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Transition : Le long processus du changement


Tribunes
Mercredi 30 Mai 2012 - 16:57

Le long processus de changement qui a commencé avec le dernier voyage de Ould Taya, continue de se prolonger, sans arriver à son terme. La transition, cette sorte de récréation, qui a profité plus aux maîtres qu’aux élèves, a constitué une trêve que l’opposition, dans son ensemble, n’a pas su mettre suffisamment à profit pour mieux négocier la caution de taille qu’elle apportât aux tombeurs de Maaouia.


Transition : Le long processus du changement
Elle aura, néanmoins permis à tous les candidats au changement de rêver et d’imaginer que la démocratie pouvait devenir une réalité dans le pays. Les élections, censées en constituer la conclusion, n’en furent qu’un maillon où les principales formations de l’opposition furent victimes des manœuvres du pouvoir et de leurs propres égoïsmes. Les pouvoirs réels et la durée du séjour aux affaires du Président élu, à l’issue de ces élections, ont bien montré combien cette parenthèse allait être vite fermée.

Le coup d’Etat du 6 Août 2008, qui mit fin aux rêves de l’opposition et au semblant de cohésion des putschistes de 2005, annonça la victoire, aux élections, non encore programmées, mais, où le score de l’actuel Président était déjà inscrit dans les doubles-fonds des urnes de 2009.

La « défaite », toute aussi programmée, des forces démocratiques du pays, à cette élection, fût une véritable catastrophe pour les leaders, beaucoup plus que pour les partis, de l’opposition.
En effet, à regarder de plus prés et avec le recule, les scores « réservés » pour des hommes comme Ahmed Ould Daddah, Président du parti qui a la plus grande audience nationale, leader de l’opposition démocratique et Ely Ould Mohamed Val, qui a vaillamment piloté la transition, et endossé le brassard du premier VRP Mauritanien de la démocratie, hors de nos frontières, on se rend bien compte que le nouveau Président visait bien plus l’élimination politique et définitive des ses principaux adversaires, plutôt que sa simple élection avec un score, où mêmes les décimales étaient l’œuvre de grands mathématiciens.

Le traumatisme « des grands », qui s’en suivi, plongea tous les partis et autres leaders d’opinion qui les avaient soutenus, dans une situation d’impuissance et de déception, dont ils ne se sont pas encore tout à fait remis.

Il s’ensuivit une longue « hypnose » de l’opposition qui fût mise à profit par le nouveau pouvoir pour consolider sa majorité, arrêter une stratégie de lutte contre la (ou les) QAIDA, puisqu’il y en aurait au moins deux : celle dont on veut vendre la peau à l‘occident et celle à laquelle la Mauritanie, de l’ombre, procure armes et argent pour « affaiblir » notre plus proche voisin, sous le couvert des fameuses frappes préventives.

C’est aussi durant cette période que la communauté négro-Mauritanienne bénéficia d’une attention toute particulière, aussi bien en direction des réfugiés qu’en vers certaines organisations et personnalités se proposant pour sous-traiter le « règlement de la question du passif humanitaire ». Les résultats furent à la mesure de l’investissement, puisque la grande prière de Kaédi a sonné l’entrée massive des ressortissants du Fouta dans les rangs de l’UPR.

Au même moment, une approche beaucoup plus pernicieuse et plus « raffinée »était élaborée en direction des Haratines. Et puisqu’il faut prendre le taureau par les cornes, le pouvoir visa très haut. Les cellules d’études politiques de l’UPR, profitant des fissures qui ont commencé à apparaître au sein de l’APP, de la mouvance d’EL HOR et de la « fragilité » de la fonction de Président de l’Assemblée Nationale qu’occupe M. Messoud, alors qu’il n’y compte que 3 députés, entament un travail de sape, sans merci. Ce fût aussi la meilleure façon d’affaiblir la COD, que le miroir aux alouettes, constitué par le projet de dialogue, allait amputer de la présence de l’un de ses plus populaires membres fondateurs.

Les moteurs internes du changement. C’est au moment où bon nombre d’observateurs, donnaient l’opposition démocratique pour irrémédiablement « terrassée », qu’une certaine mue s’est opérée en son sein. On assista alors à l’émergence d’une sorte de dédoublement des principales organisations, de façon quasiment spontanée.

L’IRA, dont l’entrée en scène, émaillée de quelques faits d’éclats (le pèlerinage d’Inal, la dénonciation de cas effectifs de pratique d’esclavages, le siège de certains commissariats de police), inaugura une forme radicale de lutte qui tranche avec les lignes « réformistes » des autres organisations antiesclavagistes que connait le pays.

De son côté, la sympathique formation de M. Wane Birane, « TPMN », d’abord en campagne contre le nouveau recensement, où les négros-Mauritaniens faisaient l’objet de traitements, à la limite du racisme ouvert, elle ne tarda pas à jouer un rôle plus général, et de premier ordre au plan social et politique. Sa façon, ouverte et mature, de dénoncer l’injustice et l’inégalité a fait beaucoup d’émules, y compris dans les autres communautés du pays.

Au niveau des organisations estudiantines, une certaine perception nouvelle de la nécessité de s’unir, face au danger commun, semble avoir été partagée, au delà des considérations ethniques ou idéologiques. Les appels du Mouvement du 25 Février, au tour du rôle essentiel de la jeunesse et non plus seulement des « politiques », eurent leurs échos.
Le dernier né de ces moteurs du changement, mais pas le moins combatif, est cet extraordinaire rassemblement, au nom évocateur de « MICHAAL » (flambeau), que les « fils » de certains partis d’opposition viennent de lancer dans la bataille.

Les ferments extérieurs. Une certaine dialectique nous enseigne que les événements internes à un pays ou une région du monde, ont toujours une partie de leurs causes, et donc de leurs solutions, ailleurs.

Aussi, nous ne pouvons pas ignorer ce qui s’est passé au tour de nous, au cours des deux dernières années, et notamment ce qu’il est convenu d’appeler le « printemps arabe ». Pas seulement pour l’innocence de ses bourgeons ou la beauté de ses fleurs. Ce printemps, qui n’est pas encore tout à fait le nôtre, a défait des régimes qui se croyaient éternels. Remué et défiguré des institutions politiques et militaires vieilles de plusieurs décennies.

Certaines de ses incidences directes sur la situation en Mauritanie sont patentes.

La chute, puis la mort de Khadhafi ont eu des conséquences immédiates sur plusieurs pans de la classe politique et du pouvoir en place, enrichissant les uns, appauvrissant les autres. Le vide, matériel et psychologique, crée par la disparition de Khadhafi, a changé complètement la donne dans la zone Sahélienne, renforçant la force de frappe des « ennemis » de la Mauritanie tout en la privant d’une importante source d’argent frais et discret. Ce qui eut pour effet de « perturber » les plans des autorités du pays les obligeant à rechercher de nouvelles alliances, dans un monde préoccupé par ses propres crises.

Le martyr de Bouzid a rappelé à bien des Mauritaniens que mourir pour son pays, pour ses concitoyens, est encore une forme de sacrifice qui valait la peine. Les élections qui ont suivi ont montré, dans biens des pays, que le changement radical était possible et que la révolution populaire n’était pas qu’une « théorie pour enthousiasmer les jeunes et entraîner les pauvres dans la rue ».

C’est, forts de tous ces exemples que les jeunes, les pauvres et certains « politiques » de Mauritanie commencent à se dire que la victoire est au bout de l’effort, du sacrifice.
Il reste que « le catalyseur » est à trouver. Ce catalyseur, encore prisonnier d’un manque d’organisation, de volonté commune et du bon choix des armes du changement, tarde à se mettre en place.

C’est aux différents mouvements de la société civile et des organisations politiques de convenir, ensemble, du moment et de la forme que prendra le prochain changement.
S’ils tardent à le faire ou s’ils n’arrivent à se mettre d’accord pour le faire, d’autres le feront, à leur place, mais, à leur détriment

Soueylem Val
Mamoudou Kane


              

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