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Vacance du pouvoir : «Pauvres mauritaniens! Vraiment»


Tribunes
Mardi 13 Novembre 2012 - 15:12

Depuis un mois que Mohamed Ould Abdel Aziz a été évacué en France suite aux tirs dont il a fait l’objet, rien ne filtre réellement, de façon sure et fondée sur son état de santé. Rumeurs, mensonges d’état et incertitudes s’accumulent. Pendant ce temps-là, les mauritaniens sont dans le flou quant à l’entité, ou la personne qui dirige les affaires du pays, qui sont nombreuses et délicates. Un manque de respect sans bornes, pour des mauritaniens habitués à ce genre de manoeuvres et d’oubli et qui démontre l’inexistence d’un état pérenne depuis l’avènement des militaires.


Crédit : Gregory Rohart
Crédit : Gregory Rohart
Pendant que les médias nationaux ergotent sur la gravité plus ou moins avérée des blessures du Raïs, les états généraux de l’éducation sont suspendus, aucun ministère «n’ose travailler», l’administration étatique entière est suspendue aux nouvelles du président de la République.

Voilà un des défauts, que les mauritaniens expérimentent, de l’hyper-présidence à la mauritanienne, saupoudrée d’un culte (encore féroce) de la personnalité.

Le manque de nouvelles alimentent les rumeurs les plus folles sur l’origine du tir, l’état de santé du touché. Les médias mauritaniens en ont fait la telenovela de l’automne de ce côté du Sahara. En attendant, on a un pays sans dirigeant, quoi qu’on en dise, alors que des dossiers urgents sont en suspens.

Et avec l’irrespect le plus flagrant, on laisse les mauritaniens dans l’ignorance. «Au fond, on s’en fout un peu de la personne même d’Aziz, mais il se trouve qu’il est président de la République ; et l’état se trouve dans l’obligation pour assurer sa pérennité et l’obligation d’informer les citoyens qui l’ont élu, d’informer véritablement sur les tenants et aboutissants de cette affaire. Au moins pour savoir si Mohamed Ould Abdel Aziz est capable physiquement et psychologiquement d’être à la tête du pays» avance longuement un des hauts fonctionnaires de l’état.

Des vents et des cancres

Pour rassurer les concitoyens, le gouvernement a longtemps tenu la thèse de la «blessure légère» pavant le chemin qui allait l’enfoncer dans des approximations, des occultations et des mensonges persistants.

Mais on est en Mauritanie, et les caciques de l’époque de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya oublient qu’internet a tissé sa toile dans le monde entier. Même chez Nous Z’autres, comme dirait Mariem Mint Derwiche. Ce fut le tour ensuite des cercles plus ou moins éloignés du centre du pouvoir qui, il y a deux semaines, manifestaient dans les rues de Nouakchott, avec des affiches promouvant le « président des pauvres » dans des voitures de luxe (toutes options).

Aujourd’hui on en est au stade familial, où photos sont distribuées pour rassurer (rien de tel que la méthode Coué n’est-ce pas !?) les mauritaniens qu’Aziz, même éventuellement ouvert en deux, n’est pas comme le commun des mortels, et gambade comme un cabri pressé, après avoir reçu une balle à bout portant, ou après avoir reçu un coup de couteau à la Présidence, ou après… Il faut dire que les versions «rumoresques» sont nombreuses, et en tout cas celle présentée par les autorités à la TVM il y quelques semaines, n’ont convaincu personne. Le fameux lieutenant étant nominé d’office au «razzy award» (l’envers des Oscars consacrant au USA les acteurs les plus nuls- ndlr).

La rue mauritanienne n’accorde ainsi (plus et jamais d’ailleurs) aucun crédit à la communication publique.

«Pauvres mauritaniens ! Vraiment»

La seule et véritable information à retenir de la gestion étatique de cette crise, réside dans le mépris royal envers le peuple mauritanien, que les militaires considèrent toujours comme une «chose collatérale», un hôte pour une sangsue qui a vite oublié qu’il était fiché sur lui.

Pendant ce temps, le budget 2013 n’est pas encore voté, et les conseils de ministres qui ne proposent rien depuis des semaines, vu qu’ils sont reportés. L’assemblée extraordinaire qui doit étudier et voter le budget proposé par le gouvernement est constamment ajournée aussi. On suspend la gestion d’un pays de plus de trois millions d’habitants aux rouages du pouvoir de quelques-uns, notamment issus de la famille et de la tribu du président. D’autant que le retour éventuel du Raïs peut prendre «plusieurs semaines, voire mois» selon une source militaire.

Chaque jour on annonce le «coup de fil de la journée» qu’Aziz aurait entretenu avec untel ou untel, pour prouver qu’il gèrerait les choses à distances.

«Une ficelle grossière» suppute un éditorialiste de la place. Car, continue-t-il, «si Mohamed Ould Abdel Abdel Aziz allait bien, croyez-moi que vous l’auriez vu depuis longtemps à la télévision, et qu’il n’y aurait pas un tel verrouillage autour de son image, filmée ou photographiée».

La vérité par des images qui bougent. Seules celles-ci mettront un point définitif sur cet imbroglio communicationnel foiré de l’état.

Le grand perdant de cette histoire ? Nous, pauvres mauritaniens.

MLK
Mamoudou Kane


              

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