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Troublant : 1980 à Rosso, le procès des h’ratines rappelle celui de Birame près de 35 ans plus tard…


A.O.S.A
Samedi 11 Juillet 2015 - 03:00


Troublant : 1980 à Rosso, le procès des h’ratines rappelle celui de Birame près de 35 ans plus tard…
C’est en faisant des recherches sur le net à propos de tout et de rien comme toujours dans l’espoir de découvrir quelque chose d’intéressant que je suis tombé sur ce texte troublant : « esclavage en Mauritanie : de l’idéologie à la remise en question » de Boubacar Messoud qui retrace la naissance du mouvement El Hor, de S.O.S esclaves et des premiers combats pour la lutte contre l’esclavage. Article publié dans le journal des africanistes, il y a 15 ans !
 

 
Quand on le lit, on est troublé par la similitude du discours officiel 35 ans plus tard  en passant de Taya à Aziz jusqu’au procès de Rosso en 1980 même si à l’époque l’issue fut différente quoiqu’aujourd’hui aussi d’autres avancées juridiques ont vu le jour que l’auteur juge stériles comme hier.

 
De là I.R.A comme Résurgence… Ironie du sort : aujourd'hui à l'époque des dirigeants et militants de l'Ira emprisonnés, l'actuel ministre de la justice, Brahim Ould Daddah, faisait partie en 1980 du collectif des avocats défendant les militants d'El Hor emprisonnés...

 
Extraits : « REPÈRES HISTORIQUES
Période 1960-1978

 
Les méthodes de lutte contre les pratiques esclavagistes préconisées par ces circulaires pèchent par leur caractère utopique : il est impossible de bouleverser un ordre social séculaire sans toucher aux intérêts d'une ou plusieurs composantes de la société. Le régime essaye, quant à lui, de ménager les intérêts des uns et des autres et d'éradiquer l'esclavage grâce au  développement économique.

 
À sa chute, en 1978, ce régime n'a pas avancé d'un pas dans cette voie. L'indépendance de la Mauritanie s'est traduite par un simple transfert de pouvoir de la puissance coloniale aux forces sociales sur lesquelles elle s'était toujours appuyée. Ces forces pratiquent l'esclavage et n'éprouvent guère la nécessité de l'abolir. Dans leur pratique du pouvoir, elles s'efforcent surtout de nier son existence en mettant en avant l'argument constitutionnel.

 
Période 1978-1984

 
La sécheresse que le pays connaît à partir des années 1970 constitue un formidable accélérateur de l'histoire. En effet, elle désorganise le monde rural en engendrant un exode massif vers les villes. Celui-ci contribue à aiguiser les conflits entre les esclaves et leurs maîtres. C'est dans ce contexte que naît, en 1978, le mouvement clandestin El Hor. La paupérisation d'une grande partie de la population et l'explosion concomitante des structures sociales et économiques traditionnelles desserrent le carcan qui emprisonne esclaves et h 'ratine. La sécheresse ayant décimé une bonne partie du cheptel, de nombreux nomades appauvris se sédentarisent tandis que des esclaves en grand nombre s'auto-affranchissent de leurs maîtres qui ne peuvent plus les nourrir et qui n'ont plus de tâches à leur confier. Ces miséreux affluent vers les villes où ils ne trouvent aucun moyen de subsistance. Ces anciens esclaves sont l'objet d'une exploitation systématique et forment l'essentiel d'une main-d'œuvre urbaine subissant toutes sortes de discriminations : au travail, face à l'administration et à la justice, dans la société, etc.

 
Cette situation d'exclusion crée parmi les rares h' ratine scolarisés, ayant accédé au travail salarié dans l'administration ou dans les entreprises privées, une prise de conscience de l'injustice qui a ses racines dans l'esclavage.

 
Pour les formations progressistes telles que le Parti des Kadikhine de Mauritanie (PKM), le Mouvement national démocratique (MND) ou l'Union des travailleurs de Mauritanie (UTM), l'esclavage est une préoccupation secondaire et ne diffère pour ainsi dire en rien du phénomène des castes, alors que celles-ci, même opprimées, n'en possèdent pas moins leurs propres esclaves.

 
C'est cette indifférence vis-à-vis de leur sort qui amène des h' ratine à créer, le 5 mars 1978, une organisation de libération et d'émancipation des hratines — dont l'anagramme, El Hor, signifie L'homme libre en hassaniya — pour conduire la lutte contre l'esclavage et ses conséquences.

 
Ce mouvement se fixe pour objectif la libération de tous les esclaves et l'émancipation réelle des h' ratine au plan politique, économique et social. Dès sa création El Hor entreprend de mobiliser, au sein des couches h' ratine, les éléments les plus conscients afin de lutter contre les pratiques esclavagistes et organiser des campagnes de soutien et de solidarité avec les esclaves fugitifs, de sensibiliser à travers la dénonciation de cas concrets l'opinion internationale sur la situation des victimes de l'esclavagisme.

 
Les membres de ce mouvement sont exclusivement des h' ratine, descendants d'esclaves ou anciens esclaves auto-affranchis. À la fin de l'année 1978, le mouvement compte déjà des militants dans tout le pays. L'avènement d'un régime militaire, le 10 juillet 1978, a suscité les espoirs des couches défavorisées et de tous ceux qui aspirent à la démocratie et à la justice sociale, et qui ne manquent pas de l'exprimer de diverses manières. 

 
C'est ainsi qu'à la suite de la vente d'une esclave à Atar (novembre 1979), El Hor organise d'importantes manifestations en janvier, février et mars 1980 dans les villes d'Atar, de Zouérate, de Nouadhibou et de Nouakchott. Les forces de l'ordre répriment alors violemment cette campagne de protestation pacifique : arrestations massives par la police politique qui soumet des dizaines de h' ratine aux interrogatoires, aux tortures et à toutes sortes de supplices dans les commissariats ou dans des lieux de détention improvisés en pleine brousse. Ils sont finalement renvoyés devant un tribunal militaire, la Cour spéciale de justice, sous l'inculpation d'atteinte à la sûreté de l'État.

 
C'est le procès de Rosso, en mai 1980, des dix-huit membres dirigeants d'El Hor. La défense des inculpés est assurée par un collectif de seize avocats, défenseurs des droits de l'homme, représentant alors la quasi-totalité du barreau mauritanien 2. Lors de ce procès public, les inculpés et leurs défenseurs mettent en évidence l'existence de pratiques esclavagistes qui justifiaient pleinement les manifestations de dénonciation incriminées et la légitimité de s'organiser en conséquence.

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