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USA : Le shutdown ou la démocratie prise en otage


Lu sur le web
Jeudi 3 Octobre 2013 - 09:22

Comment un petit groupe de républicains peut-il provoquer la paralysie de l’Etat fédéral ? Les radicaux du Tea Party bénéficient des transformations récentes de la politique américaine : des circonscriptions redécoupées sur mesure, et un pouvoir financier et médiatique plus fort que jamais.


USA : Le shutdown ou la démocratie prise en otage
La crise actuelle est inédite. L’enjeu du shutdown [paralysie d’une partie de l'administration fédérale] imposé par la minorité radicale du Tea Party n'est rien de moins que le principe sur lequel repose notre démocratie : la loi de la majorité. Le président Obama ne doit pas céder à cette prise en otage. Pas seulement parce que sa réforme de l'assurance-maladie est en jeu, mais parce que l’avenir de notre mode de gouvernement l'est aussi.
 
Le blocage au Congrès montre comment trois changements structurels, advenus de manière progressive dans la politique américaine, nous ont fait basculer dans un monde où une faible minorité du Congrès peut paralyser non seulement son propre parti mais tout le gouvernement. Et le plus terrible est que les auteurs du blocage sont sûrs de ne pas être politiquement sanctionnés et peuvent même être récompensés.
 
Quand des extrémistes s'estiment en mesure de ne pas respecter les règles traditionnelles de notre système, notre démocratie est en danger si nous ne défendons pas ces règles : la loi de la majorité et le fait que lorsqu'une politique [en l'occurrence la loi sur l'assurance-santé] adoptée par le Congrès, promulguée par le président et confirmée par la Cour suprême, n’est pas de notre goût, il faut passer par une élection pour pouvoir l'annuler et qu’il ne suffit pas de menacer l'Etat au moyen de l’arme budgétaire.
 
La partie est truquée
 
Comment en est-on arrivé là ? D’abord, en portant à un niveau inédit le charcutage électoral. Comme l'a souligné le politologue Charlie Cook, les élections de 2010 ont donné aux assemblées législatives des Etats républicains un pouvoir sans précédent pour redécouper les circonscriptions électorales et ils en ont profité pour créer des bastions républicains encore plus "sûrs et blancs comme neige", qui constituent un "univers alternatif" au regard de la réalité diversifiée du pays.
 
"Entre 2000 et 2010, le pourcentage de Blancs non hispaniques dans la population a chuté de 69 % à 64 %, note-t-il. Mais après le redécoupage qui a suivi le recensement et les élections de 2012, leur pourcentage dans les circonscriptions républicaines est passé en moyenne de 73 % à 75 %. Alors que la diversité ethnique du pays continue d’augmenter, les circonscriptions républicaines deviennent encore plus blanches."
 
Selon le politologue, le nombre de circonscriptions à forte majorité démocrate est tombé de 144 avant le redécoupage à 136 après. Et celui des circonscriptions à forte majorité républicaine a bondi de 175 à 183. "Quand un parti part avec 47 circonscriptions de plus que l’autre, poursuit-il, on peut dire que la partie est truquée. Il faudrait que les républicains se débrouillent vraiment très mal pour perdre leur majorité à la Chambre des représentants." Autrement dit, il y a peu de risques que les membres du Tea Party se voient infliger une sanction politique pour avoir pris leur pays en otage.
 
Bulles médiatiques
 
Ensuite, le stupide arrêt Citizens United rendu [en 2010] par la Cour suprême [autorisant les entreprises financières à participer aux campagnes politiques] a permis à un donateur, Sheldon Adelson, de créer son propre univers alternatif. Lors des primaires républicaines, ce milliardaire a apporté à la candidature de Newt Gingrich un soutien financier tel que ce dernier a pu rester dans la course plus longtemps qu'il n’aurait été en mesure de le faire avec des règles de financement plus équitables.
 
Le mois dernier, pour la première fois dans le Colorado, deux sénateurs de l'Etat qui avaient voté pour la vérification des antécédents des clients pour tout achat d'arme à feu ont perdu leur siège dans une élection de rappel financée par les 400 000 dollars offerts par la National Rifle Association [le lobby des armes]. Vous êtes élu, vous votez selon votre conscience, et voici que des opposants résolus n'ont pas besoin d'attendre la prochaine élection : en y mettant les moyens, ils peuvent se débarrasser de vous en quelques semaines.

Enfin, la montée d'un univers médiatique républicain, composé d'animateurs radio, de sites web, mais aussi de Fox News, a créé un autre monde à part, où il n'existe pas de sanctions pour des comportements extrêmes mais où l'on se fait vilipender sur Tweeter lorsqu'on dévie de la ligne dure et où les médias accordent une énorme couverture aux plus radicaux.
 
Ces changements structurels "légaux" dans les domaines du financement de la politique, des médias et du redécoupage électoral ne sont pas près de disparaître. Ils permettent à de petits mouvements politiques de jouir d'un pouvoir considérable grâce auquel ils peuvent user impunément de méthodes radicales et entraver le gouvernement de la majorité. Si la démocratie signifie quelque chose, c'est que, lorsqu'on est mis en minorité, on doit accepter les résultats et se préparer pour la prochaine élection. Les républicains s'y refusent, affichant leur mépris pour le processus démocratique.
 
Le président Obama ne défend pas l'assurance-maladie. Il défend la santé de notre démocratie. Tous les Américains épris de démocratie devraient se ranger à ses côtés.

Thomas L. Friedman 
Pour The New York Times
Lu sur Courrier international
Mamoudou Kane


              

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