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USA : Edward Snowden a bien fait de fuir


Lu sur le web
Mardi 9 Juillet 2013 - 15:25

Pour le célèbre lanceur d'alerte Daniel Ellsberg*, responsable de la fuite des "papiers du Pentagone" dans les années 1970, Snowden a eu raison de s'exiler. Il évite ainsi son emprisonnement.


Un manifestant réclamant la protection de Snowden par l'Allemagne, le 07 juillet 2013, à Berlin - AFP
Un manifestant réclamant la protection de Snowden par l'Allemagne, le 07 juillet 2013, à Berlin - AFP
Bon nombre de gens nous comparent, Edward Snowden et moi, et lui reprochent d'avoir quitté le pays et de chercher asile à l'étranger plutôt que de se présenter devant un tribunal comme je l'ai fait. Je pense qu'ils ont tort. Mon histoire remonte à une autre époque, et les Etats-Unis n'étaient pas ce qu'ils sont aujourd'hui. 
 
Le 15 juin 1971, le New York Times a reçu l'ordre de ne pas publier les "papiers du Pentagone", ce qui constituait une première dans l'histoire de la presse américaine. Après avoir transmis une autre copie des documents au Washington Post (qui a ensuite reçu la même interdiction que le New York Times), ma femme et moi avons disparu de la circulation pendant treize jours. 
 
Mon objectif était d'échapper à la surveillance des autorités (un peu comme Snowden lorsqu'il a décidé de partir pour Hong Kong), pendant qu'avec l'aide de plusieurs autres personnes – encore inconnues du FBI – nous nous organisions pour faire passer les documents à dix-sept autres journaux, malgré deux injonctions. J'ai passé les trois derniers jours en violation du mandat d'arrêt lancé contre moi. J'étais comme Snowden : j'essayais de me soustraire à la justice. 
 
Je me suis rendu aux autorités de Boston après avoir envoyé mon dernier lot de documents la nuit précédente. J'ai été remis en liberté sous caution le jour même. Plus tard, alors que je faisais l'objet non plus de trois mais de douze chefs d'accusation (j'encourais alors une peine de cent quinze ans d'emprisonnement), ma caution a été relevée à 50 000 dollars. 
 
A l'isolement comme Bradley Manning
 
Mais durant les deux années où je me suis trouvé formellement accusé, je suis resté libre de parler aux médias, dans des rassemblements et des conférences publiques. Je faisais partie d'un mouvement hostile à la guerre. Ma première préoccupation était de mettre fin à cette guerre. Comme je ne pouvais pas le faire depuis l'étranger, je n'ai jamais pensé à quitter les Etats-Unis. 
 
Cela serait impossible aujourd'hui. Il serait impossible qu'un procès se termine par la révélation d'actes incontestablement criminels (et considérés comme tels à l'époque de Nixon) commis par la Maison-Blanche. Aujourd'hui tous ces actes – qui ont d'ailleurs joué un rôle dans la démission de Nixon – sont jugés légaux (y compris celui visant à me placer "dans une totale incapacité" de nuire). 
 
J'espère que les révélations de Snowden susciteront une réaction pour sauver notre démocratie, mais même s'il était resté, il n'aurait pas pu faire partie de ce mouvement. Il est hautement improbable qu'il eût été libéré sous caution s'il n'avait pas quitté le pays et il est totalement exclu qu'il le soit s'il se rendait aujourd'hui. Il aurait été gardé dans une cellule, au secret, comme Bradley Manning [le jeune soldat accusé d'avoir transmis des documents secrets au site WikiLeaks]. 
 
Il aurait très certainement été placé à l'isolement, plus longtemps encore que Bradley Manning, qui a passé huit mois à l'isolement au cours de ses trois ans d'emprisonnement. Dans cette affaire, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture a parlé de conditions de détention "cruelles, inhumaines et dégradantes" (cette seule perspective serait un argument suffisant pour accorder l'asile à Snowden, si les pays auxquels il a adressé sa demande étaient capables de résister aux pressions et aux manœuvres de corruption des Etats-Unis). 
 
Snowden n'a rien fait de mal
 
Snowden estime qu'il n'a rien fait de mal. Je suis absolument d'accord avec lui. Plus de quarante ans après la publication non autorisée des "papiers du Pentagone", ce genre de fuites est ce qui permet de garder en vie une presse libre, ainsi que notre république. La leçon du passé et de l'affaire Snowden est simple : le secret corrompt autant que le pouvoir. 
 
J'ai eu accès, au Pentagone et au sein de la Rand Corporation, à des documents top secret qui m'ont révélé les mensonges successifs de plusieurs présidents pour entraîner le Congrès et le peuple américain dans une guerre à la fois sans issue et illégitime depuis le début. 
 
Edward Snowden a eu accès à des documents encore plus confidentiels provenant de la NSA, et dont il a décidé de publier une petite partie. Ainsi qu'il l'a confié au journaliste du Guardian Glenn Greenwald, il a découvert qu'il travaillait pour une entreprise de surveillance dont le but ultime était de "pouvoir connaître la totalité des conversations ainsi que toute forme de comportement dans le monde". 
 
"Les Etats-Stasi d'Amérique"
 
Il s'agissait, dans les faits, d'une sorte de super-Stasi internationale, copiée sur le célèbre ministère de la sécurité de l'Etat staliniste d'Allemagne de l'Est, dont le but était de "tout savoir". A la différence près que, contrairement à la NSA, la Stasi n'avait pas accès aux téléphones portables, aux fibres optiques, aux ordinateurs personnels et au réseau Internet. 
 
Dans son entretien avec le Guardian, Snowden affirme que les Etats-Unis sont "un pays qui vaut la peine qu'on meure pour lui". Ou, si nécessaire, qu'on soit condamné à la prison pour le restant de ses jours. 
 
La véritable contribution de Snowden à la noble cause du premier, du quatrième et du cinquième amendement de la Constitution américaine [qui garantissent la liberté d'expression, la protection de la vie privée et le droit à un procès équitable] se trouve toutefois dans ses documents. Sa réputation, sa personnalité, ses motivations, sa présence devant un tribunal ou sa condamnation à la prison à perpétuité ne changent strictement rien à la valeur de ses révélations. Je pense que, dans les circonstances actuelles, la reddition volontaire de Snowden ne servirait absolument à rien. 
J'espère qu'il trouvera asile dans un endroit où il sera protégé le mieux possible de toute tentative d'enlèvement ou d'assassinat de la part des forces spéciales américaines, et où il pourra s'exprimer librement. 
 
Si nous répondons à son appel, il nous offre la meilleure occasion d'échapper à un appareil de surveillance sauvage qui transfère tous les pouvoirs réels à l'exécutif et aux agences de renseignements, qui forment aujourd'hui les Etats-Stasi d'Amérique.
 
Note :*Daniel Ellsberg a été poursuivi en justice en 1971 en vertu de l'Espionage Act pour complot, vol et diffusion des “papiers du Pentagone” qui révélaient les mensonges et l'implication politique et militaire des Etats-Unis au Vietnam. La révélation en 1973 de fautes graves du gouvernement, dont l'utilisation d'écoutes illégales, avait abouti au rejet de ces accusations. Article publié le 7 juillet
 
The Washington Post |Daniel Ellsberg |8 juillet 2013| 0
Mamoudou Kane


              

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