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Urbanisme : A quoi ressemblera Nouakchott demain ?


Société
Lundi 25 Février 2013 - 08:45

Nouakchott, comme beaucoup de capitales africaines, est en plein boom. Mais cette effervescence dans le béton ne profite pas nécessairement à la modernisation de la ville, et à sa croissance dans un cadre aménagé pensé. A ce rythme, à quoi ressemblera la capitale mauritanienne, dans les prochaines années ?


Vue en synthèse d'une avenue de la nouvelle ville Ribat Albahr. Crédit : ribatalbahr.mr
Vue en synthèse d'une avenue de la nouvelle ville Ribat Albahr. Crédit : ribatalbahr.mr
On se rappelle, au lendemain de la transition, alors qu’Ely Ould Mohamed Vall était à la tête de l’état, et Bâ Ibrahima Demba son ministre de l’équipement, le projet séduisant de rénovation et modernisation du centre-ville de Nouakchott, sis aux anciens Blocs, était annoncé en grandes pompes.

Une demi-dizaine de buildings étaient prévus dans l’hyper-centre nouakchottois, dont celui d’un hôtel de luxe, de la SNIM, en passant par le néo-ministère du pétrole.

Depuis ? Le projet avait été validé par Sidi Ould Cheikh Abdallahi et annonçait de lendemains meilleurs pour une capitale laissée à son sort depuis l’indépendance, et se développant au hasard des initiatives du privé, sans un plan précis pour les décennies, voire les années à venir.

«L’ADU où j’étais à l’époque pilotait ce projet qu’un cabinet tunisien avait reçu. On sentait la naissance d’un hyper-centre qui accompagnait le mimétisme immobilier des grosses fortunes du pays. Les conclusions des études étaient très concises : «projet ambitieux qui nécessite une grande réflexion et des décisions importantes. Pas encore prêt». Depuis le projet était en stand-by» raconte Issakha Diagana, ancien directeur de l’habitat, aujourd’hui tout occupé à son cabinet de consulting.

Puis Mohamed Ould Abdel Aziz a jugé plus juteux de vendre le terrain retenu des Blocs à des privés, qui devaient les mettre en valeur, mais qui se sont révélés jouant de la spéculation foncière.

Les quartiers périphériques, pour certains de véritables villes, croissent de manière anarchique.
Les quartiers périphériques, pour certains de véritables villes, croissent de manière anarchique.
Parallèlement, Nouakchott croît de façon exponentielle sans plan urbain d’aménagement. De nouveaux quartiers émergent, sans plans d’assainissement, d’électrification stabilisée et sûre, ou d’eau. A l’exception des quartiers résidentiels pour une future classe moyenne aisée mauritanienne, qui occupera par exemple le quartier d’ISKAN en construction sur les dunes (rasées) de la ceinture verte de Nouakchott.

Issakha Diagana évoque une «anarchie voulue et maintenue». «L’état a toujours été animé de bonnes intentions depuis qu’on a pris conscience de la nécessité d’avoir des outils de gestions et de planification urbains en 1983. Malgré tout, pour différentes raisons, ils ont eu un faible impact sur le développement de Nouakchott» évoque l’urbaniste.

Lire aussi : Gazras : "Le problème des "Moudakhalat" dévoile la faiblesse de l’Etat ..."

Evolution de l'occupation de Nouakchott, de 1950 à 2008.
Evolution de l'occupation de Nouakchott, de 1950 à 2008.
La question foncière, nœud du problème

La raison la plus importante pour laquelle les différents plans liés au développement de Nouakchott n’ont jamais été appliqués tient à la folie foncière qui a émergé depuis une vingtaine d’années. «Le prix de l’administration est très loin du prix du marché, et ceux qui le peuvent achètent ces terrains, et le revendent avec une plus-value importante» souligne Issakha Diagana.

En poussant le raisonnement, c’est l’origine de la déstabilisation de la ville, son expansion sauvage : «avec la spéculation foncière, les plus pauvres, et ils sont la majorité, se sont excentrés et se sont installés sur des terrains publics. Ça a commencé avec El Mina et ça empire aujourd’hui. Tarhil est littéralement une nouvelle ville, une conséquence de ce manque de gestion. Tarhil représente en taille le 1/5 de tout Nouakchott. Il s’agit de 200.000 parcelles distribuées en seulement trois ans !» affirme l’ancien directeur de l’habitat.

200.000 autres parcelles ont été distribuées dans le même temps, et pas mises en valeur : dans cet état de choses, difficile de prévoir quoi que ce soit de l’organisation urbaine, de l’aménagement de la capitale mauritanienne, à court, moyen ou long terme.

Lire également : Restructuration des quartiers précaires de Nouakchott : Attributions et chevauchements douteux

Une gazra à Dar Naïm.
Une gazra à Dar Naïm.
Deux poids deux mesures

Formidables vecteurs de richesse et de progrès social à travers le monde, les villes représentent un potentiel inédit de développement humain. Mais à Nouakchott, si l’aspect économique de la chose peut être plus ou moins constaté, à travers de vastes chantiers privés de construction, dans un cadre plus général, au niveau de l’urbanisme même de la ville

A la CUN, on reconnaît volontiers, et amèrement, que l’équipe municipale gère les crises au coup par coup, plus qu’elle n’oriente le développement sur le long terme.

«On s’arrange encore de planifications inadaptées et de législations foncières rigides, qui excluent une grande partie de la population, et ont notamment favorisé l’expansion des gazras, véritables quartiers informels, à côté de la ville «officielle»» explique un de ses cadres.

«La question de la répression est au cœur de la régulation de l’expansion de la ville» dit Issakha Diagana. «On démolit facilement les maisonnettes des malheureux qui s’installent illégalement, mais les centaines de villas construites sur les espaces publics abondent et ceux-là n’ont jamais été inquiétés» déplore l’urbaniste.

L’impunité flagrante d’une certaine classe rend toute planification de la ville encore plus ardue. La répression inexistante dans ce domaine créant des incohérences dans l’aménagement public de la ville fait que le «Nouakchott de demain sera certainement à l’image de celui d’aujourd’hui, grandissant dans l’anarchie la plus totale» conclut le consultant.

Vue d'en haut du projet Ribat Al Bahr, à quelques kilomètres de Nouakchott. Crédit : ribatalbahr.mr
Vue d'en haut du projet Ribat Al Bahr, à quelques kilomètres de Nouakchott. Crédit : ribatalbahr.mr
ISKAN et Ribat El Bahr, modèles de quartier et ville de demain ?

«Le projet Ribat El Bahr comporte la construction d’une ville entière, composée de quartiers résidentiels dont chacun disposera de structures sanitaires, scolaires, et de services, tous accessibles aux habitants en moins de 7 minutes de marche» lit-on sur le site du concepteur du projet.

«Il comprend également une zone touristique dédiée aux complexes touristiques et hôtels, une zone d’affaires réservée aux bureaux avec un quartier financier. A cela s’ajoutent nombre d’infrastructures, qui profiteront à la ville de Nouakchott, dont notamment un centre commercial moderne, premier de son genre en Mauritanie, et un parcours piéton avec cafés et activités sportives reliant le centre commercial et l’hôtel» continue le message publicitaire alléchant.

La pose symbolique de la première du projet a eu lieu à la fin 2010. Depuis les déboires s’enchaînent, et peu sont optimistes sur l’arrivée à terme de ce projet ambitieux.

«Nous n’avons pas encore réglé la quasi-totalité des problèmes liées à la ville même de Nouakchott, que ce soit la planification, l’aménagement, l’assainissement, les structures de quartiers, qu’on parle d’autres villes alentours !?» lâche un brin énervé un cadre de la communauté urbaine de Nouakchott.

«Des quartiers résidentiels de haut standing sont en cours de création, notamment au niveau de la ceinture verte, conçue par le groupe El Ghadda, d’autres ont été tentés, notamment à la SOCOGIM plage avec l’échec dans la réalisation, qu’on lui connaît» affirme un autre cadre de l'ADU.

Schéma Directeur d'Aménagement Urbain pour la ville de Nouakchott à l'horizon 2020. Crédit : adu.mr (cliquez sur la photo pour l'agrandir)
Schéma Directeur d'Aménagement Urbain pour la ville de Nouakchott à l'horizon 2020. Crédit : adu.mr (cliquez sur la photo pour l'agrandir)
L’OSPUN pointe du doigt

L’Observatoire des Services et du Patrimoine Urbains de Nouakchott (OSPUN) est un instrument de la communauté urbaine de Nouakchott, en charge du traitement de l’information pour l’aide à la décision. «Cet outil peut s’avérer être un outil majeur dans la planification de l’aménagement de Nouakchott en aidant à voir comment se répartissent les services essentiels aux citoyens : centres de soins, écoles, pharmacies, stades etc… Avec une volonté étatique réelle de décentraliser» argue

Par exemple, l’OSPUN soulignait l’inégale répartition des services et infrastructures sanitaires au sein des neuf communes de Nouakchott. Khady Bâ, coordinatrice de l’étude, expliquait alors que Nouakchott connaissait un profond déséquilibre dans la répartition des unités de soins au sein des neuf communes. Un constat qui pointait du doigt les axes majeurs dans la réorganisation de l’aménagement public de ces communes, et les services essentiels à construire dans un futur proche.

Même si la décentralisation a fait son chemin, l’état a bien du mal à transférer aux municipalités le pouvoir et les ressources nécessaires à l’exercice de leurs compétences. Du coup, il est bien difficile de prédire, même pour les professionnels sensés s’occuper de la question, à quoi Nouakchott et ses communes ressembleront dans un avenir proche.

Mamoudou Lamine Kane
Mamoudou Kane


              

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