Des principes plutôt que de la politique


Tribunes
Samedi 28 Avril 2018 21:58

Avoir des principes ne nous donnera jamais de réponse définitive ou unique, comme les affectionnent les hommes politiques, mais nous aidera à éviter les simples erreurs d’arrogance, de pensée à court terme ou de règles contradictoires.


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Dans un autre article, j’ai analysé comment la méthodologie de la prise de décision politique, via une analyse en termes de bénéfice/coût, ne fonctionne pas à grande échelle. Les sociétés sont beaucoup trop complexes pour qu’il soit simple, voire même possible, d’appréhender les bénéfices et les coûts réels d’une nouvelle réglementation.
La régulation est le fruit des actions d’un petit nombre d’individus disposant d’informations limitées. Les politiques exigent des solutions vastes et complexes à des problèmes de même nature. La difficulté réside dans cette inadéquation.
Il existe une marge d’erreur importante en matière de politique, précisément parce qu’elle atteint, ou pas, un petit ensemble de données dans un temps circonscrit. Plus les recommandations politiques sont spécifiques, plus la situation est  susceptible de dégénérer.
Faire face au manque d’informations
Les principes pallient le problème de la connaissance nécessaire à l’élaboration de directives. Il s’agit de règles de conduite simples et concises visant à faire face à une grande variété de situations. Ils ne préconisent pas de réponses précises, mais suggèrent plutôt des modes d’actions spécifiques.
La problématique de la gestion du système de santé est un exemple fréquent de débat politique. De nombreuses personnes s’intéressent actuellement à la question de savoir comment les soins devraient être dispensés, et la majorité d’entre elles ont plutôt des opinions politiques tranchées.

La plupart, dans ce domaine, s’en remet sans hésiter aux prescriptions politiques établies à partir d’une recherche minimum, ou nulle, sur l’état des lieux de l’assurance médicale, de l’offre médicale et de l’industrie pharmaceutique. Ces travaux comportent généralement des centaines de pages de directives provenant de douzaines d’auteurs ou de lobbyistes. Cette démarche est fondée sur les mêmes présomptions erronées que j’ai critiquées dans la première partie.
 
Illustrons l’importance d’une décision basée sur un principe dans un environnement social complexe, à partir de quelques postulats de départ, et à la lumière du débat sur le système de santé.
Si vous accordez une valeur à la vie humaine en postulant qu’il est bon pour les humains d’être en bonne santé et en vie, vous défendez le principe qu’il ne convient pas de nuire à votre prochain pour obtenir ce que vous voulez.

Tout le monde ou presque, dans ce débat autour de la santé, partagerait cette opinion. Vous êtes probablement curieux de savoir comment les principes nous aident à progresser. Permettez-moi de détailler certaines des raisons pour lesquelles les principes l’emportent dans la résolution d’un problème, dès le départ, et en tant que points de repère, liés à la prestation de soins.
Les principes sont limpides
Ne pas nuire ou préserver la vie sont des principes assez simples. La meilleure façon de les mettre en œuvre n’est pas évidente (nous y reviendrons plus loin). Mais en tant que postulats objectifs de départ, ils sont difficiles à confondre avec quoi que ce soit d’autre. De toute évidence, dans notre exemple de soins médicaux, les rendre illégaux, plus difficiles ou dangereux à obtenir constituerait une violation de nos prémisses.
Les principes simplifient au lieu de complexifier
Il est généralement beaucoup plus facile de supprimer les projets néfastes que de trouver la bonne façon d’agir. Heureusement, les principes ne vous disent pas ce qui doit être fait, mais ce qui ne doit pas l’être.
Dans le cas que nous avons choisi : « ne pas faire de mal à un autre être humain pour obtenir ce que vous voulez » est une consigne assez claire de ce qu’il ne faut pas faire. Si nous éliminons les options de financement des soins de santé ou les dispositions impliquant violence ou destruction, nous réduisons considérablement le champ politique.
Les principes sont pluriels
Les principes sont étendus. Ils peuvent permettre des interprétations différentes sans être en conflit entre eux.
« Il est bon pour les humains d’être en bonne santé et en vie » exige une véritable réflexion et un travail sur la façon de fournir de meilleurs soins de santé. Mais contrairement à une orientation politique, cela permet un nombre illimité de moyens d’atteindre cet objectif. Vous pensez qu’il est pertinent de lancer une chaîne de pharmacies en libre service ? Super ! Foncez ! Vous pensez qu’il faut davantage de choix d’assurances, avec moins de monopoles dans le secteur ? Et pourquoi pas les deux ?
Les principes se transmettent  par la sagesse collective
Des principes tel que « ne pas commettre de violence », les expériences, les souvenirs et les savoirs se transmettent à des centaines de générations d’êtres humains. Ils sont simples parce qu’ils sont l’essence de tous ces souvenirs, expériences et idées. (Time and repeated use are very good at shaving off the bullshit from principles) Le temps et un usage répété sont de très bons moyens de se débarrasser du superflu ? Les nouvelles orientations politiques ne sont généralement pas issues de la sagesse collective.
Les principes sont constants
Soyez assurés de leur stabilité. Ils résultent d’observations très simples assimilées par l’homme sur le long terme. Ils décrivent la nature humaine, pas la situation présente, ni l’actualité, ni la lubie politique du moment.
Je comprends que ce raisonnement nécessite d’être approfondi. Mais je pense qu’il est évident qu’avant de dire tout et n’importe quoi à propos d’un monde aussi complexe que le nôtre, nous devons commencer par établir certains principes bien avant d’aborder la politique.
Avoir des principes ne nous donnera jamais de réponse définitive ou unique, comme les affectionnent les hommes politiques, mais nous aidera à éviter les simples erreurs d’arrogance, de pensée à court terme ou de règles contradictoires.



James Walpole
Un article de Foundation for Economic Education