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Unité nationale: Éléments de compréhension


Tribunes
Mardi 3 Janvier 2012 - 16:49

«Si tu diffères de moi, frère, tu ne m’indisposes pas, tu m’enrichis» Antoine de Saint Exupéry
L’Unité nationale de la Mauritanie ressemble, depuis trois décennies, à un malade incurable. Il a ses périodes de rémission, suivies de rechutes brutales et douloureuses. Son sort excite les voisins de ce pays, alarme la communauté internationale et met en ébullition la toile. Paradoxalement, les dirigeants mauritaniens, en n’administrant au malade que des palliatifs, font semblant d’ignorer la gravité de sa maladie. Quant aux intellectuels et hommes politiques nationaux, ils ne sont pas d’accord sur l’urgence de la situation.


Ahmed Jiddou Aly
Ahmed Jiddou Aly
Pourtant, et pour peu que l’on (re)visite son histoire, les signes de la maladie sont apparus dès la création de l’entité mauritanienne. Sans capitale propre (de 1919 à 1957 Saint-Louis abritait, dans le quartier de Ndar-Tout, la direction de la Mauritanie) , plusieurs fois représentée par des députés d’une autre colonie avec laquelle elle constituait une seule circonscription électorale (Lamine Guèye puis Léopold Sédar Senghor), constituée de territoires dont certains « enlevés » à ses voisins (le Hodh et la rive droite du fleuve Sénégal notamment, waalo compris) et vivant longtemps aux crochets de la générosité de tous ( le Gouvernement général de l’Afrique Occidentale Française puis son Grand Conseil supportait l’essentiel du budget du territoire) , la colonie de la Mauritanie faillit même disparaître de la carte en 1937 si la proposition de rattachement au Sénégal du gouverneur général de Coppet avait été acceptée par le ministre des colonies Marius Moutet. Ce dernier n’avait pas estimé que l’évolution du territoire permette son rattachement au Sénégal.

Entre l’absorption par la communauté africaine, certes noire, mais déjà présente et solidaire, et le désir de rejoindre un monde arabe lointain et dont la porte est restée un temps bloquée par les revendications marocaines, les pères fondateurs étaient divisés jusqu’à la veille de l’indépendance. Et comme toujours, sont venus se greffer aux soucis des uns et aux craintes des autres les erreurs de gestion des différents régimes dont les conséquences s’appellent arabisation forcée, faille communicationnelle, passif humanitaire, divisions ethniques et partage de pouvoir. Au point que le trait d’union censé lier les deux Afriques (arabe et africaine) s’est transformé en une barrière de plus en plus infranchissable entre les composantes même de la communauté nationale.
Le présent article n’a pour ambition que de jeter un peu de lumière sur certains évènements de notre histoire qui pourraient aider à la compréhension des problèmes actuels de notre pays, de rappeler la chance que les mauritaniens ont d’appartenir à deux ensembles linguistiques historiquement importants, de (re)découvrir des solutions d’un problème sur lesquelles un consensus national s’est déjà dégagé (le passif humanitaire) et de recommander une transparence total dans le processus de recensement prévu en 2012 afin d’obtenir, en prenant en compte le poids démographique des communautés ethniques, une clé de répartition du pouvoir.

Le passif humanitaire : le problème le plus douloureux

C’est le problème le plus urgent à régler, celui dont une solution consensuelle a déjà été trouvée mais dont la mise en œuvre demandera probablement encore beaucoup de travail et de concessions de la part des acteurs. Les 20, 21 et 22 novembre 2007, se sont tenu, à Nouakchott, sous le haut patronage du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, les journées nationales de concertation et de mobilisation sur le retour des réfugiés et le règlement du passif humanitaire à l’issue desquelles un rapport de synthèse a été adopté à l’unanimité des participants, après un blocage au niveau de l’atelier n°4 où Messieurs Bal Amadou Tidiane et le député Sidi Mohamed Ould Maham n’ont pas pu accorder leurs violons.
Il ressort entre autres des débats décrits comme « francs, ouverts et parfois passionnés », la nécessité « d’apurer ce dossier en ayant toujours en vue la restauration et le renforcement de l’unité nationale et la stabilité du pays » ; de tenir compte dans la solution à envisager « des devoirs de mémoire et de pardon pour la Nation, et de justice et de réparation pour les victimes ». Le rapport souligne que « la particularité et la sensibilité de la question exigent qu’un temps suffisant soit donné et que les concertations soient poursuivies, afin de trouver une issue consensuelle pour un règlement définitif ». Trois scenarii sont proposés comme dispositif à mettre en place pour la gestion de ce dossier : une commission indépendante composée de personnalité d’envergure nationale, reconnue par leur compétence, leur probité, leur intégrité et leur patriotisme ; une commission nationale telle que proposée par le document du Comité interministériel ; élargissement de la commission proposée dans le document de travail aux représentants des victimes, aux organisations de défense des droits de l’homme et à des personnalités indépendante. Enfin et en guise de recommandations d’ordre général, le rapport de synthèse préconise, entre autres, « l’adoption d‘une loi d’orientation qui encadre le retour des déportés et le règlement du passif humanitaire ».
Malheureusement pour les victimes, les résultats de ce consensus national n’ont pu être mis en œuvre à cause de l’éclatement de la crise qui va emporter Monsieur Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, crise à laquelle la perspective de la solution du passif humanitaire peut ne pas être étrangère. L’administration issue du coup d’état de 2008 et plus tard celle arrivée après les présidentielles de 2009, sont revenues aux méthodes unilatérales, en se satisfaisant de concertations limitées à certaines parties et de solutions partielles qui ont été éprouvées sous d’autres régimes mais n’ont pas donné de résultats. Le plus que la commission Dia Adama a apporté par rapport aux solutions déjà mises en œuvre sous Maaouya Ould Sid Ahmed Taya est qu’elle a donné lieu à une reconnaissance de la responsabilité de l’Etat, introduit la prière de l’absent pour les disparus de 1990-1991, accepté l’indemnisation d’autres victimes des régimes d’exception et demandé la recherche et l’identification des lieux où les victimes furent enterrées anonymement.
A chaque fois ces solutions, celles d’hier et celles d’aujourd’hui, au lieu d’aider à tourner la page du passif humanitaire, n’ont fait que renforcer les droits des victimes : du déni des années 90, on n’est passé à la reconnaissance des crimes par les plus hautes autorités de l’Etat. Ceux qui croient qu’une indemnité, une prière, une amnistie ou des excuses peuvent suffire à éteindre un droit sans le consentement de la victime se trompent lourdement et prouvent qu’ils n’ont rien appris de l’histoire récente. Un jour ou l’autre, le passé rattrapera le fuyard. Tous ceux qui se sont attaqués au problème du passif humanitaire ont oublié que quand on veut dépecer un mouton, on ne s’arrête pas aux aisselles ! Le président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz devra se remémorer ce proverbe maure de bon sens et aller de l’avant. Que reste-t-il d’ailleurs pour clore ce dossier ? Connaître la vérité sur ces évènements et juger cette satanée « diarrhée sélective » découverte par ce cher docteur Meguett et qui a décimé de chers soldats de ces chères forces armées de cette non moins chère République Islamique de Mauritanie ! Et en cas de condamnation de cette « diarrhée », et s’il estime que c’est dans l’intérêt de l’unité nationale du pays, le président de la République dispose de leviers à l’article 37 de la Constitution qu’il peut actionner (le droit de grâce et celui de remise ou de commutation de peine). Comme on le voit, tout est là pour régler ce problème sauf peut être la volonté politique.
Identité culturelle: lieu de déchainement des passions
En Mauritanie, le problème de l’identité culturelle est celui qui cristallise toutes les passions. Pour les uns, il est la source de toutes les injustices. Pour les autres, la solution imposée (appartenance à l’ensemble arabe et unilinguisme) va une bonne fois pour toute apporter au pays paix, sécurité et … pétrodollars. La question pour les premiers a pris l’allure d’une lutte de libération. Elle est pour les seconds une question de vie ou de mort. Quant au poids démographique de chaque communauté ethnique, établi très approximativement par le colonisateur, il n’a pas toujours été contesté, au contraire, du moins jusqu’aux années 80. Il faut peut être remonter le temps pour comprendre les peurs des uns et les craintes des autres. Puis regarder s’il n’y a pas des solutions simples et à portée de main et de bourse que le déchainement des passions a empêché le pays de voir.
Les premières escarmouches entre représentants des communautés nationales eurent lieu à l’occasion de « l’élection du 31 mars 1957 à l’Assemblée territoriale » qui « avait pour enjeu la mise en place du Conseil de gouvernement, pouvoir exécutif du futur régime d’autonomie » (lire sur ce chapitre Joseph Roger de BENOIST, La place de la Mauritanie dans les institutions de l’AOF, MASADIR : Cahiers des Sources de l’Histoire, n°3, 2002, pp. 165 à 190). Un désaccord opposa les Maures et les Noirs, au sein du parti majoritaire en ce moment là (l’Union Progressiste Mauritanienne (UPM) à qui appartenait le député à l’assemblée française Sidi el Moctar Ndiaye et le futur président de la République Moctar Ould Daddah), sur le choix des candidats. Les premiers « entendaient que chaque communauté soit représentée proportionnellement à son importance » démographique. Une partie des seconds « refusèrent : quelle que soit son origine, chaque mauritanien était habilité à représenter le Territoire, pourvu qu’il en ait les compétences ». L’élite occidentalisée, à l’époque peu nombreuse, était composée surtout de Noirs. Derrière les arguments des uns et des autres, « il y avait un souci profond : l’équilibre des deux communautés était nécessaire sous peine de domination des Noirs par les maures numériquement plus nombreux ».
Faute d’entente, les mécontents décidèrent de concourir sous leur propre bannière et créèrent le Bloc Démocratique du Gorgol (BDG) qui se rapprocha du Bloc Populaire Sénégalais de Senghor. D’autres listes plus petites apparurent aussi contre l’UPM particulièrement en Assaba et au Guidimakha. Joseph Roger de BENOIST notait que «ces courants étaient composés surtout de fonctionnaires et d’universitaires qui voulaient s’opposer à la monopolisation des nouvelles institutions, et plus largement de la fonction publique par les Maures ». Un autre parti voit le jour dans la même période à Dakar : l’Union des Originaires de la Vallée du Fleuve (UOVF). Ceux qui l’ont créé, des « émigrés ou fonctionnaires en service au Sénégal », accusaient l’UPM « de devenir un parti maure et d’entreprendre la « mauritanisation » des cadres. Le mot « mauritanisation » n’avait pas encore pris son sens relatif à la Mauritanie mais aux Maures ! Les représentants d’une autre Union, celle des Originaires de la Mauritanie du Sud, firent aussi entendre leurs voix. Dans une motion, signée Moussa Sall, Thierno Bâ et Djibril Guèye, ils affirmaient que « la minorité noire en Mauritanie » était «  opprimée… » et que « la mauritanisation » de la fonction publique dissimulait une ségrégation raciale. Ils considéraient le fleuve Sénégal, non comme une frontière, mais un trait d’union entre deux régions identiques. La motion se terminait par un appel « pour réaliser l’unification de la Vallée du Sénégal ». Ces partis émanant du sud de la Mauritanie reçurent plus tard (en avril 1958) l’appui de Senghor, furieux que l’UPM s’alliât avec le Rassemblement Démocratique Africain (RDA) de Félix Houphouët Boigny au cours du renouvellement du Grand Conseil de l’AOF, ne laissant à son propre pari, le Parti du Regroupement Africain , selon ses termes, que des « joujoux et des sucettes ». Il alla même jusqu’à menacer de soutenir « le Mouvement des Noirs de la rive droite du Fleuve Sénégal, qui vise leur retour dans la communauté sénégalaise ».
Si, à la veille de l’indépendance, les accusations du BDG et de l’UOVF paraissaient exagérées – la fonction publique étant encore largement dominée par les Noirs assez tôt scolarisés – leurs craintes vont se révéler tout à fait justifiées au regard de l’évolution future du pays. Et plutôt qu’ils ne le pensaient ! Trois mois seulement après cette élection, la bataille de la place de la Mauritanie dans l’AOF était engagée. Tous les élus et hommes politiques noirs voulaient que la Mauritanie restât dans l’ensemble africain dont l’unité était entrain d’être réalisée au sein d’une structure fédérale. Même quand cette structure ne vit le jour qu’entre le Mali et le Sénégal, ils voulaient conserver avec cet ensemble des relations privilégiées. Ils étaient même soutenus par les représentants de l’UPM au Conseil général qui voulaient que le Territoire continuât de bénéficier des largesses de l’AOF et recevoir l’appui de cet ensemble contre les visées marocaines.
La position de Moctar Ould Daddah, seule voix autorisée pour exprimer la position officielle du futur Etat, était nuancée. Pour lui, il n’y avait pas de doute, l’identité globale du pays était imprimée par les Maures. Quelques jours après son investiture comme Vice-président du Conseil du Gouvernement, le futur président Moctar Ould Daddah conviait le 1er juillet 1957 les habitants d’Atar, région dont il est l’élu, « à regarder (avec lui) au-delà de la falaise du Dhar, au-delà des dunes de l’Akchar et de l’Azefal, pour embrasser d’un seul coup tout le « Trab el Beïdane » c'est-à-dire la Mauritanie ». Quant à sa position par rapport au projet de Fédération, elle s’exprimait ainsi : « La situation géographique de la Mauritanie – entre l’Afrique du Nord et l’Afrique noire – lui interdit de s’intégrer à l’un de ces deux blocs… La délégation mauritanienne a voté la motion par solidarité. Je ne la désavoue pas, mais j’affirme que la position de son gouvernement est différente et plus nuancée » (Afrique Nouvelle n°530 du 1er octobre 1957).
Cette position de Moctar va être expliquée aux congressistes convoqués pour entériner la fusion des partis mauritaniens (Aleg, les 2, 3, 4 et 5 mai 1958). Selon Moctar, « la majorité des habitants de ce pays reconnait son origine arabo-berbère » et « elle en est fière ». Pour lui, si la Mauritanie « veut jouer pleinement le rôle de trait d’union auquel la vouent sa position géographique, ses traditions, sa dualité ethnique, elle ne peut s’intégrer trop intimement à l’un de ces deux pôles qu’elle est chargée de mettre en contact. S’il est inconcevable qu’elle consente à se laisser englober et noyer dans un ensemble maghrébin, il lui est également difficile de se laisser absorber par un ensemble africain… ». Devant le congrès, il assume aussi sa responsabilité dans « l’accentuation de la politique d’africanisation des cadres… » qui vise à affirmer « la personnalité mauritanienne ». Enfin, il déclare que son gouvernement « s’est consacré au développement de l’enseignement arabe, aussi bien en pays maure que dans la région du fleuve… ». On le voit, si Moctar avance masqué en ce qui concerne l’orientation du pays vers le Maghreb et le monde arabe, il ne fait pas mystère de ses intentions quand il s’agit de la langue arabe.
A ce même congrès d’Aleg, les représentants de la vallée ont continué à exiger une place importante dans la Mauritanie future. Et ils n’ont pas manqué d’arguments. Pour Sidi el Moctar Ndiaye, le pays « ne peut se passer de l’Afrique noire… » et son élément noir ne se sentira à l’aise que s’il a la garantie qu’il ne sera pas « dominé par l’élément maure plus nombreux ». Moussa Sall a noté que « le thème de Mauritanie trait d’union a été rendu caduque par les prises de positions marocaines » et a mis en garde contre de « douloureuses divergences » si l’activité du Territoire n’est pas « axée vers la Fédération en général, et le Mali et le Sénégal en particulier… ». Cheikh Saad Bouh Kane n’a demandé rien moins qu’un « traitement égalitaire ». Les demandes et mises en garde des représentants de la vallée n’ont pas empêché le congrès d’Aleg de voter une motion sur l’enseignement où, « considérant que la Mauritanie est un pays en majorité de langue et de culture arabes, considérant que l’arabe est un élément extrêmement important dans la vie des peuples de religion musulmane », il demande aux autorités responsables « de faire la part la plus large à cette langue dans les écoles publiques, autant dans le cycle post-primaire que dans le secondaire… ».
Cette tendance vers une Mauritanie à dominante maure va être accélérée par la crainte d’un gouvernement fédéral noir « qui, de Dakar, ferait la part belle aux Sénégalais et qui, par enchaînement, amènerait les autres leaders d’AOF, à poser à leur tour la questions des Noirs de Mauritanie » (Georges Chaffard, La Mauritanie entre Dakar et Rabat, série d’articles publiés dans le journal Le Monde du 10 au 12 mai 1958). Cette accélération prendra, l’euphorie de l’indépendance passée, la forme d’un concept nouveau appelé le bilinguisme. Ce nouveau concept, présenté comme celui qui va placer « peu à peu sur un pied d’égalité, l’arabe et le français », est considéré comme « une option fondamentale qui concerne chaque citoyen mauritanien» par le congrès d’Aïoun el Atrouss. L’entrée en vigueur, au commencement de l’année 1966, de la loi rendant obligatoire l’enseignement de l’arabe dans les établissements secondaires faillit, de l’aveu même de Moctar Ould Daddah, « dégénérer en conflit racial dangereusement passionnel » (Intervention le 18 juillet 1966 devant la Commission des Affaires Culturelles, désignées par le 2ème congrès du Parti du Peuple Mauritanien).
Les évènements auxquels le président Moctar faisait allusion sont la publication d’un document, resté connu pour la postérité sous le nom de Manifeste des 19, et les troubles qui ont suivis. Ce manifeste dénonce ce qu’il appelle les « injustices à caractère racial au niveau de l’embauche », « l’éviction des Noirs des postes essentiels de la vie collective et de l’appareil de l’Etat ». Pour ses auteurs, «il est notoire que l’étude obligatoire de l’arabe est pour le noir une oppression culturelle » et son « étude est un frein au développement culturel et scientifique » des élèves noirs et « contre leurs intérêts ». Le manifeste dénonce « les brimades » dont les noirs sont l’objet. Il fait appel à l’histoire du pays pour étayer son argumentation en rappelant «  que le colon français, pour assurer la pacification des tribus maures nomades et leur domination, leur avait facilement accordé le privilège du pillage et fermait les yeux sur leurs pratiques esclavagistes ». Il accuse « l’ethnie maure » d’avoir, depuis l’indépendance, « forte de sa majorité et sûre de l’impunité… perpétré ses méthodes archaïques et aggravé la domination de la minorité ». Enfin, le manifeste souligne et condamne l’existence de l’esclavage, qu’il considère comme une pratique exclusivement maure. Dans le sillage du manifeste des 19, l’Union Générale des Originaires de la Mauritanie du Sud (UGOMS), dans un autre document qui aurait été remis en main propre au président Moctar par des ministres et des parlementaires noirs, réclame le fédéralisme : « Nous ressortissants de la Mauritanie noire, adjurons le Congrès, le Parlement et le chef de l’Etat de réviser immédiatement les structures de l’Etat, dans un sens fédéral pour répondre à la volonté du pays ».
Il est un fait que « de nombreux mauritaniens noirs, de langues non arabes se sont sentis lésés, menacés dans leur identité culturelle », déclare feu Moussa Diagana (Dembo pour les intimes) à propos de ces évènements. « Dans un premier temps, le problème ne fut pas tant l’opposition entre l’arabe et la langue maternelle qu’entre l’arabe et le français », ajoute-t-il (Interview accordée à la revue littéraire Le Traversier n°3, 1992, pp 2, 3, 4 et 5). Moussa note que « tout cela a été vécu de façon épidermique ou spontané… ». Et il a semblé à l’éminent linguiste « que la solution linguistique doit se trouver dans chaque pays. Toute la difficulté est de savoir comment gérer ce plurilinguisme, cette hétérogénéité, comment faire pour qu’il y ait une coexistence qui ne soit pas frustrante pour certains ». Pour lui « ce sont des problèmes sensibles qui exigent à la fois du temps et du tact ». Malheureusement, les mauritaniens n’ont pas cherché à prendre le premier (le temps), et leurs dirigeants n’ont pas fait preuve en la matière de l’autre (le tact).
La secousse de 66 n’a pas été mesurée à sa juste gravité. Elle n’a pas empêché non plus le président Moctar Ould Daddah de rompre la promesse faite de ne pas « s’intégrer trop intimement à l’un de ces deux pôles » que la Mauritanie « est chargée de mettre en contact », le pôle maghrébin et arabe et le pôle africain. La Mauritanie adhèrera à la Ligue arabe en 1974, puis en 1985 à l’Union du Maghreb Arabe. Et elle quittera logiquement la CDEAO dans les années 90. Entre temps, et sans la retenue et la sagesse de Moctar mais avec l’ignorance et l’agressivité des militaires, l’arabisation fut imposée avec beaucoup de casse. Avec les résultats que l’on sait : un manifeste en a chassé un autre (le manifeste du Négro-mauritanien Opprimé remplaçant celui des 19), un système d’enseignement pour chaque communauté, une faille communicationnelle difficile à combler, apparition d’autres problèmes que l’on peine aujourd’hui à résoudre (passif humanitaire), des revendications de poids démographiques que le refus de publication des résultats des recensements rend crédibles et une société prête à s’enflammer à la moindre allusion d’un ministre ou d’un Premier Ministre à l’identité nationale du pays. Malgré tout, il se trouve toujours qu’entre gens de bonne volonté et désireux de toujours vivre ensemble, une solution pour une coexistence pacifique est possible.
Indications pour une solution consensuelle définitive
« La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent ». Cette réflexion frappée du coin du bon sens d’Albert Camus doit pousser les mauritaniens d’aujourd’hui à ne pas léguer aux mauritaniens de demain leurs problèmes. Les citoyens et les responsables de ce pays qu’est la Mauritanie doivent se retrouver et mettre à plat tous les sujets qui les divisent. Et d’abord la question linguistique si sensible. On a l’impression, avec le recul, que les responsables de l’Etat, en imposant la langue arabe aux habitants de la vallée, enfonçaient une porte ouverte. La conversion à l’islam et la constitution d’émirats théocratiques au Fouta faisaient déjà de cette région un lieu où l’arabe était la langue de travail et de communication avec l’extérieur. Malgré 60 ans de domination française, il est toujours resté un substrat de langue arabe dans cette zone. Et, en bon musulmans qu’ils sont, l’arabe est la première langue que les habitants de la vallée font apprendre à leurs enfants aujourd’hui. Tout comme les maures.
De l’autre côté, il ne doit pas être ignoré « un fait désormais inscrit dans l’histoire : Soixante années d’une colonisation culturelle de laquelle étaient déjà nées plusieurs générations utilisant cette langue française, langue universelle tant technique que littéraire dont le rayonnement a atteint tous les continents et seule langue écrite moderne dans l’Afrique noire d’expression française » (Moctar Ould Daddah, Intervention le 18 juillet 1966 devant la Commission des Affaires Culturelles, désignées par le 2ème Congrès du Parti du Peuple Mauritanien – PPM). Ces deux héritages constituent sinon une fierté, du moins une chance pour tous les habitants de ce pays. Les mauritaniens doivent donc les utiliser comme des instruments de raffermissement de leur unité et non les considérer comme des obstacles à celle-ci. Si ce consensus est obtenu, il ne restera plus que deux mesures à prendre dans ce domaine. La première est de traduire dans la Constitution du pays l’accord trouvé en ajoutant à l’article 6 un troisième alinéa qui stipule que « l’Arabe et le Français sont les langues de travail ». La deuxième mesure est celle qui fera le mieux et le plus rapidement abattre les barrières linguistiques actuelles.
Tous les constituants mauritaniens, depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui, ont inscrit les langues nationales (Puular, Soninké et Ouolof) dans la Constitution. Mais cette simple reconnaissance n’a pas apporté de valeur ajoutée ni pour le pays ni pour les populations sensées leur plaire. Il faut donc innover et rendre obligatoire pour tout responsable administratif affecté dans une des régions du pays de parler le dialecte local dominant. Ou rendre obligatoire, comme on le fait pour l’arabe et le français, l’apprentissage des langues nationales par le personnel administratif et politique. Et plus vous voulez monter en grade, plus vous avez le devoir de connaître encore plus de langues nationales. Ainsi les candidats à la présidence de la République, le Premier Ministre, les ministres et assimilés et les chefs de parti seront obligés de parler toutes les langues nationales sinon ils ne pourront plus postuler à ces postes. Si cette mesure est prise, toujours dans un cadre consensuel, les parents d’élèves se feront une obligation de faire apprendre à leurs enfants les langues nationales qu’ils finiront par maitriser avant même d’atteindre l’âge de travail, pour le grand bien de l’unité nationale.
Last but not least, le poids démographique de chaque groupe ethnique est en Mauritanie un enjeu majeur. Longtemps considéré par le colonisateur, puis les autres composantes, comme l’élément majoritaire dans le pays, les Maures ne le sont plus aujourd’hui. Le refus de tous les gouvernants du pays, tous jusqu’à présent maures, de procéder à la publication des résultats des recensements successifs accréditent aux yeux des tenants de cette thèse et d’une grande partie de l’opinion étrangère cette réalité. On prête au président Mohamed Ould Abdel Aziz son intention de publier les résultats du prochain recensement prévu en 2012. La question est de savoir si à la majorité spatiale actuelle (les Maures occupent près de 90% de l’espace) va correspondre la majorité numérique. Il est à penser que cette majorité va être déterminée par le choix que feront les Haratines de s’inscrire comme Maure, Noirs ou comme un nouveau groupe ethnique indépendant. Tous ces choix ont leurs adeptes au niveau de cette frange de la population. L’actuel rapprochement de Mohamed Ould Abdel Aziz avec messieurs Boïdiel Ould Houmeïd et Messaoud Ould Belkheir peut aussi augurer d’une alliance dans ce domaine.
Pour être crédible, le futur recensement doit être réalisé avec transparence et surtout ne pas ressembler à l’actuel enrôlement. Ces résultats connus et publiés, il reste simplement soit à les transposer dans la Constitution comme clé de répartition du pourvoir, soit à laisser la latitude au pouvoir d’en tenir compte. Dans tous les cas, une commission indépendante devra être créée pour en suivre l’application sur le terrain. Enfin, et pour renforcer l’ensemble de ce dispositif, il serait heureux de procéder à une large décentralisation régionale qui donnera plus de pouvoir aux gouverneurs (Walis) qui seront du coup soumis au suffrage populaire.
Comme il a été dit dans l’introduction, ces idées n’ont pas la prétention de constituer La solution aux problèmes du pays. Si elles contribuent à (re)lancer le débat sur les questions de fonds qui déterminent l’existence même de la Nation, elles auront atteint leur objectif. Tous les mauritaniens doivent se rappeler qu’il existe des forces unifiantes dont la religion musulmane et le métissage ethnique qui sont en œuvre pour nous rapprocher chaque jour un peu plus. Tous doivent avoir en tête que la connaissance d’une ou plusieurs langues ouvre des horizons nouveaux pour celui qui les acquiert. Tous doivent se dire que la différence est une richesse et non un handicap. Les Mauritaniens doivent formuler le vœu que l’année 2012 soit celle de la concorde, du raffermissement de leur unité nationale et pour que plus jamais le pays ne rencontre les difficultés qu’il a connues ces derniers temps. Amen !

Ahmed Jiddou ALY
Mamoudou Kane


              


1.Posté par mauritanie-th le 05/01/2012 00:18
Bonjour,
je m'excuse si au cours de votre lecture, vous percevrez d'une faiblesse de la qualité de rédaction, c'est important à signaler car à 80 % ça donne une mauvaise perception surtout si l'avis est un désaccord ...

j’ai lu avec attention votre intervention je vous félicite de la qualité de cet l’article, le titre m’a donné l’impression que j’aurai une vision autre que j’ai l’habitude à voir, et qui fait à mon sens à tort une équivalence « au sens Mathématique du mot »
Unité nationale  Arabisation de l’admin du pays.
Unité natalité  dominance des maures.
Unité nationale  l’appartenance de Mauritanie au monde arabe.
_Le débat et l’erreur à mon avis est là car Si Mauritanie est un pays arabe, c’est au même sens que la Tunisie ou l’Egypte sont des pays arabes, cela n’exclut à en aucun cas le Fait que ce pays arabe garantit le droit des autres ethnies cette appartenance au mode arabe permettra à l’arabe la langue officielle du pays d’être le vecteur de rayonnement des autres langues du pays je souhaite que l’égyptien ait des livres arabes sur la culture wolf sk et autre… .
_Le fait que pour remplir un document, et que je ne connais pas l’arabe cela me gêne oui !! Mais ce n’est le français qui résoudra le problème, ni le Wolf.
_Ce débat et à mon avis véhiculé par les cultivés mauritanien ayant choisi la langue française comme vecteur de rayonnement culturel.
Chers mauritaniens attention à la marche, oui il faut juger les coupables de meurtres des mauritaniens
Oui pour enseigner les autres langues du pays et l’obliger dans l’enseignement
Non à rajouter de la politique dans l’unité du pays en disant tel alliance entre X et Y a pour but de dominer tel orientation …. le pays restera le pays et le jour où vous et moi commence à fouiller et façonner les passif humanitaires (voir Nota) on est en train de copier ce que j’ai lit dans des journaux occidentaux et africains étrangers, et miraculeusement conclu comme vous sans pourtant avoir tant de détail historique.
Mauritanie pays arabe ne veut pas dire que nous ne sommes pas africains
Mauritanie pays arabe ne veut pas dire que le blanc domine ou que le maure domine
Mauritanie pays arabe ne veut pas dire que on impose une culture car la langue c’est outil de communication d’ailleurs sur Google vous pouvez voir l’influence de la langue dans la culture
Partons de l’idée que nous sommes unis malgré la divergence.
Et non pas on est divergent donc notre unité est en danger
** : le titre donné au passif humanitaire favorise le sentiment de division inter ethnie hors les événements des années 90 , est une injustice que des mauritaniens il ont subit et que la vérité et le jugement devrait se faire, mais il ne faut se focaliser trop sur la couleurs de ces mauritaniens même si le hasard a fait que il est ne sont pas maure.

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