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Y aura-t-il un dialogue ?


Actu Mauritanie
Vendredi 22 Janvier 2016 - 09:30

Tout le monde s’accorde pour dire, à juste raison, que la solution de tout problème, d’une manière générale, et de tout problème relevant de la politique, en particulier, c’est le dialogue.


De même, tout le monde s’accorde pour dire (vérité de Lapalisse) qu’il faut être deux parties en conflit pour dialoguer ; que ce conflit soit très profond ou qu’il ne relève que d’une simple petite divergence, d’appréciation, de point de vue.
Tout le monde s’accorde pour dire que la situation actuelle du pays nécessité un dialogue ouvert, inclusif, sincère et sans tabou.

Ce dialogue constitue une nécessité et l’acceptation des différences. Recherché par tous, souhaité et nécessaire pour traiter des maux dont souffre la Mauritanie, le dialogue a toujours été, de l’indépendance à nos jours, le tendon d’Achille des politiques (pouvoir et opposition) et la pierre d’achoppement sur laquelle vient s’écraser toute idée de consensus, de compromis avantageux et de dépassement par la concertation des multiples problèmes auxquels le pays est confronté.

Si (Al Marhoume) Maître Mokhtar Ould Daddah, premier Président de la toute jeune République, a su jeter les jalons et tendre la main à ses plus irréductibles contempteurs (les Kadihines) pour essayer d’uniformiser les avis sur certains problèmes, notamment celui de la difficile reconnaissance de la Mauritanie par le Maroc, la création d’une monnaie nationale, la nationalisation de la MIFERMA, plus tard, le sens du dialogue et de la mesure restait une valeur très peu cultivée, aussi bien par les tenants du pouvoir que ceux que l’on range dans le camp de l’opposition.
Sous le règne des militaires (1978-1992), qui se caractérisait par le « motus et bouche cousue », la liberté d’opinion et de pensée, fondement de la démocratie, brillait par son absence, tant ces régimes qui ne tirent leur légitimité que de la force qu’ils monopolisent, étaient réfractaires à toute contestation et toute ouverture assimilées par eux à de la faiblesse (qu’ils abhorrent).

Le colonel Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya qui troquera son uniforme pour un semblant de démocratie – le terme multipartisme sied le mieux – (1992-2005) dont le pouvoir, particulièrement entre 1986 et 1991, se distingua par des violations massives des droits de l’homme, n’avait pas, non plus, su engager des concertations franches avec les forces vives pour résorber les terribles déficits démocratiques dont souffrait le pays : phénomène de l’esclavage, passif humanitaire, piétinement des libertés publiques… faisant de la Mauritanie un « Etat de droit » qui bat de l’aile.

Certes, vers la fin de son mandat, Ould Taya avait fait initier, par l’intermédiaire du Président du RDU (parti membre de la Majorité présidentielle), le « Forum des Valeurs Démocratiques et Citoyennes » (les 11 et 12 Avril 2005), avec la participation de plusieurs partis de l’opposition, mais l’aventure avait tourné court du fait de son renversement le 3 Août 2005 par la junte militaire du CMJD (Comité Militaire pour la Justice et la Démocratie) dirigée par le Colonel Ely Ould Mohamed Vall.

Durant l’intermède du CMJD, des concertations entre le gouvernement, la classe politique et la société civile a permis des avancées notables : retour de plusieurs exilés (Cavaliers du Changement, auteurs du putsch manqué du 8 Juin 2003, militants des FLAM-Rénovation, etc.), référendum du 26 Juin 2006 modifiant la Constitution de Juillet 1991, organisation des élections municipales et législatives en 2006 et sénatoriales et présidentielle en 2007… C’est aussi sous le régime CMJD que l’ordonnance n°91-023 du 25 Juillet 1991 (dont le fameux article 11 sur la presse donnait au Ministère de l’Intérieur le droit de « sanctionner un journal, sans avoir à se justifier ») a été abrogée par l’ordonnance n°017-2006 du 12 Juillet 2006.

C’est toujours sous le CMJD que la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH – Ordonnance n°2006-015 du 12 Juillet 2006) et la Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuelle (HAPA – Ordonnance n°2006-034 du 20/10/2006), entre autres, ont été instituées…
Sous le règne, très court, du Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi (2007-2008), des journées de concertation (les 21, 22 et 23 Novembre 2007) avaient réuni les forces vives, et l’essentiel des problèmes qui assaillent la Mauritanie avaient été discutés ; le fruit de ces discussions avait fait l’objet de rapport et de recommandations avec des fortunes diverses : d’un côté, le retour des déportés avait été entamé, avec la création de l’ANAIR (Agence Nationale d’Appui et d’Insertion des Réfugiés – actuelle TADAMOUN) alors que d’autres sujets restaient en l’état.

Par la suite, après l’arrivée du Général Mohamed Abdel Aziz au pouvoir, des dialogues ont eu lieu mais tous ont tourné court : l’accord de Dakar qui a permis l’élection présidentielle de 2009 s’est caractérisé par la non application du reste de ses dispositions ; le dialogue entre le pouvoir et une partie de l’opposition regroupée sous le label C.A.P. (Convention pour une Alternance Pacifique) avait abouti à des amendements constitutionnels et l’organisation d’élections municipales et législatives. Mais là aussi, l’inapplication intégrale des résultats du dialogue fut contestée par la C.A.P. elle-même.

Et depuis, le pouvoir tente d’initier un autre dialogue avec le FNDU (Forum National pour la Démocratie et l’Unité) mais, entre tergiversations, incompréhensions, appréhensions et manque de confiance des uns vis-à-vis des autres, le démarrage connaît encore des ratés. Pourtant, l’inquiétude des Mauritaniens pour l’avenir du pays, les difficultés de toutes sortes, le marasme économique plaident pour une ouverture rapide d’un dialogue sincère pour jeter les bases d’une Mauritanie nouvelle. Malheureusement, au moins quatre raisons principales empêchent encore la concrétisation de ce dialogue tant espéré :

-  Le pouvoir, tout en proclamant haut et fort qu’il veut dialoguer, ne semble pas être sincère dans sa démarche. En effet, il a mis en place un système verrouillé qui veut soumettre et affaiblir toutes les forces politiques, pour rester seul maître à bord et mener le jeu à sa guise. Il encourage et renforce un comportement politique en Mauritanie qui continue à être régie selon des critères traditionnels (ethniques, tribaux, religieux, régionaux) ;

-  Chaque partie au dialogue (le pouvoir et les « forces vives ») n’a en tête que ses propres intérêts dans un marché considéré de dupes ne privilégiant que peu l’intérêt général. En effet, l’objectif du pouvoir est d’arriver, vaille que vaille, à valider des modifications constitutionnelles en sa faveur ; alors que « l’opposition » escompte des avantages politiques qu’il serait fastidieux d’énumérer ici ;

-  Une absence totale de confiance entre les acteurs. « L’opposition » (FNDU), déjà échaudée par l’Accord de Dakar, soupçonne le pouvoir de vouloir la rouler encore dans la farine, en même temps qu’elle a du mal à harmoniser ses positions au vu de sa diversité et de sa composition (le FNDU est composé de 4 pôles : pôle politique, pôle de la société civile, pôle syndical et pôle des personnalités indépendantes). C’est dire que les clivages qui traversent le FNDU, s’ils ne sont pas dépassés rapidement, finiraient par sonner le glas du dialogue envisagé et tuer dans l’œuf l’espoir que nourrissent beaucoup de Mauritaniens ;

-  La quatrième raison est que beaucoup de Mauritaniens ont une mauvaise appréciation de certains « leaders de l’opposition » soupçonnés de traîner des casseroles et dont l’indépendance d’esprit et des actes est sujette à caution, du fait de leur transhumance notoire. Tout cela fait que beaucoup de Mauritaniens, soucieux de voir un dialogue constructif s’instaurer et aboutir à des résultats probants, restent circonspects et prônent un changement de ces leaders peu consensuels (malgré la valeur intrinsèque des uns et des autres) par des visages nouveaux, sérieux et dignes de porter leurs aspirations.

Malgré tout, et nonobstant le désir de chacun des protagonistes de tirer la couverture à lui, le dialogue reste un impératif, une obligation, une urgence. Ne serait-ce que pour ces raisons, l’espoir est permis.

Maître Mine Abdoullah
Avocat à la Cour
Professeur à l’Université de NouakchottPrésident de la LMDHPrésident de PCQVP-Mauritanie

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