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Violences faites aux femmes : Le silence coupable des autorités masculines


Société
Jeudi 26 Janvier 2012 - 19:27

Les mauritaniennes sont victimes de plusieurs sortes de violences : verbales, corporelles, sexuelles, psychologiques, financières. Ces violences ne constituent pas un fait social nouveau dans la société. Les militantes de droits humains font qu’elles peuvent pour traduire les hommes violents devant les tribunaux. En vain. Une impunité inquiétante qui plonge les femmes dans un désarroi total.


Témoignages de femmes battues

Violences faites aux femmes : Le silence coupable des autorités masculines
Mariée en 2002, Salma Mint Maouloud a rejoint son époux le cœur rempli d’espoir. Dans son foyer conjugal, elle s'est très vite retrouvée confrontée à la dure réalité de la vie à deux. Mais la jeune femme de 24 ans a tenu plus que bon devant la jalousie maladive de son mari en donnant naissance à trois enfants dont deux filles. Salma est contrainte de mettre un terme à ses études pour s’occuper de sa progéniture, mais aussi sous la pression de son mari qui l'interdit catégoriquement de participer aux différents concours organisés par les autorités mauritaniennes.

«J’ai demandé un jour un peu d’argent à mon mari pour m’acheter des effets de toilette. Il m’a remis la somme de 2.500UM. Quand je le lui ai dit que cette somme était insuffisante, il a commencé à m'insulter durement. Comme cela ne lui suffisait pas, il s’est mis à me rouer de coups de poings. Ce sont les voisins qui sont venus me tirer de ses griffes. Il m’a toujours battu pour un oui, pour un non, devant nos enfants, mais je me suis tue. Mais pour cette dernière fois, je suis passée voir le cadi pour déposer une demande de divorce, car je sais qu'il ne changera pas» témoigne Salma Mint Maouloud.

Mariame Sakho, elle, vivait à Boghé avec ses quatre enfants après le décès de son mari. Et pour subvenir aux besoins de sa petite famille, elle s’est ainsi reconvertie dans la restauration. C'est dans ce milieu qu'elle fait la connaissance d’un ancien militaire et qui l'épouse. Elle rejoint par la suite son nouvel époux à Nouakchott avec ses enfants. C'est là que les choses changent radicalement. Le conjoint, doux comme un agneau alors, se mue en une brute épaisse. Il a joué sur l’affectif pour obliger sa femme à lui vendre à 180.000UM le vaste domaine qu’elle a hérité de son défunt mari. Tombés d’accord sur ce montant, le nouvel époux s’est engagé à verser cette somme en trois tranches : 80.000UM; 60.000UM et 40.000UM. Mais il ne tiendra pas ses engagements. Et toutes les fois que la femme réclamait son argent, le mari sortait de ses gonds pour la battre. «Durant mes premiers mois passés à Nouakchott, mon mari ne s’intéressait qu’aux biens laissés par mon défunt époux. Et il n’arrêtait pas de me les réclamer. Il m'a presque cassé le bras pour me forcer à lui céder à vil prix le terrain que le père de mes enfants leur a laissé», murmure Mariame Sakho. Elle a depuis déserté le domicile conjugal, réfugiée chez ses parents.

L’impunité règne en maître

Une des femmes battues de ce reportage
Une des femmes battues de ce reportage
Les militantes de l’association des femmes chefs de familles (AFCF) œuvrent pour la protection des droits des femmes. Elles ne lésinent sur aucun moyen pour traduire les maris violents devant les tribunaux, mais en vain. En témoigne Fatimetou Boucheiba, la coordinatrice de l’AFCF : «Nous sommes assidûment informées des cas de violences faites aux femmes par nos représentantes se trouvant dans nos différents points focaux dans les neuf communes de Nouakchott. Quand j’ai vu pour la toute première fois Salma Mint Maouloud en larmes et en sang, J’ai eu la chair de poule devant son visage défiguré. Et pourtant, nous recevons plusieurs femmes violentées par leur époux dans nos locaux tous les jours ou presque».

«Les hommes mauritaniens sont de plus en plus violents. Certains pensent que la femme est juste un objet entre leurs mains. Ils font ce qui leur semble bon avec elle. D’autres ne cherchent qu’à faire saigner leur femme, à tous les niveaux. Ce sont des cas que nous rencontrons régulièrement. Mais malheureusement, les maris violents traduits devant les tribunaux sont libérés après l’intervention de certaine personne» renchérit Fatimata Niang, militante de l'AFCF.

La présidente de l’AFCF, Aminetou Mint El Moctar, ne fait pas dans la dentelle pour dénoncer l’impunité qui règne en maître dans le traitement des dossiers des femmes victimes de violences conjugales, domestiques ou sexuelles. A en croire les militantes de droits humains, elles n’ont d’interlocuteurs ni dans les locaux des cadis, ni dans les commissariats, ni dans les tribunaux. Et les juges ne veulent pas du tout prendre en charge les dossiers des femmes victimes de violences.

«Certains d’entre eux font perdre les dossiers des victimes pour ne pas nous avoir constamment sur le dos. C’est dans cette situation d’impunité que les hommes continuent à passer à tabac la gent féminine sans être inquiétés par l’institution judiciaire» accuse Aminetou Mint El Moctar.

«Mon époux est violent et me frappe sans cesse. Quand je pars porter plainte contre lui, les éléments de la police ne me prennent jamais au sérieux. Et mon mari n’a jamais été inquiété», renseigne Aîcha Cissé. Même son de cloche chez Fatma Mint Amar : «Je pense qu’il y a une complicité tacite entre tous ces hommes, car je ne peux pas comprendre que les hommes arrivent toujours à échapper à la justice» conclut la jeune femme.

El Madios Ben Chérif
Mamoudou Kane


              

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