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Yahya Ould Rajel, guide-conteur : «La décision d'arrêter le Paris/dakar était une décision politique : la France voulait installer sa base militaire ici et lancer les activités de Total»


Culture
Vendredi 13 Janvier 2012 - 16:12

Le guide conteur Yayah Ould Rajel surnommé «le roi du désert» dans le milieu touristique, s’exprime sur l’état du tourisme qui est selon lui en perte de vitesse, à cause certes des risques de terrorisme, mais surtout de mesures excessives protectionnistes. Des mesures qui menacent la survie d'un métier qui s'apparente plus à un art à ses yeux. Entretien.


Yahya Ould Rajel, guide-conteur : «La décision d'arrêter le Paris/dakar était une décision politique : la France voulait installer sa base militaire ici et lancer les activités de Total»
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Comment êtes-vous devenu guide-conteur?

La société pour laquelle on travaillait, avait initié en 2008 une formation donnée par une conteuse professionnelle française destinée aux guides accompagnateurs sur l’histoire, la géologie, la culture française et mauritanienne, ainsi que le conte entre autre. C’est à partir de ces échanges que beaucoup d'entre nous ont eu le goût du conte. Nous utilisions désormais le conte au profit du tourisme, véhiculer la culture mauritanienne.

L’objectif était de favoriser le tourisme culturel. On était content d’être les éléments moteurs de cette politique touristique qui a apporté ses fruits au pays. Ce métier rapportait avant : le guide était aussi bien payé, il pouvait gagner cent à cent cinquante mille UM par mois, sans compter les pourboires en fonction de la satisfaction de ses clients.

A quand remonte la perte de vitesse du tourisme mauritanien?

L’assassinat le 26 décembre 2007 sur la route d’Aleg des français, a freiné le lent décollage du tourisme qui s'amorçait chez nous. Avec le phénomène du terrorisme, suivi de l'arrêt du rallye Paris/Dakar, le déclin s'est accéléré. Injustement d'ailleurs. On savait que l’accident d’Aleg était isolé, un acte crapuleux dont les auteurs étaient connus des Nouakchottois, comme étant des voleurs. La France, sans chercher à comprendre a lié cet incident malheureux à Al Qaida.

Le directeur du rallye arrêté, à la suite d’une rencontre avec les autorités s'était dit rassuré, ayant eu des promesses pour sécuriser son rallye. Malgré cette assurance, les autorités françaises ont pris la décision de «fortement déconseiller la tenue de ce rallye en terre mauritanienne». En tant qu’acteurs de terrain on savait que c’était plutôt une décision politique : la France voulait installer sa base militaire ici et lancer les activités de Total.

Comment expliquer que Total travaille depuis plusieurs années dans le nord de Ouadane et que des touristes paisibles ne peuvent pas venir au banc d'Arguin, à Chinguity et les autres destinations touristiques du pays? Dans le couloir dont je vous parle il n’y a jamais eu de problèmes depuis l’avènement du tourisme.

Où en est-on aujourd'hui?

La rentabilité n’est plus la même. La situation s’aggrave d’année en année : il n’y a plus de charter depuis deux ans, car le ministre des Affaires étrangères françaises classe la Mauritanie dans une case de plus en plus rouge. Je pense qu’ils vont bientôt peut-être interdire de voyager un jour, en Mauritanie.

On reçoit nettement moins de touristes qu’avant. L’instauration du pays en zone rouge empêche des touristes à se rendre ici au risque de perdre leur assurance automatiquement. Face à cette contrainte, ces derniers n’ont d’autre choix que d’annuler leur voyage avant de choisir le Maroc ou la Tunisie où ils peuvent se rendre plus facilement, avec un billet moins cher.

On ne doit pas laisser un autre pays nous infliger un traitement, un signe, une marque. On doit rester souverain en classant notre pays en connaissance de nos réalités, de nos moyens financiers. On attend de la France et des autres pays ce qu’un ami attend d’un autre ami.

Pour moi il y a une absence de l’état vis-à-vis de cette ingérence étrangère. C’est injuste d’imposer une politique donnée à des citoyens comme les pauvres chameliers nomades et guides qui n’ont rien fait pour mériter de telles sanctions.

Quel avenir pour le conte dans nos sociétés de plus en plus modernes?

Il est connu traditionnellement parlant, mais la mode des contes revient à nouveau, créant le même engouement parallèlement pour les proverbes mauritaniens en tant que richesse culturelle traditionnelle. Pour chaque œuvre dans ce domaine, il faut les moyens, et cela manque beaucoup.

Notre association avec son récépissé n’a jamais reçu de subventions de l'état. On continue à travailler avec nos propres moyens, on organise de temps à autres des spectacles avec les centres culturels français, marocain et l’Ambassade espagnole. On n’est pas encore rentré dans le milieu scolaire, une cible importante à mon avis. L’art du conte peut se révéler comme une pratique de langues nationales. Les gens nous sollicitent de plus en plus pour des formations dans ce sens. Mais le manque de moyens est notre handicap majeur.

Ce seul métier ne peut pas me faire vivre, ce n’est pas deux à trois spectacles dans l’année qui vont me faire vivre, même si on essaie de joindre les deux bouts à travers l’art du conte et l’organisation de circuits pour une rémunération pour le guide. Faute de moyens la sortie de mon recueil de poèmes en hassanya traduit en français programmé pour 2011, sortira finalement en 2012.C’est plus difficile d’éditer que de collecter à mon avis. Notre rôle est de profiter de la technologie tout en étant naturel et attaché à notre oralité.

Propos recueillis par Awa Seydou Traoré
Mamoudou Kane


              

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