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Très vives tensions entre le Qatar et l’Arabie Saoudite


Actu Mauritanie
Samedi 22 Février 2014 - 17:42

Rien ne va plus entre le Qatar et les autres pétromonarchies du Golfe. L’épreuve de force parait désormais inévitable entre le Qatar et les autres membres du Conseil de coopération du Golfe à la suite des «propos incendiaires» tenus par Youssef Al Qaradawi dans son prêche du vendredi 22 Février à Doha à la mosquée Omar ben Khattab, avec le soutien de l’ancien Emir et père de l’actuel, Hamad Ben Khalifa, qui reste le vrai patron.


Le nouvel émir du Qatar, en visite en Corée du Sud en mai 2009 (YOUNG HO/SIPA)
Le nouvel émir du Qatar, en visite en Corée du Sud en mai 2009 (YOUNG HO/SIPA)

«Pour deux phrases, ils se sont mis en colère. Que serait-ce, si je me mettais à dénoncer leurs scandales et leurs injustices….Ils ne supportent pas sept mots», a déclaré le télé prédicateur islamiste, Youssef Al Qaradawi, dans son premier prêche après trois semaines de silence contraint.
 

L’influent éditorialiste palestinien qui avait longtemps écrit à Londres dans « Al Qods al Arabi », Abdel Bari Atwane, considère que le dernier sermon du Mufti égypto-qatariote a fait voler en éclat l’accord de réconciliation signé en décembre 2013 à Ryad, entre le Qatar, d’une part, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes Unis, d’autre part, en présence de l’Emir du Koweït. Sur son site, le journaliste assure que «ces propos incendiaires» n’auraient pu être tenus sans l’aval du vrai patron du Qatar, l’Emir Hamad Ben Khalifa, le propre père du Prince Tamim, qui occupe officiellement la fonction depuis cet étél… Car «Quiconque connait Hamad sait qu’il ne saurait tolérer les menaces», a-t-il ajouté.
 

De l’huile sur le feu
 

 «De tels propos ont fait l’effet de l’huile sur le feu », poursuit Abdel Bari Atwane. L’épreuve de force entre le Qatar et les autres pétromonarchies, Arabie Saoudite et Abou Dhabi, lesquels ont fait planer la menace de mesures de représailles notamment:
 

-Le rappel des ambassadeurs d’Arabie saoudite et des Emirats Arabes Unis du Qatar

-La fermeture  de l’espace aérien saoudien aux avions du Qatar 

-La fermeture des frontières à l’encontre des voyageurs en provenance de cet émirat en ce que l’Arabie saoudite est son unique débouché terrestre,

-La mise à l’index du qatar au sein du Conseil de coopération du Golfe avec une éventuelle suspension de sa qualité de membre, estime Abdel Bari Atwane sur son nouveau site «Ar Rai Al Yom».
 

Abou Dhabi, l’étincelle
 

Le bras de fer entre Qatar et ses voisins notamment l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis, latente, a éclaté lorsque Abou Dhabi avaient annoncé, en novembre 2013, avoir déjoué une tentative de coup d’état de la part des Frères Musulmans, procédant à l’arrestation de 76 membres de la confrérie. Les propos de Cheikh Qaradawi avaient entrainé une convocation de l’ambassadeur du Qatar à Abou Dhabi, Farès al Nouaimy, pour lui signifier une protestation diplomatique des Emirats et le ministre qatariote des Affaires étrangères, Khaled Attyah avait été conduit à désavouer publiquement le 2 Février, le prédicateur considérant que «ses propos ne reflétaient pas la ligne du Qatar». Et de poursuivre:
 

«Les Emirats se dressent contre tout régime islamique. Ils sanctionnent ses partisans et les  emprisonnent (…) Ils ont dépensé des milliards de dollars pour dégager le président Mohamad Morsi. Ils ont fait venir les militaires qui ont accumulé des fortunes sur le dos du peuple, le privant de la justice et de la Liberté», avait notamment déclaré Qaradawi, accusant Abou Dhabi d’ «abriter un homme du régime Moubarak en la personne de l’ancien premier ministre Ahmad Chafik», ancien candidat à la présidentielle égyptienne face à Mohamad Morsi.
 

L’Arabie saoudite avait lancé un avertissement au Qatar, la sommant de cesser son soutien aux Frères Musulmans en Arabie Saoudite et aux Emirats Arabes Unis, y compris les fournitures d’armes et d’argent, ainsi qu’aux rebelles Houthistes du Yémen, sous peine de fermeture de l’espace aérien saoudiens aux avions du Qatar et la fermeture des frontières terrestres aux voyageurs en provenance de la principauté. Visiblement l’avertisement a eu l’effet inverse.
 

Qaradawi, mufti de l'OTAN
 

Qaradawi, dénommé par dérision le Mufti de l’Otan pour son empressement à cautionner toutes les interventions militaires contre les pays arabes de la Libye à la Syrie, avait vivement critiqué le renversement du président égyptien Mohamad Morsi; une opération menée avec l’appui discret de l’Arabie saoudite et des Emirats arabes Unis. En deux ans, au plus fort du «printemps arabe», Les Emirats Arabes Unis avaient démantelé un réseau de la confrérie qu’elle accusait de menées subversives et ne cachait pas son agacement devant de Mufti millionnaire.
 

Agé de 87 ans, Youssef Al Qaradawi  est président de l'Union Internationale des Savants Musulmans (Oulémas), membre de la confrérie de Frères Musulmans et du Conseil européen pour la recherche et la Fatwa. Il est en outre consultant religieux sur Al Jazira.
 

Le dernier sermon du mufti millionnaire passera dans l’histoire comme un «cas type de sabordage du Conseil de la Coopération du Golfe dans sa formule actuelle», conclut Abdel Bari Atwane, ancien directeur du journal transarabe «Al Qods Al Arabi».
 

Formé des six pétromonarchies du Golfe, (Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats Arabes Unis, Koweït, Qatar, Sultanat d’Oman) est un syndicat des monarchies pétrolières arabes mis sur pied dans la décennie 1970  au moment de l’accession à l’indépendance de l’ancienne cote des pirates, dans la foulée du retrait britannique à l’Est de Suez.

Source : Mondafrique


Mamoudou Kane


              

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