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Noorinfo

Témoin en Europe, me voilà dans la peau d’un migrant…


A.O.S.A
Mardi 1 Mars 2016 - 13:09


Sale temps pour les touristes du sud… A Paris c’est différent, peut-être parce que les codes vestimentaires, l’accent, l’expression, le vocabulaire, le ton, permettent d’un trait de situer le personnage. Peut-être aussi parce qu’à Paris, certainement comme à Londres, le brassage culturel permet de passer inaperçu.  Par contre en Italie et en Espagne jusqu’aux rebelles catalans, pour ne citer que ces deux exemples, c’est devenu gênant pour les touristes du Sud basanés comme nous…

 
Depuis deux ans, je n’étais pas allé ni en Italie ni en « Espagne », les guillemets étant pour nos amis catalans même s’ils en ont marre des touristes et que la plupart des petits commerçants pratiqués sont manifestement tout sauf agréables. Après Paris, ma charmante Badia, où je ne suis pas resté longtemps à cause du froid en espérant pouvoir y retourner quand il fera beau inchallah, je suis allé en Italie, à deux heures de Rome dans une « petite » ville classée patrimoine de l’humanité par l’Unesco, puis j’ai fait un petit saut à Barcelone que je n’avais pas revue depuis 2 ans.

 
Entre parenthèses : certains lecteurs amateurs de comptabilité qui ne les regarde en rien, se demandent comment un plumitif du Sud peut se permettre ce genre de balade dans le charmant triangle Paris-Rome-Barcelone. Eh ! bien qu’ils demandent à certains barons de la presse comment avec un journal vendu 200un pièce, journal publié à 500 exemplaires par semaine pour la plupart et à 2000 pour le plus illustre, comment font-ils pour rouler en 4X4 entre 9 et 18 millions sans parler du train de vie notamment les enfants à Théodore Monod ?  Hélas, j’en suis loin mais je ne désespère pas de recevoir de tels dons de mécènes amis de l’objectivité à moins de verser un jour dans le racket au prix de rétentions d’informations si ce n’est devenir le périscope d’un état étranger avec lequel j’aurais un contrat de communication parfaitement catholique selon l’expression consacrée par les lettres latines.

 
Je plaisante…

 
En vérité nos lecteurs, redoutables comptables de la vie des autres sans laquelle ils seraient certainement moins aigris moins jaloux et plus éclairés, doivent savoir qu’en Europe dès l’instant que vous avez de la famille et des amis qui ne vivent pas dans un trou, vous pouvez être logé gratuitement à condition d’être de bonne compagnie avec suffisamment de savoir-vivre pour que la charge du séjour soit légère voire appréciée de chacun sinon si vous disposez d’une carte de crédit, désormais accessible au plus grand nombre même en Mauritanie, vous pouvez loger dans un appartement charmant ou une chambre privée avec salle de bain privative à 50 euros/jour via le site de particulier à particulier Airbnb.

 
Quant à vos déplacements de ville en ville, machallah, en Europe les compagnies aériennes n’égorgent plus comme en Afrique depuis l’avènement des Ryanair et autre Vueling qui proposent, si vous vous y prenez à temps, des vols entre capitales européennes aller-retour à 60 euros. Pensez toutefois à voyager léger et non comme l’africain qui doit rentrer au pays avec des valises pleines de pacotilles, H.M, Mango, Zara et autres tissus pour le prolétaire chic sans parler des cadeaux à rapporter à toute la smala qui sait compter les dents du cheval donné et n’apprécie que peu les cadeaux symboliques comme témoignage d’une pensée par-delà les terres, les mers et autant de visas acquis au prix de sueurs froides malgré le dossier comme il faut.

 
Bien logé gratuitement ou à petit prix, loti de billets d’avion dignes d’un chef de famille responsable, il ne vous restera plus qu’à avoir sur vous quelques euros pour profiter des menus du jour tout à fait savoureux et consistants que l’on trouve dans des petits restos délicats qui font salle comble car les européens ne jettent pas l’argent par les fenêtres et savent aussi, pour certains, délier la bourse l’instant d’un menu comme il faut pour ne pas vivre en sautant telle ou telle ligne d’un déjeuner respectable.

 
Tout ça pour dire qu’un voyageur du Sud, de la classe moyenne de son état, peut très bien voyager en Europe et passer un agréable séjour sans vendre un rein. L’africain peut même faire du shopping avec les européens de la même classe sociale, qui sont légion, car tout n’est plus que pacotille bien présentée après un long voyage qui aura arraché cette collection aux mains de misérables ouvriers du Bangladesh ou du Vietnam car désormais made in China c’est du luxe qui ne choque plus le consommateur avide d’un nouveau mauvais tissu au rabais à se mettre sur la peau pour avoir l’air d’être plus frais ou aussi frais et tendance que ses congénères qui ont la chance de pouvoir être à jour malgré une mode taillée sur mesure pour cette clientèle au bon goût sévère et au capital magique capable de transformer un bourgeois du tiers-monde en modeste client sitôt franchi la frontière qui transforme la monnaie locale en euros ou en dollars.

 
Passons. Revenons au sujet du jour à savoir le sale temps pour les touristes du Sud par les temps qui courent comme autant de migrants…

 
Je disais que si à Paris, on peut encore passer inaperçu et profiter de l’anonymat pour passer un séjour tranquille, ce n’est plus vraiment le cas en Italie et en Espagne pour ne parler que des deux pays que j’ai traversés. Il y a deux ans, c’était encore tranquille, on ne subissait pas ce regard désagréable qui prend pour un candidat à l’immigration ou un potentiel terroriste, ce touriste comme il faut qui fait tourner, même modestement, leur économie en consommateur bien éduqué amateur de voyages loin de chez soi sans attirer l’attention sauf à titre admirable.

 
Aujourd’hui, l’anglais ne permet même plus de vous présenter en touriste car bien des migrants parlent anglais et si vous parlez français, ailleurs qu’en France, c’est pire car alors on vous associe directement à l’Afrique. Si en plus vous portez une petite barbe quotidiennement rafraîchie, on ne dira pas de vous que vous êtes hipster contemporain mais vous serez plutôt mis dans le bac à islamiste potentiel surtout si votre passeport indique «  république islamique » alors même entre deux capitales européennes de Schengen, la compagnie aérienne pourra d’un clic vous signaler au moment du check-in et vous serez immanquablement fouillés même si vous passez sans faire sonner le portique de sécurité.

 
Dans la rue, les magasins, les épiceries, les pâtisseries, les restaurants, à moins d’acheter la moitié de la boutique, on vous regardera d’une manière froide, voire inquiète. Ne parlons pas des regards dans les transports publics.

 
Ainsi pour la première fois de ma vie, j’ai senti que l’image que j’inspirais n’était pas tout à fait bienvenue mais que nos amis italiens et espagnols se rassurent, je comprends très bien cet état d’esprit c’est d’ailleurs le même, pour des raisons différentes, qui fait que même en Mauritanie aujourd’hui les étrangers surtout européens ne sont pas toujours vus du meilleur œil surtout quand ils sont français, anglais ou américains car la politique est partout et l’imaginaire de tous les peuples de la méditerranée, de l’Europe, de l’Afrique jusqu’au Moyen-Orient sont pénétrés violemment par l’actualité des uns et des autres : guerres occidentales chez les arabo-musulmans pour les uns et l’immigration massive ingérable pour les autres.
chezvlane


              

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