
Par rapport au cas de Teen Youssouf Guèye, il est clair maintenant qu’il n’y avait pas du tout de vacance de pouvoir et que ni le gouverneur titulaire, ni le commandant du GR1 n’étaient habilités à décider de l’hospitalisation de Teen Youssouf Guèye pour la simple raison qu’il n’était pas évacué pour être hospitalisé à Néma mais transporté à Nouakchott par un avion médicalisé.
 
En plus, comme je l’ai déjà signalé, les instructions sur cette affaire étaient claires et le gouverneur titulaire et le commandant du GR1 n’y pouvaient rien changer.
 
Teen Youssouf Gueye n’a pas été enterré sans sépulture et dans une tombe anonyme :
 
L’auteur de ‘’j’étais à Oualata’’ n’a pas été juste avec un homme de Dieu. Dieu m’est témoin que c’est l’imam de la grande mosquée de Néma qui a non seulement supervisé le rite mortuaire (toilette, Linceul) mais c’est lui même en personne qui a dirigé la prière au cimetière. Cet homme comme je l’ai déjà dit a accepté sans l’ombre d’une hésitation de sacrifier son temps pour toute la durée de l’opération.
 
Dans le récit de la mort de Teen Youssouf Guèye la seule fois où on remarque une petite prudence de l’auteur de ‘’j’étais à Oualata’’ c’est quand il écrit « il serait enterré dans une tombe anonyme ». Non il n’est pas enterré dans une tombe anonyme, sa tombe a été matérialisée, ses enfants et tous ceux qui le souhaitent peuvent aller se recueillir sur cette tombe.
 
Du refus du préfet et du gouverneur adjoint de prendre leur responsabilité
 
Cette partie du récit du fils de Ceenel-Halayɓe pose véritablement problème par ce qu’elle peut induire sur ses véritables intentions puisqu’il n’y a pas l’ombre d’un doute qu’il mettait bien des visages sur les deux autorités car il les connaissait très bien.
 
Le préfet n’était autre que Monsieur Sarr Demba Hamady que j’appelais affectueusement Doyen. C’était une personnalité très connue puisque faisant partie des premiers cadres de la police.
 
Il a occupé les fonctions de Commissaire dans plusieurs localités et plus tard il deviendra Préfet dans beaucoup de Moughataas du pays. Quand au gouverneur adjoint, c’est un homme avec qui il s’est réuni dans des cellules du MND pour des séances d’études et de contrôle de tâches jusqu’au jour où il a décidé d’aller servir sous les drapeaux.
 
Ce qui est absolument incompréhensible c’est le fait même d’évoquer le Doyen Sarr dans cette affaire. Il était préfet à Néma et il s’agit d’une affaire qui relevait du département de Oualata et de la Région. Il n’avait aucune compétence pour intervenir et à quelque titre que ce soit dans ce dossier. Il n’avait aucune responsabilité à prendre.
 
Le gouverneur adjoint était le seul concerné. Le jeudi 01 septembre 1988, et la folle journée du vendredi 02 septembre 1988 il a pleinement assumé ses responsabilités et fait ce qu’il fallait faire.
 
Je pense qu’un homme peut être placé dans des circonstances telles, que la forme de courage la plus achevée consiste simplement à faire son devoir, à prendre ses responsabilités.
 
Deux poids deux mesures :
 
Le lieutenant Boye Alassane Harouna a rendu récemment un hommage appuyé et absolument mérité au Colonel E/R Oumar Ould Beibacar. Dans ‘’j’étais à Oualata’’ déjà, il avait évoqué le sens du devoir et de responsabilités du Commandant GR1 et la profonde sympathie que les détenus du fort de Oualata lui vouaient. Tout cela est vrai. Par contre , il n’a pas été équitable avec le Doyen Sarr Demba Hamady (Paix à son âme) pour l’avoir mêlé à une affaire qui ne le concerne en rien.
 
Il a été franchement injuste aussi avec l’adjoint gouverneur que j’étais et qui pourtant, comme le lieutenant Oumar a fait son devoir de bout en bout et dans des conditions morales et psychologiques extrêmement difficiles.
 
Qu’est ce qui peut expliquer une telle différence dans le traitement de la part d’un homme calme, posé, réfléchi et qui mesure tout le préjudice morale et l’étendue des dégâts qu’une certaine lecture de ces faits peut avoir sur les intéressés eux même, leurs familles, leurs amis etc…
 
Les raisons non avouées puisque non avouables :
 
Tous ceux qui liront ces lignes comprendront que sur la fin tragique de Teen Youssouf Guèye, l’auteur ‘’j’étais à Oualata’’ a eu une relation difficile avec la vérité (vacance de pouvoir, hospitalisation, enterrement etc…) mais personne ne comprendra la motivation de l’auteur quand il écrit : « les deux responsables administratifs n’ont pas voulu engager leur responsabilité. Était-il dans l’ignorance de ce qui s’était vraiment passé ? Cet argument n’est pas recevable pour la simple raison que l’ignorance n’est pas une justification.
 
L’explication d’un tel acharnement à vouer aux gémonies les deux autorités administratives est à rechercher ailleurs.
 
Dans le contexte de l’époque, beaucoup de nationalistes négro-africains étaient mentalement encalminés dans l’idée que les autres négro-africains qui ne partageaient pas leurs convictions étaient ‘’des traitres vendus’’ aux maures et que ceux qui occupaient encore des fonctions importantes étaient de misérables collabos.
 
Ce n’est que par ce biais qu’on peut entrevoir les raisons qui ont pu pousser Boye Alassane Harouna à nous présenter comme il l’a fait, c'est-à-dire des autorités pusillanimes au point de ne pas oser engager leur responsabilité pour hospitaliser Teen Youssouf Guèye.
 
Boye Alassane Harouna est un fuutanke. Quand on traque le dernier repli de sa pensée dans cette affaire, on peut découvrir un message :
 
Parmi les choses que Teen Youssouf Guèye adorait le plus et qui faisait l’objet de sa fierté c’est justement le titre de Ten qu’il portait dans le Fuuta ce titre est porté au moins dans trois endroits : à Kaédi où le Teen est un Guèye, à Duungel où le Teen est un Gaye et à Ɓokki Sarankoɓe où le Teen est un Sarr. Les deux autorités administratives Gaye et Sarr ont laissé Teen Youssouf Guèye mourir à la prison civile de Néma, sans oser engager leur responsabilité pour son hospitalisation. Une telle présentation des choses est absolument atroce.
 
Un mauvais procès :
 
Ceux qui ont connu Sarr Demba Hamady ont certainement apprécié ses grandes qualités morales. Dans ses fonctions de commissaire de police, il a servi son pays avec dévouement et comme préfet il s’est distingué par sa compétence et son efficacité qui ont marqué tous ceux qui ont travaillé avec lui.
 
Dans les différentes positions il a été constamment au service de tous les mauritaniens sans distinction. Il n’était pas un opposant. Sa profonde connaissance de ce pays et de ses hommes ont ancré chez lui la conviction qu’il était plus utile dedans que dehors. Il aimait me rappeler un adage marocain qui dit.
 
Le bras long sert à prendre; le pouvoir peut prendre ce qu’il veut là où il le veut. Le bras court sert à donner et il ne peut atteindre que ceux qui sont à coté de lui». Quand il a servi sous les différents régimes qui se sont succédé dans le pays, il a toujours su allier intelligence et efficacité.

Impliquer cet homme dans une affaire qui ne le concerne pas, lui donner des responsabilités qu’il n’avait pas et qu’il ne pouvait pas avoir est franchement injustifiable mais je suis sûr que cela n’entamera en rien le profond respect et la très haute considération que les mauritaniens ont pour lui.
 
Il faut s’arrêter plus longuement sur le cas du gouverneur adjoint puisque les circonstances avaient fait de lui le principal acteur au niveau de la région dans la gestion de l’affaire Teen Youssouf Guèye dans la mesure où il était la seule autorité habilitée à engager sa responsabilité.
 
En août 1988, j’étais un jeune administrateur civil dont la carrière avait commencé à suivre une trajectoire relativement correcte. Sorti de l’ENA en 1985, j’ai été successivement chef d’arrondissement puis adjoint gouverneur.
 
A cette époque j’avais décidé de mettre une sourdine sur mes positions politiques qui pouvaient s’avérer d’un coût élevé pour la poursuite de cette carrière. A la vérité j’avais revu mes ambitions à la baisse et au lieu de chercher à transformer la Mauritanie, je me contentais désormais du rôle plus modeste de serviteur de l’Etat. Dans l’affaire du dossier Teen Youssouf Guèye, j’ai fait tout ce qui était humainement possible.
 
Je suis même tenté de répéter les mots de Guillaumet quand, retrouvé vivant dans la cordelière des Andes, ressemblant à un boxeur vainqueur mais marqué de coups, a dit à son camarade Antoine de Saint-Exupéry « je t’assure que ce que j’ai fait aucune bête ne l’aurait fait ». Gaye El Hadj, carriériste au point de ne pas oser engager sa responsabilité, non ce n’est pas vrai. D’ailleurs, quelques 08 mois plus tard l’histoire se chargera de démolir définitivement cette thèse.
 
Quand les événements de 89 ont éclaté, j’étais en congé à Nouakchott. A la fin de mon congé je me rends au Ministère de l’Intérieur pour récupérer le courrier de la Région et un collègue, directeur de quelque chose à l’époque m’invite avec insistance à prendre un thé avec lui. J’avais seulement pris le premier verre, qu’un commissaire de police se présente à moi et me notifie qu’il avait l’ordre de m’arrêter.
 
Il me conduit dans une villa quelque part à Nouakchott et à mon arrivée je constate la présence de quelques autres collègues négro-africains qui étaient dans le commandement. Nous avons été libérés moins de 02 mois plus tard. J’avais perdu mon poste et j’entamais une traversée du désert qui durera 13 ans. A un certain moment j’ai été éligible au poste de ‘’chef de garage’’ au Ministère de l’Intérieur.
 
Ce n’est qu’en avril 2003 que j’ai retrouvé une fonction grâce à l’appui précieux du Général N’Diaga Dieng à l’époque Directeur Général des Douanes, de l’ancien Ministre de l’intérieur Feu Lemrabott Ould Sidi Mahmoud Ould Cheikh Ahmed (Paix à son âme) et de mon ami de toujours l’ambassadeur Hamady Ould Meimou. Quand je me remémore nos conditions de détention j’ai toujours une pensée pour un homme qui été lui aussi un homme de devoir.
 
Il s’agit du commissaire Mohamed Abdou (Paix à son âme). Durant toute la durée de notre détention il nous a traités avec beaucoup de respect et de dignité. Il a été emporté par la maladie. Il a eu une courte vie (c’était son destin). A chaque fois que je pense à lui ce poème me revient « les montagnes éternelles ne surpassent en rien les roses qui se fanent si vite ».
 
A vrai dire, Boye Alassane Harouna a été injuste avec nous (O toonyii min haa e yeeso Allah). Je dois faire cependant un aveu. Jusqu’à la parution de ‘’j’étais à Oualata’’ où l’auteur confirme que la tentative du coup d’Etat des officiers négro africain était un fait avéré, j’étais absolument sûr qu’il s’agissait d’un montage un peu comme à la Sékou Touré avec ses éternels complots des Peuls.
 
Pour moi, les arguments qui étaient donnés à l’époque sur la préparation du coup d’état ne pouvaient convaincre que ceux qui tenaient absolument à être convaincus c'est-à-dire ceux qu’on n’avait pas besoin de convaincre. Avec la confirmation de la véracité de la tentative de coup d’état, n’y a-t-il pas un problème d’une responsabilité écrasante ?
 
Qui peut contester aujourd’hui que cette tentative à été « une divine surprise » et une aubaine inespérée pour les tenants de la politique chauvine de l’époque en ce qu’elle leur a permis de mettre en œuvre leur programme avec un rythme accéléré à travers la rupture des équilibres certes déjà fragilisés, mais dissuasifs malgré tout (purges dans l’armée, la police, l’administration etc…).
 
Un avenir pour la Mauritanie :
 

Cela fera bientôt 30 ans que les événements dont nous avons parlé ont eu lieu.
 
Les articles publiés récemment par le colonel E/R Oumar Ould Beibacar ont suscité des réactions parfois passionnées. C’est la preuve que les questions soulevées sont très importantes et intéressent beaucoup de mauritaniens mais du fait même de leur importance et de leur intérêt nous avons le devoir d’en discuter sans passion et avec beaucoup de sang froid.
 
Bénéficiant de recul, nous ne pouvons que constater l’ampleur des dégâts causés par la mise en œuvre d’une politique chauvine qui n’a fait que fragiliser notre pays. Les chantres de cette politique avaient tout fait pour détruire ce que notre histoire et notre religion avaient pu fédérer, agréger, mêler et féconder. Dans la Mauritanie d’aujourd’hui, toutes les questions d’intérêt politique majeur ne sont pas réglées dans le fond.
 
La fragilité de l’unité nationale, la parcellisation des conflits et leurs émiettements qui n’ont jamais été aussi prononcés ni aussi ethniquement connotés, la prégnance des solidarités « primordiales » (ethniques et tribales) constituent une véritable menace. La question de l’esclavage dont le cadavre, aux dires du sociologue mauritanien Abdel Weddoud Ould Cheikh bouge toujours, continue de déchaîner les passions et d’alimenter d’âpres polémiques et de vives controverses.
 
Le passif humanitaire interpelle tous les mauritaniens et exige d’eux d’avoir le courage de faire face à leur histoire comme d’autres pays l’on fait avec parfois des contentieux plus lourds. L’ensemble de ces questions constituent un véritable défi pour la classe politique mauritanienne (majorité, opposition, personnalités indépendantes, société civile etc…).
 
Ce défi peut être une formidable occasion pour que cette classe politique s’emploie dans toute la mesure de sa force et de son intelligence à former une coalescence en un même mouvement en vue de parvenir à un compromis historique dont la finalité sera de tout mettre en œuvre pour trouver des solutions décisives maintenant et définitives dans un proche avenir aux grands problèmes du pays.
 
Les reformes de structure s’imposent aujourd’hui face aux grandes questions (unité nationale, cohésion sociale, éducation nationale, reforme agraire etc…) mais elles ne pourront réussir que si elles sont portées par la grande majorité des mauritaniens.
 
En tout cas, par rapport au passif humanitaire, je voudrais inviter tous les mauritaniens à méditer ces paroles d’un homme sage et qui sait de quoi il parle. Il s’agit de Mgr Desmont Tutu, Président de la commission Vérité/Réconciliation en Afrique du Sud « la justice réparatrice, contrairement à la justice punitive, n’est pas axée sur la sanction. Elle vise avant tout à guérir et est porteuse d’espoir. La réconciliation nationale ne passe pas nécessairement par le châtiment des coupables. »
 
Gaye El Hadj
Administrateur civil
gayelhadj@yahoo.fr
La Tribune 


              

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