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Visite de Néma : la revanche de Taya


Tribunes
Lundi 2 Mai 2016 - 15:00

Gens de Néma (et du Hodh Chargui), détrompez-vous ! L’intérêt que vous accordent les hommes politiques de la « majorité », particulièrement le parti (non) au pouvoir, l’Union pour la République (UPR), la radio, la télévision officielle, l’agence mauritanienne d’information, la presse officieuse, « peshmergas » en tête, les intellectuels et même vos élus, est factice. Aujourd’hui est comme hier.


Visite de Néma : la revanche de Taya
C’est seulement parce que le président a décidé de se rendre dans votre région, comme ci, comme ça, que les autres vous envahissent. Que les regards se tournent vers vous. Que la vie s’arrête à Nouakchott. Et dans tout le pays. Que vous êtes subitement dans toutes les bouches.

Vous revivez non pas par vous, pour vous, mais par le président et pour lui. Vous devenez le centre de tout. Vous n’êtes plus « l’est du pays ». Ce « Charg » que certains désignent avec un manque de condescendance. A tort, bien sûr. La TVM ouvre son « journul » sur vous.

Pour une fois, elle parle de vos problèmes d’eau, d’électricité, de santé et d’éducation. Elle les découvre à l’occasion de la visite et les oubliera après elle. Elle parle de votre vie. Ou plutôt de votre survie. Du déjà vu, déjà entendu. Projet «Dhar », usine de production de lait, (dé)routes, « couranh ». La route du (dés)espoir devient sujet de reportages. De colportages. Prétexte pour dire que ce gouvernement-là a changé la Mauritanie.

Le peuple se mobilise pour réserver au président « fondateur » un accueil grandiose. Même Mamane  est dépossédé ! Ici, à Nouakchott, l’administration se démobilise. Les « buroh » sont vides. « Ministrés » de la wilaya, directeurs et conseillers sont déjà sur place pour préparer la visite. Tout celui qui croit avoir une petite parcelle de pouvoir se sent concerné, obligé. Tout celui qui pense pouvoir tirer un profit quelconque de cet événement considère Néma comme sa nouvelle Mecque. C’est là-bas où il pourra approcher ces responsables en mal de reconnaissance.

Comme du temps de Taya, Néma ravit la vedette à Nouakchott. Le temps d’une visite. Des « visitations » qu’Aziz connait bien puisqu’il était toujours de la partie quand il assurait la protection de l’autre. Avant de le « putscher ». Il sait que les hommes politiques, les notables, le peuple même, jouent. C’est une mise en scène bien connue. Le peuple vous soutient. Tant que vous êtes au pouvoir. On vous admire, on loue vos réalisations. On vous mythifie. L’histoire a commencé un certain 06 août 2008.

La « Rectification  ». Le 05 août 2005, c’est déjà de la préhistoire puisque que la gloire ne se partage pas. 2005, c’était une junte qui disait avoir agi pour le peuple; 2008, c’est un homme qui a agi pour garder la main.

 

A Néma, on vivra donc avec Aziz tout ce que cette ville réservait à Taya, l’homme du 12/12. Grande mobilisation. Défilé de méharistes et de cavaliers. Youyous et klaxons de voitures de toutes les marques et de toutes les couleurs. Poussière. Sueur. Bousculades pour tendre la main. Se plier et supplier. Il faut bien que la télévision montre le responsable saluant le Rais, sinon, il aura fait 1200 km pour rien ! Il faut saluer Aziz comme on saluait Taya. Lui tendre la fameuse lettre de doléances. L’occasion est unique.

Elle ne se présente qu’une fois par an. S’il faut demander qu’un cadre soit nommé ou qu’un autre soit dénommé, c’est maintenant ou jamais. C’est pas la peine de demander un puits, une école ou un poste de santé. A quoi serviraient alors nos chers « dépités », nos « oumda » (maires) et autres « choukoukh » (sénateurs) ? Il faut bien que nos « mountakhaboun » (élus) méritent leurs salaires et les privilèges afférents.

Gens de Néma, vous êtes les premiers à savoir que ce « cinémah » ou « tiather » (théâtre), comme on dit dans notre parler français hassaniya, ne dure que le temps de la visite. Demain, vous retrouverez votre vie de tous les jours. La télévision ne vous montrera que pour dire que le président était passé par là. Vos élus retrouveront leurs villas cossues de la capitale. Les « peshmergas » ne seront plus là pour dire qui a réservé le meilleur accueil au Rais. Vous avez payé l’instant pas l’éternité. Les milliers de personnes qui ont quitté Nouakchott et les wilayas voisines (Hodh El Ghargi, Assaba) retourneront chez eux et oublieront jusqu’à votre existence.

Ne restera alors que cette vérité là : la visite du 05 mai 2016 n’a rien de différent de celle de mars 2015. Ou de celle que Taya avait effectuée, dans un décor similaire, un certain 05 mars 1986…Le fait que la fameuse soirée artistique où l’on mange, boit, chante, danse et loue les « réalisations » du Guide à travers des poèmes du dernier « cri » en hassaniya, en arabe pur et même en hindou, ne sera au programme n’y changera rien. Avec ce genre de visite, Taya tient sa revanche.

Source: medseib.mondoblog.org
Noorinfo


              

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