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Thaïlande : l'opposition menace de prendre le siège du gouvernement


International
Dimanche 1 Décembre 2013 - 11:41


Devant une entrée du siège du gouvernement la formule «Berlin wall in Bangkok» («le mur de Berlin à Bangkok») peinte en lettres de couleur sur les parpaings. | AFP/NICOLAS ASFOURI
Devant une entrée du siège du gouvernement la formule «Berlin wall in Bangkok» («le mur de Berlin à Bangkok») peinte en lettres de couleur sur les parpaings. | AFP/NICOLAS ASFOURI
La police thaïlandaise a utilisé gaz lacrymogènes et canons à eau contre les manifestants menaçant dimanche de prendre le siège du gouvernement, après des violences qui ont fait trois morts et des dizaines de blessés.
Au cœur de la colère des manifestants, alliance hétéroclite de bourgeoisie conservatrice proche du Parti démocrate, le principal parti d'opposition, et de groupuscules ultra-royalistes : une haine profonde du frère de la Première ministre Yingluck Shinawatra, le milliardaire Thaksin Shinawatra. Les manifestants accusent Thaksin, renversé de son poste de premier ministre par un coup d'Etat en 2006, de rester le vrai décisionnaire de la politique du gouvernement depuis son exil à Dubaï.
 
MANIFESTATION VIOLENTE ET SIT-IN
 
Deux visages du mouvement de protestation étaient visibles dimanche. Avec devant une entrée du siège du gouvernement, quelques centaines de manifestants équipés de masques, essayant de déplacer les blocs de béton et de couper les rouleaux de fil barbelé, avant d'être repoussés par des gaz lacrymogènes et des canons à eau.
 
Devant une autre entrée, un sit-in pacifique était organisé et la formule «Berlin wall in Bangkok» («le mur de Berlin à Bangkok») peinte en lettres de couleur sur les parpaings. « Notre opération de ce jour doit être pacifique, non-violente, avec une entrée polie dans les lieux », a d'ailleurs assuré Suthep Thaugsuban, meneur de l'opposition, devant ses partisans, avant de les laisser défiler vers le siège du gouvernement sans lui. 
 
Après l'occupation et le siège cette semaine de ministères et d'administrations, que les autorités ont laissé faire de crainte d'aviver la tension, les manifestants ont été autorisés à pénétrer dimanche dans l'enceinte du ministère de l'intérieur. Les manifestants antigouvernementaux ont aussi pris le contrôle dimanche du siège de la télévision nationale PBS à Bangkok, a fait savoir la police. D'autres manifestants ont envahi un club de sport de la police au moment où Yingluck Shinawatra s'y trouvait, mais celle-ci a pu être évacuée par des agents qui l'ont conduite en lieu sûr, a déclaré un collaboteur du premier ministre.

Un peu plus tôt dimanche, les meneurs des « chemises rouges » pro-pouvoir, réunies par dizaines de milliers dans un stade à Bangkok, avaient appelé leurs troupes à se disperser, par crainte de violences. « Afin de ne pas compliquer davantage la tâche du gouvernement, nous avons décidé de laisser les gens rentrer chez eux », a déclaré leur dirigeante Thida Thavornseth. Un autre meneur des «rouges» a évoqué sur scène la mort de quatre des leurs. Seules trois morts au total ont été confirmées par la police, un étudiant et deux «rouges».
 

 

Des manifestants anti-gouvernement le 1er décembre à Bangkok.

 

Les violences ont éclaté samedi soir près du stade, quand des opposants ont attaqué à coups de pavés un bus rempli de «chemises rouges». Un homme de 21 ans, première victime de la crise, a été tué par balles dans des circonstances troubles.
 

Les meneurs du mouvement ont appelé à un ultime effort pour arriver dimanche à la «victoire» avant l'anniversaire du roi Bhumibol le 5 décembre, célébrations pendant lesquelles il est impensable de manifester, dans une société thaïlandaise très attachée à son roi.
 
La police évoquait 3 000 manifestants devant les sièges du gouvernement et de la police métropolitaine. Contre près de 180 000 manifestants dimanche dernier.
 
L'escalade de la tension depuis un mois, qui a franchi un cap samedi avec le premier mort, a fait redouter le pire, dans un pays prompt à s'embraser. Plusieurs grands centres commerciaux, dont l'un avait été incendié lors de la crise de 2010, ont été fermés.
 
En 2010, quelque 100 000 «rouges» avaient occupé le centre de Bangkok pendant deux mois pour réclamer la chute du gouvernement de l'époque, avant un assaut de l'armée. La crise, qui avait fait environ 90 morts et 1 900 blessés, avait mis en lumière les profondes divisions de la société entre masses défavorisées du nord et du nord-est, fidèles à Thaksin, et les élites de la capitale qui le voient comme une menace pour la monarchie.
 
A l'origine, la colère des manifestants est née d'un projet de loi d'amnistie, selon eux taillé sur mesure pour permettre le retour de Thaksin, en exil pour échapper à une condamnation à la prison pour malversations financières. Malgré le rejet du texte par le Sénat, les manifestants n'ont pas désarmé.
 
L'ARMÉE COMME RECOURS
 
Dans un pays qui a connu 18 coups d'Etat ou tentatives de coups depuis l'établissement de la monarchie constitutionnelle en 1932, l'armée, appelée en renfort par la police dimanche à Bangkok, a appelé les manifestants à ne pas lui demander de prendre parti. Ce qui ne l'a pas empêchée de laisser apparaître des dissensions. « J'ai contacté le chef de la police nationale pour lui dire d'arrêter d'utiliser des gaz lacrymogènes », a dit le puissant chef de l'armée de terre, le général Prayut Chan-O-Cha. « Les deux parties doivent cesser maintenant. J'attends une réponse du gouvernement », a-t-il ajouté.

 

Source : Le Monde

des partisans du gouvernement dans les rues de Bangkok, le 1er décembre 2013. | AFP/INDRANIL MUKHERJEE
des partisans du gouvernement dans les rues de Bangkok, le 1er décembre 2013. | AFP/INDRANIL MUKHERJEE
Mamoudou Kane


              

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