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Yahya Ould Ahmed Waghf, président d'ADIL: «Personne ne peut remettre en cause notre multiculturalité et les reconnaissances qui en découlent en matière de droit à la différence»


Actualité
Lundi 28 Novembre 2011 - 22:03

Libéralisation audiovisuelle, dialogue national, arabisation, Inal, unité nationale... Yahya Ould Ahmed El Waghf, ancien premier ministre sous Sidi Ould Cheikh Abdallahi, aujourd’hui président Pacte national pour la Démocratie et le développement dit ADIL, évoque tous ces thèmes d'actualité dans cet entretien.


Yahya Ould Ahmed Waghf, président d'ADIL: «Personne ne peut remettre en cause notre multiculturalité et les reconnaissances qui en découlent en matière de droit à la différence»
Suite à la libéralisation des ondes en Mauritanie, sept radios et télévisions ont reçu l’autorisation d’ouverture sur 26 candidatures. Est-ce un progrès pour la liberté de ton de la presse quand on sait que l'essentiel des dossiers acceptés sont proches du pouvoir d'une façon ou d'une autre?

La libéralisation des ondes constitue l’une des avancées majeures vers la démocratie que nous souhaitons instaurer dans notre pays. Je pense personnellement que cette libéralisation ne doit faire l’objet d’aucune restriction, en dehors de ce qui peut toucher à l’unité nationale et la stabilité du pays. Je considère que le nombre d’autorisations accordées jusqu’ici est insuffisant pour prendre en compte, la pluralité des opinions et faire bénéficier au pays de toutes les compétences dans le domaine.
Je ne dispose d’aucune information fiable sur la consistance technique des dossiers. Je considère cependant que certains professionnels qui ont soumissionné et qui n’ont pas été retenus, sont de mon point de vue, des pionniers qui méritent d’être autorisés à avoir leurs radios et leurs télévisions.

Comment percevez-vous la question de la cohésion sociale mauritanienne, à travers l'unité nationale notamment, tant évoquée politiquement?

L’unité nationale est la préoccupation première de tous les acteurs politiques du pays. Personne ne peut remettre, aujourd’hui en cause, notre multicultiralité et les reconnaissances qui en découlent en matière de droit à la différence, mais aussi nos valeurs islamiques communes qui constituent le ciment de notre unité et de notre cohésion. Nous avons tous opté pour la démocratie comme modèle de société à mettre en place. Dans le cadre de cet édifice démocratique en cours de construction, nous sommes appelés à mettre fin à toutes les injustices de quelque nature que ce soit, en rétablissant tous nos concitoyens dans leurs droits. Cela suppose naturellement, la reconnaissance de toutes les injustices commises et la recherche d’un système de réparation qui concilie la justice pour les victimes et l’unité et la cohésion sociale du pays, mais aussi et surtout, la prise en compte des aspirations de toutes les composantes culturelles et géographiques du pays dans tous les programmes et politiques futures.

Le discours sur l'arabisation est ressorti ces dernières semaines. Le dernier épisode concerne Aïcha Mint Vergès; on a l'impression que les discours radicaux s'aiguisent à l'approche des États Généraux de l’Éducation annoncés...

Je n’ai malheureusement pas lu le contenu de cette intervention que vous évoquez. Je considère cependant que le problème doit être posé autrement. L’usage du terme arabisation ne me semble pas approprié. Nous sommes un pays multiculturel dont la constitution définit les langues nationales, en référence aux entités culturelles qui le composent et une langue officielle qui est l’arabe. Le fait de parler de l’arabisation suppose qu’il existe une volonté d’arabiser les communautés non arabes, ce qui est inacceptable. Ce que nous devons demander c’est de valoriser toutes les langues nationales du pays et les enseigner à nos enfants pour permettre une meilleure communication et une plus grande connaissance de nos cultures. On doit également prendre en compte, la nécessité pour nous de nous ouvrir sur le monde extérieur, en renforçant l’enseignement du français dans notre pays pour assurer la continuité et la cohérence entre nos élites présentes et futures.

Les mouvements de la société civile ont décidé, à l’occasion du 51ème anniversaire du pays, d’organiser une marche à Inal pour commémorer la mémoire des victimes négro-mauritaniennes tombées le 28 novembre 1991. Cela ne risque t-il pas de diviser les Mauritaniens qui vont déjà en rangs dispersés pour un événement censés les unir?

Nous sommes un pays démocratique et nous devons respecter le droit à chacun de s’exprimer pacifiquement. Ces organisations ont le droit de s’exprimer sur cette question importante. Nous savons tous, désormais, que des fautes graves ont été commises à l’encontre de certains de nos compatriotes et que des soldats ont été exécutés de manière extrajudiciaire. Si l’objectif est de commémorer cet événement pour dire que de pareilles choses ne doivent plus exister dans notre pays, je pense que personne ne peut s’y opposer. Beaucoup de ceux qui n’ont pas prévu de participer à ces manifestations peuvent le faire, si le problème est présenté de cette manière. Je compatis personnellement avec nos compatriotes qui ont eu à souffrir d’injustices et avec leurs familles. Je ne pense pas que cette question divise. Tous les mauritaniens sont contre l’injustice et condamnent les exécutions extrajudiciaires dont ces soldat ont fait l’objet. Nous ne sommes divisés que sur des questions politiques relatives aux moyens à mettre en œuvre pour bâtir une Mauritanie démocratique et juste.

On a l'impression de tourner en rond, et que les autorités ne veulent pas réellement régler ce problème. Que peut-on raisonnablement attendre de l'état sur cette question?

Je pense que cette question a été traitée pour la première fois en 2007, après le discours du Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi (juin 2007- ndlr). Ce discours a permis de reconnaitre officiellement les injustices qui ont été commises et la responsabilité de l’État. Il faut noter que les pouvoirs précédents ont tenté timidement de trouver des solutions à ce problème sans grands succès (un retour des réfugiés a été organisé en 2000 et des indemnisations ont été versées à certaines victimes ou à leurs ayant-droits). La particularité en 2007 est qu’il y avait une réelle volonté et une vision pour trouver une solution concertée avec l’ensemble des acteurs concernés. J’ai eu personnellement le privilège de contribuer à cette grande concertation et à la mise en œuvre de ses résultats consensuels.
Depuis le coup d’état de 2008, les nouvelles autorités ont pris l’engagement de faire d’avantage dans ce domaine, en accélérant le retour des réfugiés et en négociant avec les victimes et leurs ayant-droits un accord d’indemnisation sensé régler définitivement cette question. Pour la question des réfugiés, je pense personnellement que l’essentiel a été fait et qu’il faut maintenant accélérer les programmes de réinsertion pour permettre aux populations, de retour, de recouvrer leurs propriétés et de pouvoir bénéficier de l’appui nécessaire pour leur assurer un niveau de vie comparable à celui de leurs concitoyens. Tous les réfugiés qui désirent rentrer au pays et qui ne l’ont pas encore fait, peuvent le faire. Pour la question du passif humanitaire, il est nécessaire de continuer la concertation, en associant d’avantage les associations concernées, pour trouver le meilleur schéma possible et acceptable par toutes les parties concernées afin de régler définitivement cette question.

Peut-on concevoir une révolution mauritanienne, à l'instar de ce qui continue de se dérouler dans le monde arabe?

Tout ce qui se passe dans le monde arabe a un impact sur notre pays, et on voit même que cela a eu un impact en dehors de la région. Étant donné la fragilité de notre tissu social, je ne pense pas qu’il est dans notre intérêt de suivre le modèle qui peut conduire à la violence et à l’instabilité. Je suis convaincu que le modèle marocain qui a consisté à reformer avant d’atteindre le seuil critique de non-retour est le mieux adapté à notre pays. Les résultats du dialogue entre la majorité et une partie de l’opposition constituent une première étape vers la mise en place de ces réformes qui permettront de mettre en place un cadre légal de nature à garantir l’organisation d’élections libres et transparentes, conditions nécessaires à une alternance pacifique et à l’édification d’une véritable démocratie.

Propos recueillis par Cheikhna Aliou Diagana[
Mamoudou Kane


              

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