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Ulémas du pouvoir contre Ulémas de l’opposition : Bataille rangée à coups d’édits religieux


Société
Mardi 3 Avril 2012 - 12:14


Ulémas du pouvoir contre Ulémas de l’opposition : Bataille rangée à coups d’édits religieux
Dans la typologie islamiste qui se dessine à l’heure des dissensions théologiques en Mauritanie, deux écoles se font face, l’ancienne école qui prône la soumission à tout pouvoir temporel, qu’il soit vicié ou impopulaire. C’est celle défendue entre autres, par l’érudit Cheikh Hamden Ould Tah et l’ancien ministre Cheikh Mohamed Vadel Ould Mohamed Lemine. A côté, il y a l’école des jeunes Ulémas qui cherchent à secouer le joug du conformisme et du Fiqh désuet des anciens. Cette école est représentée par de jeunes érudits comme Cheikh Mohamed El Hacen Ould Deddew. La guerre présente entre ces deux tendances fait suite à une sortie récente de Ould Deddew, lequel aurait émis une fatwa qui reconnaît la légitimité des révolutions arabes, une ligne défendue par d’éminents jurisconsultes comme le Cheikh Youssouf El Ghardawi.

Sur la base de son raisonnement, Hamden Ould Tah rappelle que tous les chefs arabes, depuis l’époque Ommeyade et Yezid Ibnd Maaouiya jusqu’à nos jours, sont parvenus au pouvoir par coup d’Etat. De ce fait, les musulmans leur doivent soumission et allégeance quel que soit leur défaut ou la nature de leur pouvoir. Certes, cette attitude de "béni oui-oui " par rapport au détenteur de la puissance publique est un chemin facile. Cela procure pour celui qui défend cette ligne de conduite tous les avantages qui vont avec, sans se créer de soucis. Cela permet surtout d’être toujours dans le cercle du plus fort et de profiter de ses largesses. Cette philosophie de la soumission est cependant battue en brèche par plusieurs exemples tirés de l’histoire musulmane. De grands Ulémas ont défié les Princes de leur époque.

L’Imam Ahmed Ibn Hanbel n’aurait pas été emprisonné et torturé s’il n’avait pas refusé de soutenir que le Coran a été créé tel que voulait le lui faire imposer le Calife Al Mamoun, ébloui par la philosophie des Motazalistes sur ce thème jugé hérétique. Les Ulémas qui défendent la soumission aveugle au pouvoir du Prince sont devenus ainsi au fil du temps, les porte-paroles désignés du pouvoir, ceux qu’ils sollicitent pour aseptiser les consciences et les contraindre à taire toute rébellion. Ce rôle, Hamden Ould Tah et d’autres érudits, comme Mohamed Vadel Ould Mohamed Lemine, Aboubecrine Ould Ahmed, l’ont joué avec merveilles sous les différents régimes qui se sont succédés au pays.
Leurs Fatwas de circonstance pour plaire à Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya, sont bien connus de la postérité, notamment. L’un d’entre eux, ministre des Affaires Islamiques à l’époque, réagissant à la colère de la Présidence face aux libertés de ton dans les mosquées, ira même jusqu’à menacer de transformer les mosquées récalcitrantes en boulangerie. Ce fut de même, lorsqu’il a fallu trouver des arguments pour justifier les relations avec Israël.

Le même groupe d’Ulémas a été rappelé à la rescousse. Présidant depuis des dizaines d’années l’Association des Ulémas de Mauritanie dont il tire des subsides considérables, sans compter les nombreux passe-droits que ses diverses fonctions lui confèrent, il n’est pas étonnant que certains Ulémas cherchent toujours la compagnie des Princes et refusent les chemins tortueux de la dissidence. Alors qu’ils marchent sur les plates-bandes de la politique politicienne depuis des lustres, certains érudits vont jusqu’à soutenir, face aux arguments religieux qui commencent à ébranler le système en place, que les Ulémas ne doivent pas faire de la politique. Quelle hypocrisie !

Toujours prompts à servir d’argumentaires quand le pouvoir en place n’en trouve plus, il appartient à la classe des érudits de maintenir assez de distance par rapport au temporel pour conserver cette aura de respectabilité qui en faisait toujours les arbitres des ultimes moments de crise. Cette question d’Ulémas du pouvoir et d’Ulémas de la dignité a été d’ailleurs abordée par Nabil Ennasri, étudiant en théologie musulmane de l’Institut européen des Sciences humaines et membre du Collectif des musulmans de France. Il citera en exemple la Fatwa qu’il qualifie de scélérate, émise par le cheikh d’Al Azhar légitimant, d’un point de vue islamique, la construction de la barrière métallique anti-tunnels entre l’Egypte et la bande de Gaza, qualifiant tous ceux qui la contestent comme "des opposants à la shari’a islamique". Cette démarche révèle selon lui le visage douteux de ces Ulémas du pouvoir qui, par leur compromission, jettent un trouble sur la catégorie des savants de la législation islamique, ce qu’il appelle Ulémas As-Shar. Selon Nabil Ennasri, les détenteurs du pouvoir cherchent toujours à camoufler leurs forfaitures en instrumentalisant les tenants de l’autorité religieuse pour mieux légitimer leur trahison. Le plus désolant, trouve-t-il, est que les Princes trouveront toujours des docteurs de la loi prompts à leur signer des fatwas de circonstance pour couvrir leur politique. Mais la population n’est plus dupe et ne se laisse plus impressionner par les sorties télévisées sur commande de nos érudits qui viennent porter l’estocade à des opposants qui osent soulever des réalités.

Le personnel religieux en fonction commandé commence à perdre toute crédibilité aux yeux de la masse populaire.

Cheikh Aïdara.
lauthentic.info


              

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