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Xi Jinping, l'homme du "rêve chinois", élu nouveau président de Chine populaire


International
Jeudi 14 Mars 2013 - 09:30

L'Assemblée nationale populaire chinoise a désigné, jeudi 14 mars, Xi Jinping, déjà secrétaire général du Parti communiste chinois, comme nouveau président chinois. "Je déclare que le camarade Xi Jinping a été choisi comme président de la République populaire de Chine", a annoncé en fin de matinée dans l'amphithéâtre du Palais du peuple, devant les délégués réunis en séance plénière, Liu Yunshan, qui présidait la session électorale.


Xi Jinping, représentant de la cinquième génération de dirigeants communistes, a davantage les coudées franches que son prédécesseur, Hu Jintao.
Xi Jinping, représentant de la cinquième génération de dirigeants communistes, a davantage les coudées franches que son prédécesseur, Hu Jintao.
Impassible, Xi Jinping s'est levé, a salué l'auditoire et les membres du bureau politique, puis a serré la main de Hu Jintao, le président sortant. M. Xi est élu pour un mandat de cinq ans, mais sa réélection, en 2018, est d'ores et déjà présentée comme certaine. Il a également été désigné ce matin président de la Commission militaire centrale de l'Etat – Xi Jinping dirige déjà la Commission militaire centrale du Parti, dont la composition est identique, depuis le 18e Congrès du Parti en novembre 2012. La CMC a autorité sur les forces armées.

Si la désignation de M. Xi était une formalité, ce fils d'un célèbre révolutionnaire communiste âgé de 59 ans, représentant de la cinquième génération de dirigeants communistes, a davantage les coudées franches que son prédécesseur, le hiératique Hu Jintao : le 18e Congrès s'est conclu sur une sorte de " paix des braves " entre les factions, qui s'est traduite par un retrait de la vie politique de Hu Jintao et de Jiang Zemin.

FILIATIONS POLITIQUES COMPLEXES

Les filiations politiques de Xi Jinping sont complexes : il a, au début de sa carrière, bénéficié du soutien de son père, Xi Zhongxun, mais aussi de Hu Yaobang, le dirigeant réformateur limogé en 1987, sous lequel Hu Jintao a commencé son ascension.

Mais le nouveau président a également soigné ses relations avec l'ancien numéro un Jiang Zemin, qui a largement endossé sa candidature à la direction du Parti. Le choix par Xi Jinping de Li Yuanchao comme vice-président pourrait confirmer son affranchissement vis-à-vis de la vieille garde : cet ancien responsable du département de l'organisation du Parti, la gigantesque DRH du PCC, n'avait pu accéder au comité permanent, le collectif dirigeant suprême de sept membres, en novembre, car il avait été écarté au profit de Liu Yunshan, perçu comme un conservateur plus proche de Jiang Zemin. M. Liu est chef de la propagande. A moins qu'il ne s'agisse d'un rééquilibrage au sein des factions : Li est issue de la "tuanpai", la faction de la Ligue de la jeunesse de Hu Jintao...

Depuis son accession à la tête du parti il ya trois mois, Xi Jinping a déjà réussi à imprimer un style, si ce n'est personnel, du moins différent : il apparaît plus chaleureux et plus direct que Hu et Jiang, et a ainsi habilement joué de ces qualités lors des expéditions très médiatisées organisées à la fin de 2013 et au début de 2013 au cœur de la Chine rurale et très pauvre.

Depuis son accession à la tête du Parti il y a trois mois, Xi Jinping a déjà réussi à imprimer un style si ce n'est personnel, du moins différent : il apparaît plus chaleureux et plus direct que Hu Jintao.
Depuis son accession à la tête du Parti il y a trois mois, Xi Jinping a déjà réussi à imprimer un style si ce n'est personnel, du moins différent : il apparaît plus chaleureux et plus direct que Hu Jintao.
Il est à l'aise au milieu des militaires, grâce aux différents postes qu'il a occupés au sein de l'armée tout au long de sa carrière. Sa campagne pour la frugalité et contre la corruption au sein du Parti a réussi à faire illusion pour un temps.

Les internautes chinois, de plus en plus perspicaces et vigilants sur ces questions, exigent toutefois des garde-fous crédibles. "Hu Jintao était fondamentalement un gérant professionnel, un employé, il parle comme s'il était chez les autres. Xi est l'héritier de la famille, il parle comme à la maison", résume l'historien chinois Zhang Lifan.

"Cette différence d'attitude explique que Xi fasse montre de plus de fermeté. En outre, il sait qu'il doit construire une image autre que celle de son prédécesseur, perçu comme mou et incompétent. La politique diplomatique de la Chine ne pourra que se durcir sous Xi Jinping. Cela lui permettra d'aiguillonner le nationalisme et d'y diriger l'attention du peuple", poursuit-il.

NOUVELLE DEVISE

Enfin, Xi Jinping a déjà imposé une nouvelle devise : le "rêve chinois", qui succède à la "société harmonieuse" chère à Hu Jintao. La formule, qui n'est pas sans rappeler le slogan des Jeux Olympiques de Pékin ("un monde, un rêve") est sans cesse mise en avant par la presse officielle.

Sur CCTV News, la chaîne anglophone de la Télévision centrale chinoise diffusée dans le monde entier, un spot publicitaire montre ainsi des Chinois de tous âges et de toutes catégories sociales qui donnent chacun leur définition du "rêve chinois".

Le "rêve chinois" est utilisé à toutes les sauces : pour la quête de prospérité, de justice, mais aussi de puissance militaire.

L'expression est apparue pour la première fois publiquement dans la bouche de Xi Jinping, alors tout juste adoubé secrétaire général du parti au 18e congrès , lors d'une visite de "La Voie de la renaissance", l'exposition permanente du Musée national qui met en scène le spectaculaire redressement de la Chine par le Parti communiste après les "humiliations" du XIXe siècle et reste muette sur les désastres à répétition de l'ère Mao.

"Je crois que le plus grand rêve des Chinois, c'est la renaissance de leur nation dans les temps modernes", a déclaré Xi Jinping. Depuis son accession à tête de la Commission militaire centrale du Parti, la cellule de pilotage de l'armée, Xi Jinping a assuré aux militaires chinois que le "rêve chinois" était aussi celui d'une puissance militaire – tout en les sermonnant sur l'importance d'obéir au Parti.

"Ce rêve, on peut dire que c'est celui d'un pays puissant. Et pour ce qui concerne l'armée, c'est le rêve d'une armée forte", a ainsi déclaré Xi aux marins du destroyer Haikou en décembre dans le Guangdong.

Quelques jours auparavant, le 4 décembre 2012, lors de l'anniversaire de la Constitution de 1982, restée lettre morte face aux pouvoirs démesurées de la police, Xi Jinping avait également paru donner des gages aux milieux libéraux, ces intellectuels, blogueurs, entrepreneurs ou juristes qui occupent la sphère du débat public et sont extrêmement revendicatifs. Il avait promis qu'"un pays régi par la loi doit l'être en premier lieu par la Constitution, et une gouvernance respectueuse des lois doit s'appuyer sur la Constitution".

Quelques semaines plus tard, la censure grossière d'un éditorial du Nouvel An du célèbre hebdomadaire libéral cantonnais Nanfang Zhoumo ayant appelé à un "rêve chinois de constitutionnalisme" entraînait la première crise de l'ère Xi Jinping : une fronde ouverte des journalistes, tandis que des milliers de lecteurs et célébrités affichaient en ligne leur soutien à la liberté de la presse.

Voilà toute l'ambivalence du personnage – et de la fonction, en cette 64e année du règne sans partage du PCC : c'est le Parti qui a choisi Xi Jinping et obéit à ses ordres. Mais les Chinois veulent désormais participer aux affaires publiques. Le nouveau président chinois semble ainsi condamné à maintenir le statu quo : la session parlementaire chinoise, qui s'achève à la fin de cette semaine, a accouché d'une réforme administrative ambitieuse, qui vise à corseter davantage le pouvoir de la bureaucratie et des baronnies d'Etat. Mais la réforme politique, elle, n'a pas été abordée.

"La demande des milieux libéraux, c'est la réforme politique, la démocratie et un gouvernement constitutionnel. Dans cet esprit, un bon système d'Etat, efficace et compétent, est une composante essentielle. Sinon, on ne pourra pas garantir la démocratie et la liberté des citoyens", se rassure ce matin un intellectuel libéral interrogé sur le bilan de la session parlementaire et prêt à laisser encore un peu le bénéfice du doute au nouvel empereur rouge.

Brice Pedroletti
Pour lemonde.fr
Mamoudou Kane


              

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