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Trois questions au Dr Mohamed Mahmoud Ould Mah, secrétaire général de l’UPSD: ‘’Le dialogue peut ne pas avoir lieu entre un pouvoir et son opposition, car dans un système qui se veut démocratique, ce sont les urnes qui tranchent’’


Actu Mauritanie
Dimanche 11 Octobre 2015 - 06:00

Le Calame : Vous avez été invité aux journées de concertations, préludes à un dialogue pouvoir-opposition, en recevant la lettre d’invitation des mains de ‘’Monsieur dialogue’’ lui-même, le ministre Secrétaire Général de la présidence de la République. Vous vous êtes présenté et finalement on vous a vu sortir en croisant les autres invités. Peut-on connaître les raisons de votre sortie?


Dr Mohamed Mahmoud Ould Mah
Dr Mohamed Mahmoud Ould Mah
Dr Mohamed Mahmoud Ould Mah : J’ai eu l’honneur d’être reçu par le  ministre Secrétaire Général de la présidence de la République; un homme de grandes qualités humaines dont  au moins, le respect de l’autre.

Nous nous sommes déjà vus, surtout au Stade olympique, à l’occasion des grands événements sportifs. J’avais eu également le plaisir de l’accompagner à Doha, en 2011, dans le cadre de la commission paritaire Mauritanie-Qatar, à la veille des jeux arabes de 2011.

Madame Cissé Mint Boide, ministre des Sports et de la Culture, très remontée de n’avoir pas fait partie de la délégation, n’a pas su réaliser que celui qui tenait lieu de vis-à-vis pour elle, même s’il était prince héritier, aujourd’hui émir de Qatar, n’était pas ministre des Sports, poste qui n’existe pas dans ce pays, mais le Président du Comité National Olympique de son pays.

A la fin  de notre entretien, Monsieur le ministre m’a remis la lettre d’invitation aux journées de concertations, préludes à un dialogue pouvoir-opposition. Fort de la lettre de Monsieur le ministre, et d’une carte d’invitation, reçue quelques jours après et signée ‘’Commission d’organisation’’, je me suis présenté au Palais des congrès.

Après avoir passé le premier contrôle, je me suis fait dire, qu’un badge et une carte de participant, que je n’avais pas, étaient exigés pour accéder à la salle de conférences. Au moment où je voulais repartir, des membres du comité d’organisation et des personnalités politiques ont tenu à m’accompagner jusqu’à la salle de conférences où les membres du protocole du Premier ministre m’ont remis un badge, une carte de participant et m’ont installé. Les tables du premier rang étaient toutes réservées.

Comme personne n’était encore venue, j’ai pu lire par curiosité les cartons de réservation, ici ‘’le Président de l’Assemblée Nationale’’; là, quelques partis politiques dont certains représentants ne sont d’ailleurs pas venus. Déjà remonté de n’avoir pas reçu de badge ni de carte de participant et ayant constaté que la salle ne m’attendait pas, je me suis aussitôt retiré; néanmoins, j’ai pu suivre la séance officielle d’ouverture de ces journées de concertations à partir de la maison, grâce à la transmission directe par la Télévision de Mauritanie.
 
 Quelles réflexions vous inspire ce fameux dialogue pouvoir-opposition dont on parle tant, mais que l’on ne voit pas encore venir?

 On parle tantôt de dialogue, tantôt de concertations entre le pouvoir et l’opposition. Autant les concertations sont nécessaires, voire même indispensables, autant le dialogue peut ne pas avoir lieu entre un pouvoir et son opposition, car dans un système qui se veut démocratique, ce sont les urnes qui tranchent.

Les élus sont censés l’être sur la base d’un programme que les électeurs sont censés avoir préféré à celui de l’opposition. En ce qui nous concerne, si dialogue il y a, il doit avoir lieu entre le pouvoir et ceux qui ont boycotté les élections, car les deux derniers rendez-vous électoraux (parlementaire et présidentiel) ont été boycottés par la majorité de l’opposition.

L’opposition semble se composer de deux pôles : le FNDU et la CUPAD. La CUPAD a déjà dialogué avec le pouvoir et refusait même tout autre dialogue avec la coordination de l’opposition démocratique (COD). Il faut croire que la CUPAD a évolué depuis : tout en se présentant aux journées de concertations, sans y participer, elle a demandé leur report pour que toute l’opposition soit présente, ce qui est une grande avancée.

Le pouvoir a répondu favorablement à sa demande. Le FNDU est une évolution du FDU qui est lui-même une extension de la COD aux syndicats, à la société civile et aux personnalités indépendantes.
En février et mars 2014, les organisateurs du forum pour la démocratie et l’unité (FDU) avaient prévu une direction collégiale de ce forum, composé de M. Ahmed Ould Daddah, Ely Ould Allaf et Madame Sy.

Le RFD, trouvant humiliante la place réservée à son leader (président de la COD) au sein de cette sombre direction collégiale, s’abstient de participer à ce forum d’autant plus que l’intervention principale au forum avait été confiée au président de Tawassoul qui ne fait plus partie de la COD à cause de la participation de son parti aux élections législatives.

Le pouvoir, qui a toujours cherché à déstabiliser Ahmed Ould Daddah, en sa qualité de chef de l’opposition, a tenté de profiter de cette situation, de cette cacophonie.

En tout état de cause, la veille de la tenue du forum, et à la surprise générale, M. Kane Hamidou Baba, président de la commission de communication du forum, émanation de la COD, est l’invité du journal parlé de 21H30 ; une faveur généralement réservée par le pouvoir à des événements importants qui lui sont proches. M. Kane Hamidou Baba déclare : «Nous sommes honorés de la présidence de notre pays de l’Union africaine.» Au moment où d’autres membres de la COD parlent de «présidence de l’Union africaine par défaut.»

Vers 1H30 du matin, soit 4 heures après l’intervention de Kane Hamidou Baba à la Télévision, un compromis fut trouvé entre Ahmed Ould Daddah et une délégation du forum qui tenait à sa présence et tentait de le convaincre de prendre part au forum. Désormais, c’est Ahmed Ould Daddah qui prononcera le discours politique à l’ouverture officielle du FDU qui s’est tenu le 28 février, les 1 et 2 mars 2014 sans élire un bureau.

Ce n’est un secret pour personne que le pouvoir a toujours cherché à déstabiliser Ahmed Ould Daddah, allant jusqu’à prendre un texte très personnalisé exigeant que le chef de l’opposition démocratique doit être un élu, sachant que le président du RFD ne l’est pas et il ne le sera certainement pas, si c’est pour le seul but de préserver sa place.

M. Jemil Mansour, président de Tawassoul, parti participationniste aux élections législatives (alors que le RFD est boycottiste), en s’abstenant de se présenter à la députation, a-t-il voulu éviter toute suspicion le concernant, quant à vouloir lui succéder, évitant ainsi de faire le jeu du pouvoir. Ce serait alors, de sa part, une forme élevée de l’éthique politique.

Un mois plus tard, un bureau est désigné à la condition qu’il soit présidé par une personnalité indépendante, ce fut Cheikh Sid’Ahmed Ould Babamine; trois vice-présidents : Samory Ould Bèye, Secrétaire Général de la CLTM; Diabira Maroufa, président de l’ONG GRDR, Kane Hamidou Baba, président du parti MPR et un secrétaire exécutif, Moussa Fall, président du MCD.

On constate une entrée en force, aux premiers postes, des représentants des personnalités indépendantes, des syndicats et de la société civile, des acteurs dont la politique n’est pas la fonction première.

On constate par ailleurs que Samory Ould Bèye et Diabira Maroufa ont succédé comme présidents du FNDU, à Cheikh Sid’Ahmed Ould Babamine. Ce qui était conçu comme une extension de la COD, a-t-il fini par absorber la COD elle-même?

Sans négliger, ni non plus sous-estimer, les autres composantes de la COD, trois partis : le RFD, Tawassoul et l’UFP ne sauraient continuer à être davantage tenus en dehors de la direction du pôle principal de l’opposition dans un dialogue avec le pouvoir.

En effet, le RFD est le grand parti de l’opposition, largement implanté et à tous les niveaux. Son président, un patriote de grande religiosité, a joué un rôle de premier ordre dans la création de la monnaie nationale et la nationalisation de la MIFERMA d’où la méfiance à son égard de l’ancienne puissance coloniale; il a gardé, cependant, de bonnes relations avec des personnalités politiques françaises et avec les pays du Golfe, grâce aux bonnes relations tissées par son grand frère du temps des émirs sages : Fayçal Ben Abdel Aziz et Zaid Ben Sultan notamment.

Tawassoul, quant à lui, bien que de création relativement récente, est un parti qui progresse à chaque élection, grâce à son orientation islamiste et au charisme de son président. On peut ne pas partager son approche de l’unité nationale par les mariages mixtes entre les communautés, mais force est de reconnaître, que ce parti est parvenu à bousculer, voire même, devancer le pouvoir dans les régions où le déterminant du vote est tribal ou sur ordre du chef de la confrérie religieuse à laquelle appartiennent les électeurs.

L’UFP est un parti constitué par un groupe de cadres universitaires progressistes appartenant aux deux ethnies. Ils ont su forger l’une des meilleures synthèses politiques dans notre pays, grâce à la longue expérience de luttes politiques de ses cadres fondateurs.

Dans l’un de leurs fiefs, Boghé, où le niveau de l’éveil politique, comme d’ailleurs dans tous les pays, demeure encore très bas, ils sont parfois devancés par le discours communautariste et identitaire de leurs adversaires. On peut leur faire amende honorable, car la démocratie à l’occidentale et l’absence de culture politique, ne désignent pas toujours les meilleurs. Comme la rivière qui coule, elle charrie tout.
 
A la demande du président syrien Bachar Al Assad, la Russie intervient avec force contre les groupes terroristes. Cette intervention a suscité diverses réactions dont principalement celles des pays occidentaux, la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar. L’OTAN lui-même intervient et enjoint à la Russie d’arrêter son intervention. Quelle analyse faites-vous de cette situation?

 Le conflit en Syrie est le prolongement du jeu des grandes puissances occidentales dans cette partie du  monde. Après Gamal Abdel Nasser, Saddam Hussein, pendu le jour de l’Aïd el Kébir, Mouammar El Kadhafi, gravement blessé par un mirage français et un drone américain est achevé par des hommes qui ne sont pas des libyens.

C’est au tour de Bachar Al Assad qui semble mieux résister et tenir tête, soutenu par une Russie qui ne tient pas à se faire rouler, encore une fois, comme elle l’a été en Libye. L’analyse est très simple : Israël n’est plus capable de jouer pleinement le rôle qui lui était destiné : «La tête avancée de la civilisation contre la barbarie.»

L’Iran du Chah et l’Etat d’Israël prenaient en tenailles cette partie du monde arabe et musulman, berceau des grandes civilisations et origine de l’humanité et qui renferme également l’essentiel des réserves mondiales de pétrole et de gaz. Cette région abrite les lieux saints des religions monothéistes. A ce titre, elle a toujours aiguisé l’appétit des puissances coloniales occidentales.

Certains Etats arabes, comme l’Egypte, l’Irak, la Libye, la Syrie se sont libérés du joug colonial et des effets de domination des puissances occidentales à la faveur de révolutions suscitées par des officiers nationalistes. L’Iran, à la faveur d’une révolution islamique, cette fois, se débarrasse, à son tour, du Chah. Après la nationalisation du Canal de Suez, la France du socialiste Guy Mollet, l’Angleterre et Israël organisent la fameuse agression tripartite de 1956 pour tenter de se débarrasser de Gamal Abdel Nasser.

En 1980, les puissances occidentales fomentent une guerre de 8 ans entre l’Iran et l’Irak. Elles ont tenu à ce qu’elle soit une guerre sans vainqueur ni vaincu, juste de quoi affaiblir les deux pays, l’un l’Irak représentant le nationalisme arabe, l’autre l’Iran, la révolution islamique, deux idéologies (l’islam et le nationalisme arabe) considérées par l’Occident comme ses ennemis. Huit années de guerre ont été largement suffisantes pour affaiblir matériellement et humainement les deux pays.

Ils seront, tous les deux,  accusés (et mis en quarantaine des années durant, voire des décennies) par l’Occident de fabriquer les armes de destruction massive ou nucléaire à la faveur de l’une de ces campagnes de presse, de mensonges et d’intoxication que seul l’Occident en est capable, comme d’ailleurs, celle qui est en train de se constituer à la suite de l’intervention de la Russie sur demande du gouvernement légal de Syrie.

En 2003, les Etats Unis et des dizaines d’Etats occidentaux, sans la France de Chirac, envahissent l’Irak quasiment détruit, ses savants tués ou contraints à l’exil, son armée détruite, libérée ou laissée pour compte. Le président Saddam Hussein est pendu le jour de l’Aïd el Kébir.

En Libye, sous prétexte de défendre les populations de Benghazi, comme aujourd’hui celle de Syrie, et sur demande d’intervention d’une Ligue arabe dominée par les émirs, le président libyen est bombardé par un mirage français et un drone américain. Gravement blessé, il est achevé par des hommes qui pourraient ne pas être des Libyens.

Après Gamal Abdel Nasser, Saddam Hussein, Mouammar El Kadhafi, c’est le tour de Bachar Al Assad. Le prétexte des Occidentaux est toujours le même : ‘’protéger les peuples’’ contre les ‘‘dictateurs’’; on assassine les ‘’dictateurs’’ mais les pays ne survivent pas aux ‘’dictateurs’’, on l’a déjà vu en Irak et en Libye, c’est ce que cherchent les puissances occidentales en Syrie.

Condoleeza Race avait promis une ‘’anarchie créatrice’’ au Moyen Orient. Les capitales occidentales, principalement la France de Hollande, devenue malheureusement un instrument entre les mains des émirs du Golfe pour des raisons mercantilistes, donnaient au président syrien quelques semaines avant de tomber. Pendant 4 ans et demi, la Syrie tient tête à une coalition internationale formée essentiellement par les Etats Unis, la France, l’Angleterre, l’Arabie Saoudite, Qatar et la Turquie et financée par l’Arabie Saoudite et le Qatar.

Le Financial Time vient de publier que l’Arabie Saoudite a déjà déboursé 73 milliards de dollars et le Qatar 17 milliards de dollars pour acheminer en Syrie, par la Turquie, des mercenaires de 80 pays dont des Tadjik, des Ouzbek, des Tchéchènes, des Turkestan, des Chinois, tous avec leurs familles etc. etc. M. Hollande, devenu plus un homme de guerre qu’un homme de gauche, parle déjà de la partition de la Syrie avant d’accueillir le président turc qui convoite le Nord de ce pays pour éviter le prolongement d’un grand Etat kurde à ses frontières.
 
Propos recueillis par Ahmed Ould Cheikh
Lecalame

 
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