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Ukraine: comment faire négocier des gens qui ne se parlent pas?


International
Mardi 20 Mai 2014 - 22:00

L'OSCE a fait un choix judicieux: nommer un diplomate chevronné, Wolfgang Ischinger, à la tête de la table ronde entre les différentes parties au conflit. Mais la tâche s'annonce rude.


Ukraine: comment faire négocier des gens qui ne se parlent pas?
L'OSCE, l’organisation paneuropéenne qui rassemble aussi bien les Occidentaux que les Russes, a choisi un diplomate allemand chevronné pour présider les tables rondes entre les différentes parties en conflit en Ukraine: Wolfgang Ischinger. Tout le monde était d’accord avec cette proposition portée par le président de l’OSCE, le président de la Confédération helvétique, neutre par définition, auprès de Vladimir Poutine. Une double démarche prometteuse. L’idée de la table ronde n’est pas nouvelle. Elle a été utilisée par les Néerlandais et les Belges, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour tenter de résoudre leurs problèmes coloniaux.

Mais elle a surtout remporté un grand succès en 1989 en Pologne pour permettre un passage en douceur du régime communiste à la démocratie occidentale. ADVERTISEMENT publicité Autour de la table, les dirigeants qui avaient décidé l’état de guerre en 1981 pour combattre le syndicat indépendant Solidarnosc, les représentants de ce même syndicat sortis de prison ou de résidence surveillée, des intellectuels dont certains proches de l’Eglise catholique. Avec un seul objectif: tenir compte de la volonté du peuple polonais en évitant des affrontements sanglants entre l’ancien régime finissant et le nouveau régime encore dans les lombes.

La meilleure solution était l’organisation d’élections libres qui devaient mener, en août 1989, à la formation du premier gouvernement dirigé par un non-communiste dans le bloc soviétique. Outre la bonne idée de la table ronde, l’autre atout de la proposition de l’OSCE est le choix du président. Wolfgang Ischinger est un ancien diplomate allemand qui, à 68 ans, a derrière lui une carrière prestigieuse. Dans les années 1980, il était conseiller à l’ambassade de la RFA à Paris. Puis il a dirigé le Centre de planification de l’Auswärtiges Amt, le ministère allemand des Affaires étrangères, avant de devenir secrétaire d’Etat dans ce même ministère où il a initié avec succès le novice Joschka Fischer aux subtilités de la diplomatie.

Ambassadeur à Washington puis à Londres, il a présidé en 2007-2008 le groupe de travail international qui a tenté de trouver un compromis sur le statut du Kosovo avant la déclaration d’indépendance. Ces conditions apparemment favorables sont-elles suffisantes pour laisser un espérer un succès de la table ronde en Ukraine? Il semble bien que non. Si les Occidentaux et la Russie sont tombés d’accord pour organiser ces discussions, les protagonistes que les uns et les autres soutiennent sur le terrain n’arrivent pas à se parler.

Le gouvernement de Kiev a refusé que participent à la table ronde les séparatistes prorusses qui ont pris les armes, occupé des bâtiments officiels et organisé un référendum sur l’indépendance des régions de l’Est. Sur le principe, il a peut-être raison. Ses troupes sont supposées combattre par les armes ces séparatistes et la représentativité de ces groupes est douteuse. En même temps, aux deux séances de la table ronde qui se sont tenues, la première à Kiev, la deuxième à Kharkiv, les populations russophones de l’Est sont représentées par des caciques du Parti des régions de l’ancien président Viktor Ianoukovitch ou par des oligarques.

Ces derniers ont justement pris l’initiative de lancer leurs ouvriers, mineurs et métallurgistes, contre les séparatistes. Du côté russe, le double-jeu n’est pas moins clair. Après avoir annexé la Crimée et fait une démonstration de force, Vladimir Poutine a choisi de faire baisser la tension. Pour plusieurs raisons, dont l’une tient sans doute à la crainte de voir la situation lui échapper. Le président russe avait conseillé aux séparatistes ukrainiens qui se réclament de lui d’ajourner le référendum du 11 mai. Il n’a pas été entendu. Il n’a pas vécu cette désobéissance comme un camouflet. Le geste lui a permis de manifester une certaine bonne volonté; son échec se traduit par une aggravation de la déstabilisation de l’Ukraine, ce qui n’est pas pour lui déplaire.

L’objectif du Kremlin reste le même: avoir à Kiev un gouvernement central affaibli par une «fédéralisation» de l’Ukraine qui concède aux régions russophones de l’Est une grande autonomie incluant les rapports avec les pays étrangers, c’est-à-dire avec la Russie. Moscou veut que cette réforme constitutionnelle soit décidée avant l’élection présidentielle. Le temps presse puisque le scrutin présidentiel est prévu pour le 25 mai. Empêtré dans ses maladresses, le gouvernement de Kiev oppose la décentralisation à la fédéralisation.

Comme il est exclu que la table ronde soit en mesure de trouver une solution avant le 25 mai, il reste deux hypothèses: ou bien l’élection a lieu comme prévu et la légitimité du futur président sera entamée par l’impossibilité d’avoir organisé le vote dans certaines régions de l’Est; ou bien le scrutin doit être remis à plus tard. La commission électorale constituée par le gouvernement intérimaire, elle-même, reconnaît que quelque deux millions d’électeurs (sur 35) pourraient être empêchés de voter. Légitimité limitée ou ajournement des élections: les deux hypothèses vont dans le sens souhaité par Vladimir Poutine.

Source:Slate
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