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Guerre du Sahara : 16 juillet 1977, l’avion du Commandant Kader abattu par le Polisario


Histoire
Mercredi 15 Juillet 2015 - 11:00

E.T Abdel KADER - Pendant que j’organisais certaines archives précieuses, je suis tombé sur un compte rendu de feu colonel FALL Mahdoud qui date de juillet 1977, alors S/Lieutenant en service au GARIM, adressé au Ministre de la Défense, Chef d’état major national.


Il s’agit d’un épisode des plus extraordinaires de la guerre du Sahara. Je partage avec vous ce récit en deux parties priant qu’Allah accueille dans ses vastes paradis ces hommes qui ont servi notre chère patrie avec corps et âme.
 
Première partie :
 
J’ai l’honneur de vous rendre compte de ce qui suit :
 
Tout a commencé dans la matinée du samedi 16 juillet 1977. J’étais à ma base d’Atar quand nous avons appris l’attaque contre la ville de Zoueratt. Nous étions en alerte et le Commandant avait pris toutes les mesures en vue d’un appui aérien aux troupes amies en accrochage avec l’ennemi. Le Commandant Kader venant de Nouakchott à bord d’un Skyvan s’est posé à un 11H10.
 
Le Capitaine N’Diaye (Diack) a redécollé avec le Skyvan à destination de Zoueratt où il devait assurer une évasan (évacuation sanitaire). Nous avons également décollé le Commandant Kader et moi après avoir pris contact avec les unités en accrochage.
 
Vers 13H nous avons survolé les unités amies au sud-est de Zoueratt sur les traces de l’ennemi. Par contact Radio les amis nous ont dit qu’ils ont perdu contact physique.

Avec les conditions météorologiques qui étaient très défavorable, nous avons cherché les traces ennemies pendant au moins deux heures et nous arrivions à la limite de notre autonomie ; nous avons redécollé vers 16H30. Les conditions météo mauvaises, après une demi-heure de recherche nous avons pu détecter les traces ennemies qui se dirigeaient vers Tourine.
 
Le temps nous obligeait à voler bas si nous voulions rester sur les traces de l’ennemi. Une heure de temps après notre décollage, c'est-à-dire vers 17H30, nous sommes tombés sur l’ennemi en embuscade dans un Oued.

De ma place, j’ai crié au Commandant « attention ils sont dans l’Oued ». Et avant qu’on ait pu réaliser quoi que soit, l’avion était secoué par les rafales de 18-8. Nous avons pu gagner un peu d’altitude ; le Commandant est rentré en contact avec les Unités amies et leur a dit : « nous sommes vertical ennemi et nous vous donnons sa position dans un moment ». Position que nous n’avons jamais donnée bien sûr.
 
Pendant que le Commandant transmettait ce message, j’ai pris ma carte et cherchons notre position quand tout à coup une explosion assourdissante, une secousse extraordinaire et l’avion en pique. Très rapidement nous nous sommes ressaisis pour contrôler l’avion. La cabine arrière était envahie par le feu qui progressait rapidement vers la cabine de pilotage.
 
Nous avions un gros trou juste derrière mon siège. Le moteur droit arraché, tout le coté gauche dans le vide et notre observateur le 2ème classe Ahmed O. Mohamed Abdallahi n’était plus dans l’avion.

C'est-à-dire que la fusée est rentrée par le coté gauche en emportant avec elle le valeureux soldat qui était assis derrière nous. Nous avions juste le moteur gauche qui tournait seul comme s’il n’était plus attaché au reste de l’avion.

Le feu gagnait maintenant la cabine et l’ensemble de l’appareil qui n’était qu’un brasier volant. Alors commençait pour nous une double lutte ; d’une part contre le feu qui tenait à nous dévorer, d’autre part contre l’avion qui piquait le nez vers le sol.
 
Enfin le contact avec le sol ; l’avion part en girouette, roule quelque secondes s’immobilise. La porte de la cabine s’est déverrouillée sous le choc. Je tente vainement de prendre une bouteille d’eau derrière moi, le feu m’en empêche.

Nous évacuons rapidement l’avion quelques secondes plus tard, l’avion explose. Il était temps ! Alors dans un sprint digne des grands champions olympiques nous nous sommes éloignés de l’épave. Nous nous sommes retournés et avons vu un véhicule ennemi descendre la crête vers l’avion. Le Commandant me cria : « Couchez-vous et ne bougez plus ».
 
Le véhicule a tourné autour de l’avion et on vit les autres véhicules descendre vers l’avion. La flamme devenait de plus en plus grande et grand nombre maintenant de l’ennemi tournait à la méthode indienne autour de l’avion.

Alors commença pour nous la quatrième étape de cette extraordinaire aventure ; celle du chasseur et de la bête blessée. L’ennemi se mit en dispositif aligné et progressa dans notre direction. On vécut des minutes dramatiques, lentes ; les véhicules s’approchaient, s’approchaient ; il n’y avait rien à faire ; il fallait attendre, mais attendre quoi ?
 
Alors ce qu’on attendait se produisit.
 
Le miracle ! Ils étaient à moins de 300 mètres, sur un terrain dégagé, notre sauveteur arrivait à temps ; le vent de sable ! qui n’était pas de la partie se leva imposant, implacable et nous enveloppa. Une minute après l’ennemi nous tourna le dos et le vent salutaire, le sable bien faisant continuait faire écran entre l’ennemi et nous.
 
Je sortis ma montre et regardais l’heure. Il était 18H15. Encore deux heures avant la nuit. A la tombée de la nuit, j’ai rejoint le Commandant en rampant, il était à 5m de moi, il me prit dans ses bras, m’embrassa très fort et me dit : « Du courage mon petit, on s’en sortira ».
 
J’avais entièrement confiance en moi et en mon chef que je savais un homme valeureux. Nous nous sommes éloignés de l’épave d’au moins 3 Km. Dans l’obscurité, nous avons commencé à tâtonner, nous sommes tombés sur une plante que le Commandant connaissait. Nous sucions les feuilles dans l’espoir d’avoir un peu de liquide.
 
Le Commandant me dit ; « Ecoute moi mon petit, nous avons échappé à tous les obstacles qui se sont dressés devant nous jusqu’à présent, y a aucune raison qu’on ne s’en sorte pas. C’est sûr que nos amis ont déjà déclenché l’alerte et mettrons tous les moyens en œuvre pour savoir ce qui nous est arrivé »….
 
Prochainement, dernière partie de cette extraordinaire aventure.
 
E.T Abdel KADER

Cridem 


              

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