Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Centrafrique : des milliers de musulmans en quête d'un impossible exil


International
Samedi 8 Février 2014 - 15:20

Ils sont centrafricains, nés en Centrafrique, n'ont connu que ce pays où ils ont construit leur vie: musulmans, ils sont menacés de mort dans leur ville ou village et n'ont plus pour seul espoir qu'un exil, qui leur est refusé.


Un convoi de camions et de taxis, des musulmans fuyant les violences interreligieuses. © AFP
Un convoi de camions et de taxis, des musulmans fuyant les violences interreligieuses. © AFP
Sur la base aérienne désaffectée de Bangui, ils sont entre 3.500 et 4.000, la plupart centrafricains, arrivés mercredi du nord-ouest dans un convoi escorté par des militaires tchadiens. Il y a une semaine, ils étaient seulement quelques centaines, musulmans de pays voisins. Dans un entrepôt de la base où des carcasses d'hélicoptères servent d'étendoirs à linge, l'Office des migrations internationales (OMI) enregistre les déplacés en quête d'exil. D'énormes camions militaires tchadiens sont stationnés dans l'attente d'un prochain départ.
 
"Aujourd'hui, la grande majorité des personnes qui sont ici sont des Centrafricains", explique à l'AFP Jan de Wilde, chef du bureau de l'OMI à Bangui: "le centre de transit se transforme en centre de déplacés". Mais, insiste-t-il, les Centrafricains ne sont pas évacués, ni par l'OMI, ni par les Tchadiens, seulement les étrangers.
A l'ombre de grands acacias, femmes et vieillards attendent, allongés sur des valises, une natte, ou à même le sol. Les enfants vont et viennent entre épaves d'hélicoptères russes et de bi-moteurs rouillés. Les hommes font la queue dans le cagnard sur le tarmac, dans l'attente d'un laissez-passer qui leur permettrait d'espérer quitter le pays.
 
Moumine ne veut pas aller au Tchad. A 16 ans, cet adolescent frêle originaire de Boali (90 km au nord de Bangui) dit n'avoir ni papier d'identité, ni argent: "ma mère et mes frères sont au Tchad déjà mais moi, je veux aller au Cameroun. On m'a dit que pour le Cameroun, c'était gratuit, pour le Tchad on me demande 11.000 FCFA (17 euros)". Le Tchad comme le Cameroun n'évacuent que leurs ressortissants ou alors, dit un agent de l'ambassade du Cameroun, "ceux qui sont sans papiers mais ont des explications. Ils doivent pouvoir justifier leur origine camerounaise".
Depuis début décembre, 31.500 étrangers ont été évacués du pays et plus de 86.000 Centrafricains ont trouvé refuge dans les pays voisins, fuyant en majorité par la route. Vendredi matin, un nouveau convoi de civils musulmans a encore quitté Bangui sous les huées des riverains, qui n'ont pas hésité à lyncher l'un des candidats au départ.
 
Chicotte tchadienne
 
Moumine ne voulait pas partir de sa ville. "On vivait autour de l'église de Boali où l'abbé nous protégeait. Mais quand les navettes tchadiennes sont arrivées mardi, tout a dégénéré. Un soldat tchadien a été blessé par un (milicien chrétien) anti-balaka et toute la nuit, les Tchadiens ont tiré à travers la ville. Au matin, on a embarqué dans les camions, les anti-balaka nous tiraient dessus".
Mohamed, parti de Yaloké, un peu plus au nord, était dans ce même convoi avec ses deux épouses et ses cinq enfants. Il explique que les attaques ont commencé à Bossembélé (150 km au nord ouest de Bangui) et ont repris à la sortie de Boali. Les anti-balaka "ont tiré sur nous, deux officiers tchadiens, un lieutenant et un colonel, ont été tués et trois civils", affirme-t-il. Mohamed ne sait pas ce qui l'attend au Tchad qu'il ne connaît pas. "Je suis né à Yaloké, je suis centrafricain," explique ce commerçant de 43 ans qui a tout perdu. "On va à N'djamena, je ne connais personne. Au Tchad, je serai un réfugié", dit Mohamed, qui ne sait pas encore que sa demande d'évacuation va être refusée.
 
Assis sur un fauteuil sous une aile d'avion, un homme en costume noir, cravate et lunettes sombres, questionne en arabe les candidats au départ. Sollicité par l'AFP, il refuse de préciser son identité ou sa fonction. Dans la file, des jeunes gens s'énervent. L'homme en costume se lève brusquement, attrape un bâton et se rue sur eux pour les frapper. "C'est l'ambassadeur du Tchad. Avec eux, c'est toujours la chicote!", confie un homme à voix basse.
Djouma Jacob vit sur le camp depuis déjà six jours. A 54 ans, cet ancien chauffeur d'une entreprise française attend avec huit membres de sa famille après avoir déjà passé cinq semaines réfugié à la Grande Mosquée de Bangui. "Avant, on habitait à PK5 (un quartier musulman de Bangui) mais ce n'était plus possible; ma maison a été brûlée, toutes nos affaires pillées, nous n'avons plus rien. Les anti-balaka ont même pris les briques des maisons pour les vendre", dit-il. M. Jacob espère un laissez-passer parce que son père était tchadien: "S'il le faut, on partira à pied!"
 
Source : AFP


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter





Recherche
Mediapart : Georges de La Tour éclairé par Alain Cavalier https://t.co/aw5UhJzJnp
Samedi 22 Septembre - 10:03
Mediapart : @GwLoas Il s’agit de la couverture du livre
Vendredi 21 Septembre - 21:12
Mediapart : Twitter et Facebook sommés de réviser leurs conditions d’utilisation https://t.co/lKHoel3CSv
Vendredi 21 Septembre - 20:46
Mediapart : Scandale des Rafale en #Inde : les déclarations de @fhollande à @Mediapart mettent à mal la version officielle du g… https://t.co/FVh0mNWiIJ
Vendredi 21 Septembre - 20:17
Mediapart : RT @LaurentMauduit: Que révèle l’affaire #Kohler? La haute fonction publique connaît-elle des dérives nombreuses? Lundi 24, de 12H à 13h30,…
Vendredi 21 Septembre - 20:16
Mediapart : RT @MediapartEN: François Hollande, his partner’s film, and the French fighter jet sale to #India https://t.co/D577GIo8ih #RafaleDeal
Vendredi 21 Septembre - 20:08
ALAKHBAR : Combien d’anguilles, sous la roche ?: Un premier pas vers des élections non… https://t.co/dX037mWjPQ #Mauritanie
Mercredi 25 Avril - 15:42
ALAKHBAR : Après la Mauritanie, le Français Bolloré est soupçonné de corruption au Togo et… https://t.co/pGjTyDkJO0 #Mauritanie
Mercredi 25 Avril - 15:42
ALAKHBAR : La Mauritanie, notre pays, ne nous reconnaît pas (Habitants de M. Ahmeidett… https://t.co/DgbhuucI2n #Mauritanie
Mercredi 25 Avril - 08:08
ALAKHBAR : La Mauritanie pénalise l’utilisation des sachets plastiques souples: L… https://t.co/VQuvXVwHsR #Mauritanie
Mercredi 25 Avril - 06:55
ALAKHBAR : Est Mauritanie : la malnutrition frappe les enfants des Adwaba: La malnutrition… https://t.co/rDl29GFSWt #Mauritanie
Lundi 23 Avril - 12:47
ALAKHBAR : Mauritanie : L’opposition prédit des élections "de confrontation": Mohamed Ould… https://t.co/KstUlIWk6e #Mauritanie
Samedi 21 Avril - 18:09