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Noorinfo

Une scène terrible qui s’est passée tout à l’heure…


A.O.S.A
Mercredi 28 Mai 2014 - 03:28


Une scène terrible qui s’est passée tout à l’heure…
En sortant pour aller courir un peu comme trotte quelqu’un qui a le souvenir d’avoir été, il y a peu ou presque, un remarquable sportif et qui refuse d’en démordre malgré les séquelles qui ne trompent pas, soudain devant la porte, je vois passer, entre deux voitures garées là, un jeune d’une douzaine d’années avec le bras tendu en arrière. Il disparaît de mon champ et réapparaît après la voiture traînant un petit chien qui, de toutes ses petites forces, refusait d’avancer malgré une fine corde qui lui serrait le cou et avait suffisamment de force pour le traîner littéralement sur le sable dur le long du goudron.
 
C’était manifeste que le jeune garçon venait de le prendre, selon la loi de la force comme on faisait jadis des esclaves, certainement dans la rue comme cela arrive mille fois par jour dans la ville mais le jeune chien n’était pas suffisamment jeune pour suivre n’importe qui. Il semblait refuser de quitter l’endroit où il était. Je me suis inquiété deux minutes craignant que la corde n’étouffât le chien mais à sa manière de refuser d’avancer, il était clair qu’il respirait bien. Aussi n’ai-je pas dit un mot. De toute façon, on imagine très bien la réponse de ce jeune qui semblait emporter ce chien comme un bien ramassé dans la rue et n’appartenant à personne. Je n’avais d’ailleurs pas la volonté ni la force d’entrer dans un débat à propos du chien qui n’avait qu’à avancer, c’est tout.
 
Laissant l’animal résistant aller à son destin, je suis allé à droite vers le lieu de mon footing qui se trouve être la direction d’où venaient le jeune garçon et son captif. Là à deux mètres, j’ai tout compris. Il y avait deux chiens, l’un indifférent et l’autre, manifestement une femelle, la queue entre les jambes, regardait d’une manière inoubliable dans la direction du jeune chien en faisant, une fois ou deux, mine de partir dans un autre sens puis elle s’arrêtait et revenait comme une mère sur les traces de son petit en regardant toujours du côté du jeune chien qui n’était plus un chiot mais encore une jeune chien très proche de sa mère.
 
Il y avait dans cette scène toute l’impuissance du conditionnement car cette chienne pouvait bien mordre le jeune homme pour protéger le petit mais c’était une chienne des rues habituée à toutes les violences de cette existence mais surtout à voir ses petits pris par n’importe qui ou se faire écraser. 
 
J’ai regardé tout ça avec pitié puis je suis parti comme un passant du métro guère concerné.
 
Trente minutes plus tard, dans une rue parallèle au lieu du rapt, je vois un jeune chien qui traverse la rue comme un enfant court à sa mère qu’il ne croyait plus revoir. C’était le captif. Je me suis dit qu’il a été libéré car trop grand pour rester gentiment là où il trouverait à manger. Il traversa la rue au risque de se faire écraser pour rejoindre sa mère sur le terrain vague. Hélas, elle n’était plus là. 
 
Je me suis arrêté deux minutes pour bien remarquer que le jeune chien était seul avec autour personne et je me suis dit qu’à cet âge son flair n’est pas assez exercé pour retrouver sa mère même si le périmètre n’est pas grand et le temps de la séparation relativement court. Je l’ai laissé à son sort et j’ai repris mes petites activités physiques de quelqu’un de bien rouillé.
 
Le grand malheur vint 30 minutes plus tard en rentrant quand j’ai retrouvé le jeune chien là où je le vis la première fois refusant d’avancer. Il était quasiment sous la voiture du voisin et il avait perdu toute la vélocité qu’il avait 30 minutes auparavant en traversant la rue enfin libre pour rejoindre sa mère qui n’était plus là. En m’approchant doucement, je le vois qui me regarde avec un regard de chien battu et malgré mon expression que je croyais affectueuse, il sembla avoir peur ou du moins il se méfia et tenta d’aller plus loin mais son petit corps ne voulait pas avancer, soit qu’il ait reçu une terrible pierre dans les côtes soit un coup de pied, en tout cas, il semblait souffrir silencieusement.
 
Je l’ai laissé avancer pour le rassurer et j’ai expliqué la scène au gardien qui n’en avait rien raté car il était là quand le jeune chien passa, traîné par le jeune garçon. Sachant très bien qu’un animal blessé mord quand on lui tend la main même pour le secourir, j’ai demandé au gardien de se joindre à l’initiative, ce qu’il fit avec plaisir quand il sut que je prendrai tous les risques car il avoua craindre les chiens sans savoir que je les craignais tout autant mais il ajouta à propos du pauvre chien voyant sa situation « vi lejeur ! ».
 
Le pire c’est qu’il semblait s’être échappé car qu’il avait encore autour du cou cette abominable corde de près de 2 mètres avec laquelle le jeune le traînait. Je me suis avancé doucement, je lui ai caressé la tête près à retirer ma main au premier mouvement suspect et j’ai découvert que pour toute corde il s’agissait de fils électriques bien durs. Après l’avoir libéré, j’ai cru qu’il partirait mais il n’en fit rien, il plongea en souffrant comme un martyr sous les plantes grimpantes le long du premier mur et se cacha là.
 
Ne sachant que faire, je l’ai laissé à son sort. Puis 20 minutes plus tard, il est revenu à ma mémoire à la fin de mon dîner. Je lui ai donc apporté un reste de viande rôtie dont la portion congrue était cependant digne de rassasier ce jeune estomac qui n’a certainement jamais rien connu que les poubelles des beaux quartiers où il y a jamais rien de ce choix car ce qui n’est pas consommé est distribué aux indigents.
 
Là encore, il ne bougea pas de sa cachette dont il voulait plus sortir comme si c’était la première fois de sa vie qu’il reçoit d’un humain autre chose qu’une pierre ou un geste équivalent pour l’éloigner. J’ai laissé là l’animal et son festin et je suis rentré. 2H 30 plus tard je suis ressorti faire une balade car j’aime zigzaguer avant le couvre-feu dans les petites ruelles éclairées encore par ces toutes petites boutiques qui bientôt n’existeront plus dans les soi-disant beaux quartiers.
 
Le chien n’était plus là.
 
J’ai pensé qu’il avait retrouvé une meute de chiens même si je trouvais improbable que le festin l’ait retapé au point d’aller gambader comme un cabri heureux dans un pré. Toujours est-il que 40 minutes plus tard, achevant la boucle, me revoilà sur la place où je le vis courir croyant retrouver sa mère. Cette fois, elle était là mais pas lui. Là encore, son flair plus exercé que le sien, elle a dû le sentir mais elle avait beau regarder, et moi avec elle, nulle trace de son petit que j’aurais tant voulu revoir courir vers elle.
 
Scène terrible comme il en arrive des milliers. Pauvres chiens des rues de Mauritanie. Quand ils sont jeunes, les enfants, toutes catégories sociales confondues, les pendent à un arbre avant de les lapider. Quel mauritanien de 40 ans et plus, peut dire qu’il n’a pas assisté ou participé à de telles expéditions. Pour les chats c’est pire, les enfants quand ils peuvent s’en procurer, les trempent correctement d’essence avant de mettre le feu. Il paraît alors que chat s’en va comme une flèche tout feu tout flamme comme un missile avant de s’écrouler. La violence des enfants avec les animaux est connue chez nous. Peut-être que cela a diminué de nos jours mais c’était courant, il y a encore peu.

Qu’on ne s’étonne pas ensuite du cynisme des adultes.
chezvlane


              

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