Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

The "un-expendables" : Mission "municipales et législatives"


Actu Mauritanie
Mercredi 6 Novembre 2013 - 11:51

Pour ceux qui en doutaient encore : les prochaines législatives et municipales seront tout sauf "réglos" et "transparentes". Dans l'urgence de l'organisation des élections, et celle du RAVEL, les pratiques d'antan ont du mal à se faire en sourdine.


Crédit : Noorinfo
Crédit : Noorinfo
L'histoire il y a quelques mois, de cette "présidente d'ONG" surprise à Arafat avec des dizaines de pièces d'identité achetées "15.000 UM l'unité" rappelait déjà l'imminence des élections. "Cette fois on y va c'est sûr!" se frotte les mains, tout sourire, Souleymane Ndiaye, calligraphe à Nouakchott et pour qui les meilleures affaires se font durant la période d'élections politiques.
 
"L'argent va couler à flot. Ça a commencé déjà: cette histoire de femme à Arafat, c'est comme pour la drogue aux frontières : quand tu en attrapes un, c'est que dix sont passés entre les mailles du filet" argue le spécialiste ès-rue du microcosme politique mauritanien.
 
Et ces méthodes seraient autant propres aux traditionnels partis au pouvoir qu'à certains de l'opposition. Des partis de l'opposition qui vont aller disséminés à ces élections. On a assisté deux semaines durant à un "dialogue" et des "négociations" entre un pouvoir jusque-là inflexible et une opposition qui disait vouloir être "consulté" pour les préparatifs de ces élections. Finalement, une petite souris a été accouchée de cette montagne de soucis : l'UFP et le RFD n'iront pas à ces élections, tandis que Tawassoul ira. Retour au point de départ.
 
A eux deux, ces partis qui seraient absents représentent entre 20 et 25%'des votes exprimés depuis 2005, aux trois élections organisées jusque-là : deux présidentielles et une municipale-législative. Le président de l'UFP justifie leur boycott par le fait que "sur les 30 mille mauritaniens résidents en France, seulement 2000 ont été enrôlés. Ce qui signifie que le pouvoir s’achemine vers un plan d’exclusion". "Si Aziz maintient la même date, cela signifie le holdup électoral", conclut Ould Maouloud.
 
Les élections, une affaire de famille(s)
 
Quant à la sélection des candidats "députables" ou "communables", là encore les lourdes chaînes de la transparence et surtout de la méritocratie, ne sont pas au rendez-vous. Les personnalités politiques ont d'ores et déjà fixé leurs "candidats personnels", le plus souvent issus du giron familial : Le premier ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, comme d'autres personnalités (généraux essentiellement) du pouvoir, seraient directement intervenus pour avancer la candidature de leurs frères, oncles ou même femmes parfois, soit pour la mairie de Nbeikatt, par exemple, village d'origine du premier administrateur du pays, soit pour la députation, comme ce serait le cas du commissaire à la sécurité alimentaire.
 
On agit de même côté opposition : plusieurs cadres influents de la COD chercheraient à mettre en selle leurs propres frères ou fils. Autant pour les intérêts supérieurs du peuple. "On en est encore au point où le peuple sert surtout de strapontin pour accéder à la table de partage de prébendes et privilèges, où ne figurent que quelques cercles familiaux restreints. Les élections à venir ne seront donc à nouveau qu'à la préservation ou au gain d'un héritage politiques donc financier que certains clans et tribus s'adjugent" analyse MOMS du quotidien "L'Authentique".
 
Un système étudié dans sa thèse par Réda Dali, chercheur à l'institut français de géopolitique et qui a écrit sa thèse précisément sur le sujet :
 
"Un des principaux désaccords au sein de la classe politique mauritanienne a toujours été les postes administratifs, source importante d'influence et de biens (argent, immobiliers). Lors des législatives de 2007 il y a bien eu ouverture, mais seulement au "sommet de la pyramide". Comme si les proches du président déchu Taya, avaient décidé d'atténuer le mécontentement des tribus beïdanes à travers cette démocratisation technique. En les intégrant au système, c'est-à-dire au jeu électoral, le CMJD à l'époque, était sûr qu'ils ne remettraient pas en cause le régime, à travers des tentatives de putsch, comme il est coutume de le voir en Mauritanie. Toutefois, Sidioca a remis en cause cette structure pour diverses raisons (difficultés de gouverner, Assabiya, volonté de s'émanciper des militaires...). Et c'est en grande partie ce qui a motivé le coup d'état qui la évincé de l'exécutif" analyse-t-il.

Une masse populaire encore ignorante de ses droits et devoirs politiques
 
De ce constat, on retient que le peuple n'est là qu'en rôle d'arbitre entre les prétendants à un pouvoir tribal (dans le sens où la tribu gagnante est assurée d'accéder à un nouveau statut social et financier). Une situation où ce cher peuple n'est qu'un marche-pied sur lequel on piétine sans vergogne, sans considération de son bien-être et de son avenir.
 
Cela devrait encore durer un temps, avant que le peuple ait réellement conscience des enjeux d'un tel exercice.
 
"... Les droits politiques doivent, évidemment aussi, sommeiller dans l'individu jusqu'à ce que l'individu sache clairement ce que c'est que des droits politiques, ce que cela signifie, et ce qu'on en fait. Pour exercer il faut comprendre. En bonne logique, l'intelligence de la chose doit toujours précéder l'action sur la chose" affirmait Victor Hugo.
 
Il pointait le doigt sur un mécanisme universel dans l'éveil démocratique d'un peuple à ses droits et devoirs en tant qu'entité citoyenne : on ne peut exercer un droit qu'on ne comprend pas. A ce moment-là l'exercice "technique" de ce droit ne propulse pas automatiquement l'espace dans lequel ce droit s'exerce, dans le cercle de la démocratie. 
 
On en est là en Mauritanie, où n'existe que l'aspect technique de l'exercice du droit de vote, qui ne s'accompagne que très rarement d'une quelconque conviction, précédée donc d'une quelconque réflexion et connaissance de l'objet et des enjeux de ce pour quoi on vote.
 
Or les enjeux électifs sont encore loin, à des altitudes stratosphériques, de ce qu'on pourrait appeler communément et noblement, "les intérêts du peuple".
 
Mamoudou Lamine Kane
Mamoudou Kane


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire





Suivez-Nous
Rss
Recherche
Inscription à la newsletter
Les + populaires