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" lettre d'excuse de la ministre de la culture "


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Lundi 12 Décembre 2011 - 17:17

Aux respectables auteurs, Fawzia Zouari, Boubacar Boris Diop, et Louis-Philippe Dalembert,

Chers auteurs,

Je m’appelle Cissé Mint Boydé. Je suis la ministre de la Culture de la République Islamique de Mauritanie. Je m’enferme, en ce moment même, tard dans la soirée, dans ma chambre à coucher d’ où je vous écris ce message. Respectables auteurs, je compte sur votre compréhension et surtout sur votre discrétion pour entourer ma correspondance du plus grand secret. Je ne vous apprends rien, vous le savez, j’en suis sûre, un ministre de la Culture, dans notre pays, ne doit pas savoir écrire, ni lire. Tout comme, celui du pétrole ne doit rien savoir sur le pétrole.


" lettre d'excuse de la ministre de la culture "
Je souhaite que cet écrit reste entre-nous. Je ne veux pas que le boss découvre mes capacités littéraires. Je dois rester, toujours, à ces yeux une abrutie parmi tant d’autres ministres. Abrutis.  Un ministre ne doit pas paraître plus instruit que son Président. C’est tomber dans l’erreur, la plus destructrice pour un ministre, s’il s’évertue à afficher des connaissances ou compétences propres, surtout dans le domaine qu’il est censé connaître. C’est là toute la subtilité de nos généraux lorsqu’ils s’emparent du pouvoir civil. Ce sont des choses qui ne se répètent pas. Chaque ministre est soumis, avant de prendre fonction, à expulser de son cerveau toutes les connaissances acquises dans sa vie antérieure. Notre Président-Général appelle cette condition sine qua none à la nomination ministérielle : L’opération de vidange.  Il s’agit du premier acte démocratique exercé par un ministre. Ainsi, se conforme-t-il, à l’univers présidentiel.

Je reviens à l’objet de ma correspondance qui est d’abord une excuse que je vous adresse. Vous avez souligné, je le sais,  l’absence de la ministre de la Culture que je suis de la cérémonie du lancement du festival Traversées Mauritanides pour lequel vous avez fait le déplacement. C’est une absence que je regrette profondément. Je la regrette car elle m’a fait rater un moment agréable, une compagnie des plus riches pour moi en tout cas. Des plus riches, je me permets de vous le dire, puisque je vous connais, chers auteurs. Car, je connais vos œuvres littéraires des plus sublimes des plus profondes. Vos œuvres que j’admire, à cette heure de la nuit, là, devant, en pile sur ma table de chevet. Des œuvres que j’ai lues et relues. Chers auteurs, je vous aime. J’aime chacun de vous, séparément.  Je vous aime ensemble.
 
Je vous aime Fawzia Zouari. Vous me fascinez. Je n’oublierai jamais votre livre intitulé, l’Olivier d’Or Blanc. Un livre où toute votre force et tout votre talent littéraires, si merveilleusement empreints de votre féminisme indélébile, s’expriment de la manière la plus subtile, la plus raffinée. Je l’ai fait lire, vous  ne le dites à personne, à mes copines commerçantes joaillères qui en sont tombées follement amoureuses. Tous vos livres sont-là, en face de moi ! Ah ! ‘’La détournée’’, un livre qui a marqué la femme en moi. J’ai, toujours, aimé, d’ailleurs, le faire lire, ce que je n’oserai faire, à l’un de nos généraux qui a une passion particulière pour les femmes dans pareille posture. Fawzia, vous m’écrivez, un peu, vous me dites, je veux dire, le titre de votre livre, ‘’Pour en finir avec Mon Ex en Province’’.  C’est mon histoire, Fawziya, que vous avez reproduite, de la façon la plus belle, je vous l’avoue.
 
Boubacar Boris Diop, je vous tire chapeau. Vous êtes le Roi de l’écriture. J’aime bien chez vous cette manière de ressortir, dans vos œuvres, toutes nos richesses africaines. Par exemple, votre célèbre bouquin qui a pour titre  ‘’Serpents à Plumes’’. J’y ai lu, Boris,  l’Afrique, toute l’Afrique,  toute la richesse de sa faune, ses rares et fabuleux serpents à plumes, ses ânesses et ses ânes, ses lapins posés, ses chiens qui aboient et ses caravanes qui ne passent pas. Je vous aime Boris. Votre livre ‘’le tam-tam de l’Harmattan’’ m’habite. J’avoue que je n’ai jamais pu, moi qui suis née sous le souffle éternel de l’Harmattan, songé à cette expression. C’est cela votre force, Boris. Cette faculté de faire parler nos vents, de leur attribuer des voix, des sons. ‘’Le Tam-tam de l’Harmattan’’ est tout simplement la meilleure œuvre qui décrit l’Afrique.
 
Louis-Philippe Dalembert, je vous admire. Dalembert, vous me parlez déjà. Eh, oui. Je vous ai entendu et je vous ai compris. Et, je me suis entendue, et je me suis comprise, à travers vous, à travers votre œuvre majeure, ‘’L’Autre Face de la Mère’’. La mère que je suis se retrouve dans ce livre si bien écrit, si bien senti. Delembert, votre engagement littéraire aux cotés des femmes et des enfants me parle. Il est encore gravé dans mon esprit de mère de famille, votre livre, dont le titre annonce déjà votre couleur et qui met en exergue l’épineuse problématique posée à nos enfants, en âge de scolarité. Ceux–là qui fréquentent des écoles où, Delembert, vous l’avez si bien dit,  les gommes sont interdites. Nos enfants qu’on gave à longueur de journées par des sciences qui ne le serviront strictement à rien, dans la vie courante. L’expérience  que j’ai vécue, en tant que ministre, vous donne raison. Elle donne, aussi, raison à notre Général Président. La vidange est la plus belle gomme qui a permis, à notre démocratie, de se confirmer.
 
Chers Auteurs, savez-vous, quel rayon je dédie à vos œuvres ? Eh, ben, je vous le dis : Celui des Auteurs Majeurs de la Littérature Mondiale. Je les vois, vos œuvres, dans le rayon, où je peux lire également des titres comme : Mille Ans de Platitude, Chronologie d’une Maure dénoncée, de Gabriel Garcia Marquez, Prime et remerciement, de Dostoïevski et L’Humour de Swann de Marcel Proust.
 
Chers Auteurs, c’est un peu une lettre d’excuse que je vous adresse et que je vous prie de garder au secret. Si, jamais, mon Général-Président découvre que j’écris, il va m’accuser d’avoir écrit tous les textes qui exposent son intimité. Nous sommes très liés, le Président et moi. Il irait jusqu’à dire que je suis l’auteure du texte relatif à sa toute nouvelle et imposante villa, en construction, en ce moment,  par la société publique, A.T.T.M,  dans son ranch d’Inchiri.
Cette lettre est, aussi, pour moi, l’occasion de vous faire savoir que je suis une femme De livre. 
Cissé Mint Boydé, tard dans la nuit, dans la chambre à coucher. Nouakchott. Mauritanie.

cette fausse lettre est écrite par mouna mint ennas
maurichronique.blogspot.com/


              

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