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Un trait rouge du Quai d’Orsay envoie la perle de la Mauritanie en enfer


Actu Mauritanie
Mercredi 16 Avril 2014 - 15:04

En 2011, le ministère des Affaires Etrangères applique le « principe de précaution » en coloriant toute la partie Est de la Mauritanie en rouge sur sacarte du monde des risques encourus par les voyageurs. Qui s’est posé la question des conséquences pour les populations locales ? Mais pourquoi prendre des risques médiatiques, judiciaires et humanitaires pour un coin reculé du continent africain dont tout le monde, ou presque, se contrefiche ?


Le marché aux poisson de Chinguetti, en Mauritanie, le 26 mars 2013 (SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA)
Le marché aux poisson de Chinguetti, en Mauritanie, le 26 mars 2013 (SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA)


Code couleur de sécurité en Mauritanie (diplomatie.gouv)...

Chinguetti du mauvais côté du tableau

Le secteur Chinguetti-Ouedane a jusqu’à présent été fréquentable pour les touristes. Mais le Quai d’Orsay le place du mauvais côté du tableau. Rouge, donc « formellement déconseillé ».

La zone du Sahel est considérée par le ministère des Affaires étrangères comme dangereuse pour les touristes, plusieurs Français ayant été enlevés ces dernières années.

Le Quai d’Orsay explique sa décision :

  • Le risque terroriste largement exogène ou régional explique toute la zone rouge en Mauritanie. A la différence de Zouérate, qui est une cité minière protégée, où opèrent en permanence des entreprises (3e ville de Mauritanie), Chinguetti est une ville de 4000 habitants sans bases économiques lourdes et où le seul potentiel est touristique. Chinguetti est d’ailleurs plus exposée à la menace en provenance du Mali par sa géographie.
  • Le passage de Zouerate du rouge à l’orange a été décidé en août 2011 (celui de Fderik est plus récent). Il avait été alors exclu de « dézoner » Chinguetti, en raison d’informations sur le niveau de menace et afin ne pas attirer des touristes, qui seraient autant de cibles potentielles des terroristes d’AQMI/MUJAO.
  • Notre ambassade nous précise qu’il convient de maintenir le zonage actuel en raison du maintien de risques élevés dans l’environnement régional.

« Un drame humain »

Mais la décision est incomprise. Certains, parmi les connaisseurs de la région, vont même jusqu’à penser à une erreur de cartographie. Un trait tiré un peu trop vite, sans faire attention. C’est un véritable drame humain car plus de 10 000 personnes vivaient directement du tourisme dans la région.

Plusieurs personnes en font alors un combat personnel. La position de Point-Afrique Voyages, coopérative de voyageur, est unanime :

« Nous rejetons totalement la mise en zone rouge de Chinguetti par le quai d’Orsay. »

Mais face à l’absence de voyageurs, découragés par cette décision du Quai d’Orsay et par le relais des médias, le tour opérateur n’a plus vraiment le choix, et les vols sur Altar sont arrêtés début 2011. Pour Gérard Guerrier, responsable de la commission sécurité de l’’association ATT-ATR (qui regroupe la plupart des opérateurs dits d’« aventure »), c’est de la pure bêtise, ainsi qu’une décision injuste.

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Chinguetti, avant d’être classée « rouge »

Ville prospère et touristique

 

Chinguetti est considérée comme une des perles de la Mauritanie. Elle est classée site du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1996.

Anciennement ville de caravaniers, elle s’ouvre au tourisme au début des années 1990. La ville prospère rapidement. Ses habitants travaillent comme mécanos, chameliers, chauffeurs, hôteliers... La population se stabilise autour de 5 000 habitants, des écoles sont construites et des jeunes sont scolarisés. Tous ces changements sont permis grâce à l’apport financier du tourisme. Et les locaux ont une véritable curiosité pour l’étranger.

Gérard Guerrier, d’ATT-ATR et directeur général d’Allibert Trekking, a même calculé un chiffre en se basant sur le PIB du pays :

« Un seul touriste qui venait huit ou dix jours permettait de faire vivre un Mauritanien pendant un an. »

De façon plus générale :
  • 10 000 personnes vivent directement du tourisme dans la région ;
  • la région qui recouvre Atar Chinguetti et Ouedane accueille jusqu’à 12 000 touristes par an ;
  • Chinguetti est la septième ville de l’islam, considérée comme un véritable centre de savoir, avec des livres religieux d’une valeur incroyable ;
  • l’argent du tourisme permet aux habitants de lutter contre l’ensablement.
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Chinguetti, après sa mise en « zone rouge »

Ensablée et désertée

 

Les bienfaits/méfaits du tourisme : quand celui-ci s’arrête brusquement, le village tombe progressivement dans l’abandon. Les épiceries ferment. Les hôtels disparaissent, tombent en ruines. La ville perd plus de la moitié de sa population.

Les Maures n’ont plus que trois choix : émigrer, crever de faim, ou se lancer dans des trafics en tout genre.

Selon Gérard Guerrier :

« La plupart des habitants sont partis grossir les bidonvilles à Atar. [...] On peut maintenant apercevoir des enfants avec des ventres gonflés dans les oasis environnants de la ville de Chinguetti. »

La ville s’ensable, me racontent plusieurs témoins, les bibliothèques multi-séculaires seront bientôt des amas de cailloux recouverts par les sables.

« Les habitants n’ont plus les moyens de l’entretenir. »

« Fabius doit avoir d’autres chats à fouetter »

L’opération Serval  a fortement contribué à sécuriser la zone et le président mauritanien a beaucoup investi. Pour toutes ces raisons, la région de Chinguetti devrait être levée – encore plus aujourd’hui – de sa mise en « zone rouge » par le Quai d’Orsay.

Pourtant, ce changement a peu de chance d’aboutir, explique Gérard Guerrier :

« Une fois que c’est rouge, personne ne veut prendre la responsabilité de lever l’“interdiction”. Car ils seraient directement responsables s’il se passait un drame par la suite. Seul le ministre lui-même pourrait prendre cette décision... mais monsieur Fabius doit avoir d’autres chats à fouetter. »

Les cartes de sécurité hasardeuses ne sont pas les seules en cause, pour Gérard Guerrier :

« Il faut enfin compter aussi avec la loi Kouchner  qui rend pénalement responsables les tour opérateurs, en cas d’incident, dans une zone déconseillée par le Quai d’Orsay et les rend nécessairement prudents à l’extrême. »

Source : Rue89

Mamoudou Kane


              

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