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​Aminetou mint Moctar, présidente de l’AFCF, candidate au prix Nobel de la Paix :


Mauritanie
Lundi 7 Septembre 2015 - 08:00

’’Ma candidature devrait être un honneur pour la Mauritanie et je souhaite, personnellement, qu’elle soit de consensus pour tous les Mauritaniens’’ dit ​la présidente de l’Association des femmes chefs de famille (AFCF)


Le Calame : Vous avez décidé de postuler au très prestigieux prix Nobel de la Paix. Pouvez-vous expliquer, à vos compatriotes, vos motivations et de quelle chance pourrait disposer votre candidature ?

Aminetou mint Moctar : Tout d’abord,  je ne suis pas présenté moi-même au Prix Nobel de la Paix. Je l’ai été par des organisations et des militants des droits humains mauritaniens, africains, arabes et européens qui m’ont choisie.

Je voudrais exprimer ma gratitude à ces hommes et ces femmes de l’avoir fait, en reconnaissance du grand combat que je mène, pour les droits  humains, en général, et les droits de la Femme et de l’Enfant, en particulier.

Certes, beaucoup de mauritaniens savent que j’ai défendu les dossiers des années noires de la Mauritanie – appelées passif humanitaire – ceux des victimes de l’esclavage et de ses séquelles et que je n’ai jamais collaboré avec les différents régimes qui se sont succédés dans mon pays.

Quant à ma candidature, je suis confiante : mon parcours de militante est très riche, en matière de lutte contre la discrimination, pour l’émancipation des couches les plus défavorisées, et les succès enregistrés constituent une base pour la réussite. Quel que soit le résultat qui m’attend, la lutte continue contre le racisme, l’esclavage et toutes les discriminations qui entravent la bonne marche de l’Etat de droit et les valeurs républicaines.
 
- Cette  candidature a-t-elle suscité des réactions du gouvernement mauritanien ? Pensez-vous qu’il  vous soutiendra ?

- En réalité, je ne sais encore rien de la réaction du gouvernement mauritanien. Mais je ne vois pas en quoi cette candidature peut gêner. Elle devrait être un honneur pour la Mauritanie et je souhaite, personnellement, qu’elle soit de consensus pour tous les Mauritaniens.

Beaucoup de personnalités, à tous les niveaux, l’ont saluée… Pour la seconde partie de votre question, je suis une citoyenne mauritanienne et mon pays doit me soutenir, comme tous les candidats de ce Prix Nobel de la paix dans le Monde.

Ils font la fierté de leur pays et moi, en tant que mauritanienne qui a reçu plusieurs prix et médailles, j’ai été aussi choisie par les cinq cents personnalités les plus influentes du monde musulmans, avec le grand érudit Abdallahi  ould Boye et El Alem Mohamed El Mokhtar ould Bah. Il est sûr que l’Etat doit soutenir ce Prix Nobel de la Paix pour la Mauritanie ; pas pour moi, en tant que militante des droits humains qui a toujours dérangé.
 
- Le procès en appel du président  d’Ira Mauritanie, Biram Dah ould Abeïd et ses codétenus vient de se terminer, à Aleg, par une confirmation de la peine de deux ans fermes, prononcée  par le tribunal de Rosso. Quelle est votre réaction ?

 - Personnellement et contrairement  à vous, je ne peux, en aucun cas, appeler ce qui s’est passé à Aleg un procès mais, bien plutôt, une mascarade qui viole nos mécanismes nationaux, sous- régionaux, internationaux.

La manière dont Biram ould Dah Ould Abeïd, Brahim ould Bilal et Djiby Sow ont été arrêtés est illégale, comme celle par laquelle ils sont été déplacés de Rosso à Aleg. Puis jugés, dans la plus flagrante transgression de toutes les normes. Ce verdict est scandaleux pour un Etat de droit.
 
- Le Parlement mauritanien vient de voter la loi qualifiant l’esclavage de « crime contre l’humanité ». Les associations  de défense des droits de l’homme doivent être satisfaites, non ? Qu’apporte cette loi de nouveau?

- Au niveau de l’AFCF, nous reconnaissons une avancée, dans la formulation des articles, et un changement de fond, dans d’autres. En particulier, la détermination de l’esclavage est plus précise qu’auparavant. Quant au fait que l’esclavage soit déclaré un crime contre l’humanité, c’est un décret qui existe depuis 2012, il n’est pas nouveau.

Pour le second aspect de la question, la loi apporte plusieurs modifications, très importantes, au niveau de certains articles comme l’article 2 qui taxe l’esclavage de crime contre l’humanité ; l’article 3 qui interdit toutes les formes de traite ; l’article 6 qui prône sanction contre toute autorité informée  d’un cas d’esclavage et qui ne prend pas les mesures nécessaires ; il donne, à la Société civile, le droit de se constituer partie civile.

A cet égard, il faut signaler une nette amélioration. L’article 22 permet, aux organisations des droits humains travaillant dans le domaine de la lutte contre l’esclavage et ses séquelles, de se constituer partie civile, dans les cas d’esclavage avérés.
 
- La Mauritanie dispose d’un important arsenal juridique pour éradiquer l’esclavage. Pourquoi, d’abord, tant de lois ; ensuite,  quels sont les obstacles qui ont empêché  de les appliquer ?

- Oui, la Mauritanie dispose d’un arsenal juridique important, pour éradiquer l’esclavage… si la justice était assainie des maitres esclavagistes qui détiennent, en général, les postes-clés des différentes chambres. Il y a, aussi, l’interventionnisme et la pression exercée, par les groupes dominants, sur l’ensemble des institutions de l’Etat, ce qui empêche souvent les juges de faire leur travail.

Malheureusement, tout ce qui se fait, dans notre pays, c’est pour la consommation étrangère et redorer le blason de la Mauritanie, devant les partenaires étrangers, au lieu d’avoir la volonté de rompre avec les vieilles pratiques, nuisibles au bon fonctionnement d’un Etat de droit, respectueux des nobles valeurs de la démocratie.

Les obstacles sont divers et multiples. Tout d’abord, ces lois n’ont pas été faites pour être appliquées mais, comme je viens de le dire, pour la seule consommation étrangère. Secundo, ceux qui sont censés les appliquer sont, en majorité, des fils d’esclavagistes. Il faut ajouter, enfin, que l’absence de sanctions, à l’encontre des magistrats qui n’appliquent pas la loi, et le manque d’indépendante de la justice favorisent l’impunité.
 
- A votre avis, cette loi aurait-elle une chance de ne pas  connaître le de même sort que  les précédentes ? Si oui, laquelle ?

- Il est très tôt pour juger de ce qui va se passer. Mais tout  dépend de la volonté politique des dirigeants mauritaniens : veulent-ils vraiment en finir avec cette pratique inhumaine et dégradante pour l’être humain ?
 
- Le sort très préoccupant de mauritaniennes transformées en esclaves sexuelles en Arabie Saoudite a défrayé la chronique, il y a quelques semaines. Comment en est-on arrivé là et où en est le dossier, aujourd’hui ?

 - Vous savez, la Mauritanie est une plateforme de trafics en tous  genres et d’impunités, ce qui a permis des traites à large échelle, en particulier de femmes. Quant aux dossiers de ces jeunes filles, il est entre les mains de la justice mais il est regrettable que madame Mariem mint Namou recrute toujours, avec ses coéquipiers, nombre de victimes. Rien n’a été fait pour l’arrêter, bien que l’effectif des plaignantes s’étoffe, de jour en jour.

L’AFCF est  à la recherche des solutions et l’IOM a déjà pris des engagements pour huit filles ; quant au reste, nous en sommes à leur localisation. C’est une tâche difficile, parce que même les parents n’ont pas de contact avec elles, elles n’ont plus de téléphone. Leurs moyens de communiquer avec leurs parents sont confisqués par ce saoudien, monsieur Manaa, qui les place dans leurs lieux de « travail ».
 
- Ne craignez-vous pas que les présumés auteurs et complices bénéficient, comme toujours, de l’impunité ?

- Mariem mint Namou, l’actrice principale de ce trafic, bénéficie déjà de l’impunité, avec son groupe d’indicatrices. Elle continue son sale boulot, au vu et au su des autorités, malgré plusieurs plaintes déposées par les parents des victimes.
 
- En  dépit de leur disposition à aller au dialogue mainte fois répétée, le pouvoir et l’opposition n’arrivent  toujours pas à passer, comme on dit, aux  « choses sérieuses ». A qui la faute ?

- Personnellement, j’estime que la question du dialogue n’est pas prise au sérieux. Tant que les deux pôles resteront en situation de confrontation et d’accusation mutuelle, il n’y aura pas de dialogue. Il faut qu’il y ait consensus, de part et d’autre. Malheureusement, chacun est cramponné sur sa position.

Propos recueillis par Dalay Lam
lecalame


              

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