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Tanzanie : Ces universités américaines qui convoitent des terres agricoles


International
Mardi 20 Mars 2012 - 11:52

De nouveaux acteurs entrent dans l’accaparement des terres arables africaines. La rentabilité de ces placements n’en finit pas d’attirer les investisseurs.


Tanzanie : Ces universités américaines qui convoitent des terres agricoles
La Tanzanie ne déroge pas à la règle des pays africains qui louent leurs terres à des multinationales, dont le bénéfice est très incertain pour les populations locales. Sauf que dans ce cas, l’investisseur étranger est d’un nouveau genre puisqu’il s’agit d’une université américaine.

En effet, l’Université de l’Iowa, via la firme Agrisol Energy et sa filiale en Tanzanie, va investir ces prochaines années la bagatelle de 700 millions de dollars pour la location de plus de 300.000 hectares de terres et une production agricole largement destinée à l’exportation.

La Tanzanie n’est pas le seul pays concerné puisque l’Éthiopie, le jeune Soudan du Sud, ou encore le Mozambique sont également prisés par d’autres universités US, telles Harvard ou Vanderbilt. Les conditions de locations sont très avantageuses, souvent pour un bail s’étendant sur 99 ans, et dans le cas du Mozambique avec une exonération de taxes sur 25 ans.

Les universités américaines utilisent les hedges funds (fonds de recouvrement) pour placer leurs capitaux dans les terres arables africaines, où le retour sur investissement est estimé à 25%. A l’heure de la crise financière mondiale, ces placements à long terme et sûrs aiguisent les appétits et devraient se multiplier au cours de la décennie.

Le deal entre la Tanzanie et Agrisol est celui qui a fait le plus de bruit. Surtout depuis les révélations faites l’an passé par l’Oakland Institute, un centre de recherche américain indépendant. La presse tanzanienne, dont la liberté d’expression a pu être observée au dernier classement de Reporters sans frontières (34e rang mondial devant la France), s’est saisie de l’affaire. Les gros titres tout comme l’épanchement de la colère de l’opposition dans les colonnes des quotidiens ne manquent pas.

«Révolution verte ou pillage vert», titrait ainsi l’an passé l’un des quotidiens nationaux anglophones, Guardian IPP. Les accords ont en effet fait tiquer les députés tanzaniens du parti Chadema, qui mène la danse contre celui de la majorité, CCM, au pouvoir depuis l’indépendance obtenue par Julius Nyerere en 1961.

«Des terres données, des fermiers dépossédés»

Le parti Chadema montre en effet son incompréhension face à la légitimité des contrats passés en août 2010 entre Agrisol et les autorités tanzaniennes.

«Nous ne voyons aucune logique à accepter de tels contrats avec un investisseur étranger. A de tels tarifs, les terres sont données et des milliers de fermiers se retrouvent dépossédés», pointent certains députés.

Agrisol a reçu l’autorisation de louer pour 99 ans et moins d’un dollar par an et par hectare des terres où vivent actuellement, et pour un temps à présent compté, plus de 160.000 fermiers. La plupart sont arrivés du Burundi au début des années 1970 fuyant la guerre et ont obtenu la nationalité tanzanienne en 2010.

«Nous sommes contre la volonté du gouvernement de prendre les terres de pauvres fermiers sous prétexte de créer des emplois et de résoudre le problème de pénurie alimentaire», disent-ils, soulignant que la Tanzanie ne souffre pas de manques de nourriture mais plutôt d’infrastructures nécessaires à la bonne distribution dans l’ensemble du pays.

Fin décembre 2011, les déclarations de l’ambassadeur des États-Unis en Tanzanie ont de nouveau échaudé l’opposition, celui-ci vantant le renforcement de la sécurité alimentaire du pays avec un tel projet. S’il est bien écrit sur le site Internet d’Agrisol Tanzanie que la production bénéficiera à la population, il faut surtout y lire la superficie allouée : moins de 5% des 300.000 hectares…

«Hommes d’affaires à l’intégrité douteuse»

L’Oakland Institute, de la plume de son directeur Anuradha Mittal, n’a pas manqué de le souligner à nouveau dans un communiqué envoyé à l’ambassadeur fin décembre:

«Nous avons été choqués de constater qu'un membre de l'administration Obama approuve un projet qui va déplacer et détruire les moyens de subsistance de plus de 160.000 Africains pour accueillir des investisseurs, dont des politiciens et des hommes d'affaires américains et tanzaniens, à l'intégrité douteuse.»

Au-delà du soutien de l’ambassadeur américain, ils sont de plus en plus nombreux, à l’image de l’Oakland Institute, à pointer la connivence entre les autorités tanzaniennes et les investisseurs de l’Iowa. Si c’est bien au retour d’une visite aux États-Unis du Premier ministre tanzanien Mizengo Pinda que les accords ont été signés, ceux-ci concernent des terres situées dans les régions enclavées de Kigoma et de Rukwa, d’où est originaire M. Pinda, en bordure du lac Tanganyika. Ce qui pourrait expliquer, selon l’opposition tanzanienne, la rapidité avec laquelle les accords furent signés et les conditions plus qu’attractives de prêt des terres.

Arnaud Bébien
Pour slateafrique.com
Mamoudou Kane


              

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