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Tunisie: Les orphelins de Ben Ali


International
Mardi 25 Octobre 2011 - 17:07

Un être vous manque et tout est repeuplé. Débarrassés et un peu déboussolés par la disparition de la menace Ben Ali qui a accompagné tous leurs combats, les vieux opposants se présentent libres aux élections du 23 octobre… Reportage


Terrasse, soleil, poussière de terre soulevée par un vent léger, les petites cuillères tournent dans les verres à thé. Les hommes discrets regardent les sonos s’installer, juste en face.

On ne sent pas l’odeur du jasmin, couverte par les pots d’échappement. Des voitures défilent et klaxonnent, quand un chauffeur curieux s’arrête trop longtemps pour récupérer un tract, par la vitre.

A trois jours du scrutin pour la Constituante, la première élection libre de l’Histoire de la Tunisie prévue dimanche 23 octobre, les 112 partis, 11 618 candidats font la tournée des quartiers tunisiens.


Tunisie: Les orphelins de Ben Ali

C’est dans la seule enclave populaire proche de la cossue Marsa (nord de Tunis), que les militants du parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT), représenté par le militant et infatigable opposant à Ben Ali, Hama Hammami, tractent ce mercredi 19 octobre.

Longtemps interdit de territoire, Hammami avait réussi à déjouer la vigilance des flics de Ben Ali, afin entrer en Tunisie. Afin de narguer le régime, lui et sa femme, avocate et elle aussi magnifique opposante à « Bac moins trois »,Radhia Nasraoui, avaient fait… un enfant. Comme la plupart des partis, le PCOT était interdit, du temps de Ben Ali.

10 MILLIONS DE POLITICIENS

Depuis son départ forcé le 14 janvier 2011, on rattrape le temps perdu. « On nous appelle le pays des 10 millions de politiciens  », lance, fière et éclatante, Radhia Nasraoui. Une quinzaine de personnes, femmes voilées ou non et hommes confondus, distribuent les affichettes. L’avocate sourit. «  C’est magnifique que je puisse distribuer des tracts sans me faire tabasser !  ». Au milieu d’une table bouillonnante, Radhia débat, écoute, convainc peut-être. Ici comme un peu partout en Tunisie, le sujet de discussion principal, c’est Ennahda, le parti « islamique » de Rached Ghannouchi, en tête dans les sondages. Le meeting qu’il a organisé le lendemain après-midi, à Al Basatin, le quartier le plus pauvre de Ettadhamen, en banlieue est de Tunis, a encore rassemblé une foule de personnes, environ un millier.

«  Le premier problème de Ennadha, c’est son programme économique et social, il défend un système néolibéral. Nous, nous sommes de gauche, d’inspiration marxiste-léniniste. L’autre problème, c’est la place que réservent certains partis religieux aux femmes. Les cadres dirigeants de Ennahda prônent plutôt une égalité hommes-femmes, mais parmi ses militants, beaucoup souhaitent que les femmes ne travaillent pas, portent le voile…  », déballe un militant du PCOT.

APPRENDRE À VIVRE SANS BEN ALI

«  Ben Ali, Ben Ali !  », crie soudain Slim, assis sur sa motocyclette dégarnie, encouragé par les rires de ses amis. Ben Ali ? « Non, je plaisantais. Mais je ne vais pas aller voter, je n’ai pas confiance en les partis politiques. D’abord, la plupart, on ne les connait pas. Je voterai pour celui qui me trouvera du travail  ». Comme des milliers d’autres jeunes tunisiens, Slim est diplômé chômeur. Au meeting de Ennadha, à Al Basatin, une femme s’est aussi emportée : «  On n’a pas de quoi vivre ici, on ne me donne pas de quoi nourrir ma fille. Ma fille a 16 ans, elle vit loin de sa mère. Je voterai pour celui qui la fera vivre auprès de moi, pour celui qui me donnera un travail. J’ai passé quatre ans en prison, pour avoir volé des bijoux, dans une maison dans laquelle je travaillais. C’est vrai, j’ai volé ! Je n’avais pas le choix, on n’a pas de quoi manger ! »

A 22h30, Radhia Nasraoui distribue toujours ses tracts. Elle semble avoir redoublé d’énergie, comme l’ancien opposant Kamel Jendoubi, qui dirige l’Instance supérieure pour les élections (ISIE), pourtant atteint d’un cancer que ses amis pensaient en phase terminale, avant la fuite de Ben Ali. Mais d’autres opposants de longue date ont moins bien tenu le choc. L’écrivain Taoufik Ben Brick en a fait des grèves de la faim et des mois de prison. Et pourtant, vit assez douloureusement la « révolution » : «  Mon sujet m’a mis en vacances. Je suis le seul à pleurer Ben Ali !  », déplore-t-il, le sourire en coin, entre deux bouffées de cigarette. « Les flics ne me suivent plus, je n’ai plus de B3 » [le dossier de la police tunisienne sur lui] Un peu confus, un peu triste, il continue : «  Une révolution a ses propres enfants. L’élite, celle qui a marché sur Carthage, c’est les habitants des villes de l’intérieur, un réservoir d’élites au chômage, qui n’a pas été incorporé au système ». Ce n’est pas tout le monde.

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Bakchich


              

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