Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Genève : L’ONG une industrie florissante


Developpement
Lundi 9 Avril 2018 - 10:00

Genève n’est pas seulement renommée pour ses banques, son jet d’eau et ses montres de luxe.


 

La cité-état helvétique accueille le siège du Conseil des Droits de l’Homme, le Palais des Nations Unies, siège de la défunte «Société des Nations», le précurseur de l’ONU, un grand nombre de sièges d’agences internationales directement liées à l’ONU, de même qu’elle abrite quelques grandes et petites ONG s.
 

Association, fondations et ONG : 13.500 enregistrées mondialement à l’EcoSoc à New-York (États Unis) et 13.000 Fondations en Suisse.
 

L’adage que nos grands-mères utilisaient souvent « il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes » reste toujours en vogue, ici, à Genève. Bien sûr, pour de nombreux observateurs non-initiés, association, fondations ou ONG tout cela, peu ou prou, c’est la même chose… du pareil au même.

S’il est vrai que certaines appellations sont plus prestigieuses que d’autres chaque appellation reste cantonnée à des spécificités et pas seulement des subtilités administratives. Ainsi Monsieur tout le monde a-t-il tendance à utiliser le terme «ONG» pour désigner toutes les organisations qui travaillent dans son entourage et peu importe les statuts. Et pourtant, que de différences !
 

Justement, quels sont différences et comment définir ces différentes organisations ?

En réalité il n’existe pas réellement de définition juridiquement nette et précise pour les Organisation Non Gouvernementales, ce qui ouvre la porte à beaucoup d’abus, y compris dans l’usage d’appellation.

Si l’on se réfère à la définition de l’EcoSoc, une ONG est une association à but non lucratif, d’intérêt public, qui ne relève ni de l’État, ni d’institutions internationales mais qui interviennent dans le champs des relations internationales et dans un objectif d’intérêt public.
 

En Suisse, on en compte plusieurs milliers et pas moins de 13.500 sont enregistrées mondialement à l’EcoSoc à New-York (Etats Unis).

Mais aux côtés des ONG, à la base des associations nationales, se trouvent une autre forme, les Fondations. Ici, à Genève, les Fondations sont des organisations importantes car fiscalement parlant, elles permettent de rassurer les donateurs et de leur obtenir des ristournes d’impôts et peuvent être certifiées.

Il en existe aussi de milliers (plus de 13.000 en 2014 en Suisse).
 

Bien avant de fonder une ONG ou de la transformer en Fondation, à la base existent les Associations (Loi 1901 pour la France ou Art. & du Code Civil Suisse) qui, elles, se comptent par centaines de milliers et couvrent tous les domaines de la vie civiles et apportent souvent une grande aide aux pouvoirs locaux. Mais c’est le caractère international, le but fixé par l’association et son statut EcoSoc qui confère à certaines associations la possibilité de se dénommer ONG… Et la jeter dans un monde impitoyable.
 

Le Conseil des Droits de l’Homme, une arène pour les ONG !
 

En dehors des grandes Agences onusiennes, qui sont déjà particulièrement nombreuses et fortement peuplées… Genève, trois fois par an, voit accourir de nombreuses ONG qui viennent pour suivre, faire du lobbying et participer aux travaux du Conseil des Droits de l’Homme.

Seulement les places sont chères, très chères… Tout le monde n’aura pas la chance de pouvoir prendre la parole, de se faire entendre, d’organiser un événement parallèle… Les salles, gratuites, sont limitées en nombre, les temps de parole de plus en plus courts (2 minutes) et les orateurs de plus en plus nombreux car les sujets abordés sont de plus en plus brûlants
 

 

Alors comment faire quand l’on est une organisation qui n’a qu’une seule activité, qu’un but et qui doit montrer son efficacité à ses bailleurs dans un tel contexte? Ici, ce sont plus de 300 ONG qui sont répertoriées, localement et qui espèrent bien briller un court instant… Heureusement, seulement moins de la moitié sont réellement actives… et cela reste encore une zone de très forte concurrence…

Les responsables onusiens tentent bien de favoriser et promouvoir les alliances, les joint-ventures, mais rien ni fait. La concurrence reste rude, premier arrivé, premier servi… et tant pis pour ceux qui traînent dans les couloirs ou en chemin… Et même inscrites à une prise de paroles, il n’est pas toujours dit que l’ONG pourra porter sa parole…
 

Ici, la hiérarchie diplomatique reste de mise… d’abord les membres des délégations des États-membres, après les Etats observateurs, ensuite les agences et peut-être, si le Conseil a le temps, les ONG… Ouf!
 

S’entendre? La suspicion règne…
 

Lorsque vous entrez dans cette arène, l’impression de solennité passée, vous vous rendez vite compte de la puissance du maelstrom qui peut vous emporter. Bien entendu, vous allez rencontrer des gens qui partagent vos idéaux, vos valeurs et vous vous proposez, naïvement, de partager avec eux infos, paroles, dossiers et honneurs ! Brave militant que vous êtes. Vous vous précipitez dans la gueule du loup et même dans le monde des entreprises, la concurrence reste moins féroce.
 

Ici, le dossier que vous défendez, vos contacts sur le terrain et ici à Genève, votre réseau intéresse au plus haut point des organisations plus importantes qui sont prêtes (mais sans le montrer, bien entendu) à vous dépouiller comme au coin du bois et faire grossir leurs propres organisations Car plus elles « brassent » d’affaires, plus leurs bailleurs peuvent leur faire confiance, et tant pis pour les résultats…

Alors, devant cette concurrence, de peur de se faire manger tout cru, c’est chacun pour soi! Voilà aussi, une des tristes facettes du Conseil des Droits de l’Homme. Certes, de temps à autres, parce que faute de grive, on mange du merle, quelques organisations cosignent une pétition ou un dossier… mais les cas sont rares et les sujets d’importance…
 

Mais en général, cette concurrence, loin d’être une source d’émulsion, tend à dégoûter les impétrants qui finissent par abandonner la place et ne reviennent plus, laissant un peu plus de place aux « gros » qui se délectent déjà de leurs prochaines victimes qu’ils pourront croquer… et tant pis si la cause défendue n’avance pas… D’ailleurs il ne faudrait pas qu’elle avance trop vite, des fois que le Conseil lui trouve une solution, il n’y aurait plus de travail… Un comble, non ?
 

L’ONG, une administration bis ?
 

Avant de conclure, une dernière remarque sur la vie des ONG à Genève ou ailleurs… Étant donné le nombre de réunions dispensées tout au long de l’année à Genève et ailleurs, s’imposer de suivre un dossier, unique, sur un sujet très particulier demande non seulement des connaissances extrêmement pointues mais aussi de la disponibilité, de l’argent et du personnel.

Et les États comme les organisations Intergouvernementales du type onusien ont bien compris que même s’ils s’ouvraient à la Société Civile, cette dernière n’aurait jamais les moyens, humains, financiers et de temps pour suivre le rythme endiablé que les personnels politiques et administratifs peuvent se donner. Eux qui sont payés par les impôts et n’ont que cette tâche à accomplir…
 

Et comme la Société Civile, ils ont tout intérêt à ne jamais clore un dossier car ils n’auraient plus de travail – ou devraient se plonger dans un nouveau dossier…- Quant à trouver une solution, il est impératif qu’elle soit la plus alambiquée possible pour faire travailler les petits camarades de l’Administration centrale…

Bref vous l’aurez compris, entre un marché d’une extrême concurrence et des cadres administratifs à l’esprit tortueux, la Paix sur la Planète et les Droits de l’Homme ne seront jamais cause de chômage…


René Naba/renenaba.com
 

Pour aller plus loin


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter





Recherche