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Noorinfo

Vidéo : malgré les traces des tueurs, me voilà à Tunis au charmant musée du Bardo…


A.O.S.A
Samedi 22 Août 2015 - 01:31


Entre deux vols, j’ai dû aller pour la première fois à Tunis voir un professeur agrégé chirurgien en orthopédie histoire d’avoir son diagnostic à propos de quelques bobos dus à l’âge et surtout au scooter. En tout : une douleur au poignet persistante depuis trois mois, agrémentée de décharges électriques et une sorte de tendinite due à mon footing de longue date sur un terrain accidenté avec des chaussures non adaptées au rude exercice.

 
J’invite d’ailleurs les mauritaniens qui veulent aller à Tunis à prendre la nouvelle ligne de Mauritania Airlines tous les mercredis et samedis. D’abord le prix, l’un des plus bas du marché, soit actuellement 175.000un aller-retour ouvert un mois. Ensuite, les horaires, au lieu des vols de nuit qu’on trouve ailleurs, là on voyage de beau matin à l'aller et l'après-midi au retour. Et enfin, l’espace ! Car le vol est quasi-vide, nous étions une quarantaine à l'aller ce qui change des autres compagnies bondées pleines de malades qui toussent et qui crachent ndeyssane. Ce fut machallah très agréable même si on n’est jamais trop rassuré sur notre compagnie nationale car on s’étonne qu’elle ne souffre pas, d’un point de vue technique, des criminelles lacunes qu’on trouve dans à peu très tous les secteurs de la santé, de l’éducation, et de la vie publique en général. Il faut croire que c’est l’exception qui confirme la règle. Hamdoullah et machallah. Soit dit en passant, félicitations au commandant de bord, un certain Ould Denebja pour son atterrissage délicat comme un flamant rose.

 
Quant à ce qui nous occupe : Tunis ! J’aurais pu appeler quelques respectables contacts qui se seraient certainement fait un plaisir de me guider mais je n’ai pas voulu déranger. Aussi j’ai pu voir ce que verrait un ignorant touriste ou presque. Malheureusement au départ, je ne me suis pas assez documenté et je n’ai pas rencontré suffisamment de gens pour avoir une idée objective de ce qu’était Tunis avant la révolution et avant d’être touché par le terrorisme. Le peu que je vais dire doit donc être pris pour ce que c’est : juste une impression qui espère l'indulgence…

 
D’abord, ce qui est très difficile voire dangereux quand on ne connaît pas une ville, c’est de ne pas savoir quel est le standing de tel ou tel quartier même s’il est toujours plus facile de savoir où sont les beaux quartiers. Tunis n’est pas une ville géante, on peut la traverser de part en part en 20 minutes sauf si on tombe dans les embouteillages du centre-ville. Il faut dire que nous sommes au mois août soit normalement la haute saison touristique.

 
Avec le site Airbnb on peut louer un appartement chez des particuliers très sympathique et quasiment à tous les prix, cela revient moins cher que l’hôtel confortable avec en plus la cuisine etc. C’est ainsi que je me suis retrouvé dans une petite charmante «  maison  » arabe bien équipée qui a la taille d’un studio, meublée avec un goût exquis mais au milieu de la médina la plus pauvre : celle qui n’a pas encore reçu les fonds de l’Unesco comme l’autre partie, la belle médina. Là où j’étais, cela ressemble à nos quartiers les plus éloignés de Tevrag-zeina comme Basra, 5ème, 6ème, là où chez nous à partir de 21h, sortir pour un noir signifie être embarqué par la police lors des fameuses expéditions « ramasse » sauf qu’à Tunis personne ne viendra vous ramasser sauf peut-être dans ces coins-là quelques petits voyous.

 
Hormis ma sortie chez mon orthopédiste dans les beaux quartiers d’El Manar III, j’ai passé une semaine au milieu des tunisiens du peuple et de la classe moyenne quand je suis allé me promener du côté des grandes avenues du centre-ville où tout le monde se promène tranquillement en été, les unes habillées en tenue légère, les autres voilées jusqu’aux cils et au beau milieu de ce monde en marche prenant un café, sortant d’une boutique, vaquant à la passadiata, on tombe sur l’ambassade de France qui ressemble à une forteresse imprenable à Bagdad ou à Kaboul ! D’ailleurs quand j’ai demandé mon chemin pour arriver à l’avenue Bourguiba en question, on m’a dit du sud où j’étais : «  suivez les barbelés ». J’ai donc suivi les barbelés à droite qui longent les murs de l’ambassade pendant qu’à gauche le peuple marche comme si de rien n'était au milieu de boutiques pleines de tout et n’importe quoi. 

 

 
Devant l’ambassade, le dispositif sécuritaire est maximum : deux fois plus de barbelés, des tissus de camouflage militaire partout, un gros camion, un véhicule blindé de transport de troupes avec au sommet une redoutable mitraillette, des sacs de sable aux coins comme des tranchées. C’est impressionnant ! Comme si l’ambassade allait recevoir un assaut d’un groupe armé de plusieurs centaines d’hommes et de véhicules.

 
En face de l’ambassade, on trouve la belle cathédrale du Tunis.

 
A part devant les synagogues et quelques bâtiments, je n’ai pas senti la présence policière ni dans le centre-ville ni dans la médina sauf devant la porte de France, en vérité Bab el Bahar, il y a là deux ou trois hommes en armes car c’est de là que part une artère touristique de la médina. J’ai posé la question ici et là et on me répond la même chose : d’abord la police n’a pas les moyens de circuler dans le vide, elle doit se concentrer sur certains points mais en plus il paraît qu’on la trouverait plus présente dans les nouveaux quartiers aisés notamment ceux du lac car les libyens payent pour cela. Tous les tunisiens que je rencontre sont unanimes pour dire que le sentiment d’insécurité règne depuis le départ de Ben Ali. Je réponds souvent que c’est normal vu que le principe même de la révolution est le renversement de l’ordre établi. Il n’y a pas de révolution sans passage ensuite par le désordre et les tunisiens s’en sortent bien mieux que d’autres.

 
Peu de présence policière visible dans la médina et le centre-ville, ce qui ne signifie pas qu’il n’y a pas de sécurité, juste que ce n’est pas visible. Aussi, les touristes risquent peut-être de ne pas être rassurés. Hélas, ils ont déserté pour la plupart la Tunisie après les tueries. C’est une véritable catastrophe me disaient plusieurs commerçants, taximan et autres.

 
J’ai longuement parlé, une bonne heure, avec un antiquaire formidable, monsieur Ali Chammakhi, qu’on trouve à l’entrée de la belle médina. Il travaille dans une demeure merveilleuse pleine de trésors, Ed-Dar 8 rue Sidi Ben Arous. En montant étage après étage on se retrouve soudain sur une splendide terrasse qui surplombe la médina et qui donne nez à nez avec la plus vieille université du monde, Zitouna, 8ème siècle me dit-il dont on voit là un minaret.

 
Entre mes rendez-vous chez l’orthopédiste et les radios, je n’ai pas pu voir grand-chose à part la médina qui est une merveille et quelques quartiers de la classe moyenne. Ce qui frappe partout, c’est la saleté des rues. C’est un peu Nouakchott à part les grandes avenues. On dirait qu’ils ont le même problème que nous pour ramasser les ordures. Par contre, à savoir, les taxis à Tunis sont bon marché, tout le monde s’en sert et l’offre ne répond pas à la demande, il faut donc en moyenne presque une demi-heure pour en trouver un de libre.

 
C’est ainsi que j’ai au moins pu voir Sidi Bou Saïd mais sous la pluie ce jour-là. C’est fantastique. Avoir une maison là, c’est une part de paradis terrestre. 

 

 

 
Et pour finir aujourd’hui, je suis allé visiter le célèbre musée du Bardo qui a été attaqué par des terroristes avec pour bilan une douzaine de mort. Quelle tristesse. Au lieu des 300 visiteurs quotidien dans le palais, nous étions en tout une vingtaine dispersée dans le palais admirable. J’ai donc pu avoir rien que pour moi un guide qui me fit une visite royale car il faut bien deux heures pour en faire le tour. Que de merveilleuses mosaïques partout. Il faut voir de près pour comprendre.

 
Le guide a bien raison, cet œil de leur dieu Océan semble, comme le regard de la Joconde, vous suivre partout. J’ai essayé. C’est vrai. J’ai donc parcouru toutes les ailes du palais qui donne une idée du métissage de cette terre qui a accueilli de si grandes civilisations. Soudain ce fut la terrible minute, celle où nous sommes arrivés sur les traces des tueurs. Sur cette vidéo on entend le guide qui m’explique d’où ils sont venus et me montre les traces des impacts qui ont traversé des corps avant de briser telle vitre ou écorcher tel chef-d’œuvre. Mon dieu ! Quelle tristesse.

 
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chezvlane


              

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