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Terrorisme : Le Burkina ne doit pas se mêler du sort des otages occidentaux


International
Vendredi 20 Juillet 2012 - 13:46

Intermédiaire privilégié dans les libérations d’otages au Mali, le pays des hommes intègres prend le risque de s’y brûler les ailes.


Otage Suisse libérée en compagnie du général Burkinabè Gilbert Diendéré, 24/04/2012, AFP PHOTO/ AHMED OUOBA
Otage Suisse libérée en compagnie du général Burkinabè Gilbert Diendéré, 24/04/2012, AFP PHOTO/ AHMED OUOBA
La bourse des valeurs de la libération des otages dans le nord du Mali a connu le record de ses cotations le 18 juillet avec l’échange très juteux opéré par le Mouvement pour l’unicité et le Djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao).

Si l’on se réfère en tout cas à la réclamation formulée début mai 2012 par ce groupe très proche d’Al Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) et au fait qu’il ait dit que ses exigences ont été satisfaites, l’on ne peut que constater qu’il vient de réaliser l’une de ses meilleures transactions.

Le Mujao avait en effet réclamé le versement de 30 millions d’euros et la libération de prisonniers détenus en Mauritanie en échange de la libération de deux des trois otages —les deux femmes—.
Les islamistes ne sont pas prêts d’arrêter ce business

Tous les trois otages ayant recouvré la liberté, l’on devine aisément que le montant minimum de la récompense ne peut être en deçà de la somme convoitée. Les Occidentaux ont opté décidément de faire dans la confusion en posant des actes qui contredisent leur propre langage.

N’ont-ils pas exprimé officiellement, eux-mêmes, la sainte horreur qu’ils vouaient à la pratique qui consiste à payer des rançons aux preneurs d’otages pour obtenir la libération de leurs captifs?

En acceptant de casquer une somme aussi importante pour enlever les deux Espagnols et l’Italienne des griffes des terroristes, les dirigeants des pays d’origine des désormais ex-otages pris en octobre 2011, creusent un abîme pour boucher un trou.

Ils contribuent ainsi à revigorer les maîtres du désert qui n’hésiteront pas, confortés dans leur conviction qu’il n’y a pas de business plus rentable que la capture d’Européens, à étoffer leurs effectifs d’otages tout en faisant monter les enchères.

Ils en ont d’ailleurs encore 13 dans leur besace, suffisants pour s’en mettre plein les poches en attendant d’en prendre d’autres pour assurer la pérennité de leur trafic.

C’est cela, malheureusement, la face cachée mais hideuse des rançons, qui ont ceci d’appâtant qu’elles constituent une consistante rétribution pour un travail non fait ou un tort causé.

Et il serait naïf de s’attendre à ce que les preneurs d’otages libèrent à un certain moment, par le biais des rançons, les derniers spécimens de leur précieuse collection et décampent gentiment du Nord-Mali comme de sages enfants de chœur.

Si donc la stratégie que compte envisager les acteurs de la résolution de la crise malienne consiste à retirer les ressortissants occidentaux du territoire occupé par les islamistes avant de lancer l’assaut, ils se fourrent ingénument le doigt dans l’œil.

Où les islamistes trouveraient-ils alors les moyens nécessaires pour alimenter leur lutte s’ils se mettaient à cracher sur des aubaines aussi faciles qu’inégalables?

Le Burkina joue un jeu dangereux

La médiation de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), qui arrive toujours à être en grâce auprès des trafiquants d’otages, doit mettre le doigt sur la meilleure tactique.

Le président Blaise Compaoré et ses émissaires, au risque d’être qualifiés de complices de ces barbares avides de peau blanche, doivent mettre à profit cette confiance dont ils bénéficient de leur part pour tenter de les amener à changer de métier.

Le Burkina ne peut pas continuer à servir de pion dans ce jeu de libération d’otages moyennant rançon, qui peut se révéler à la longue très périlleux pour ses populations.

Certes, en permettant à des familles de pays occidentaux de retrouver leurs proches qui étaient dans l’antichambre de la mort, les dirigeants du pays des Hommes intègres contribuent à tisser et à entretenir de bons liens diplomatiques entre le Burkina et ces pays.

Cela peut avoir son avantage en termes d’aide au développement et, de façon globale, de relations bilatérales.

Mais le revers de la médaille peut être amer au cas où un malentendu interviendrait entre les parties prenantes aux négociations de libération de prisonniers.

Une transaction inachevée ou mal terminée en la matière peut être considérée comme une trahison par les terroristes. Cela peut arriver au cas par exemple où après avoir obtenu la libération des otages, la partie occidentale refusait de respecter son engagement de payer la rançon.

Un froid peut également s’installer entre l’intermédiaire et les deux parties négociantes au cas où, après avoir empoché le pactole, les ravisseurs refusaient de se séparer de leurs prises ou exigeaient davantage sur la mise initiale pour les relâcher.

En guise de représailles à ce qu’ils pourraient considérer éventuellement comme un affront, ils peuvent mener des actions contre le pays en charge de la conduite des opérations de libération.

Autant d’hypothèses non irréalisables qui prouvent qu’il serait hasardeux pour le médiateur de la crise malienne de vouloir polir son image ou forger une bonne image diplomatique de son pays à partir de cet immoral «commerce de Blancs.»

Le Pays
Mamoudou Kane


              

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