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Tahra Mint Hembara : L’artiste-amazone


Culture
Jeudi 5 Avril 2012 - 15:31

Auteur-compositeur, Tahra Mint Hembara est aussi une virtuose de l’ardine. Cette intellectuelle de la musique mauritanienne sait également hausser le ton pour dénoncer les violations de droits humains. Elle n’a pas versé de larmes pour le départ de Maâouiya, tout comme elle est sortie dans la rue pour dénoncer la «rectification» du 6 août 2008, avant de se montrer plus conciliante avec l’actuel occupant du palais ocre.


Portrait de Tahra Mint Hembara, par Isabel (mauritania-isabel.blogspot.com)
Portrait de Tahra Mint Hembara, par Isabel (mauritania-isabel.blogspot.com)
Tahra Mint Hembara a commencé à pousser la chansonnette à l’âge de 10 ans. Malgré sa voix envoûtante remarquée très tôt, et son talent à l’ardine, la chanson n’a jamais été pour elle qu’un simple “passe-temps”. “Je nourrissais trop d’ambitions très jeune, et je ne pouvais pas me focaliser exclusivement sur un domaine, surtout que je voulais pousser mes etudes le plus loin possible” confie-t-elle. Au grand dam de sa mere qui voulait déjà la pousser dans une carrière musicale.

Ainsi, la jeune lycéenne mauritanienne décroche son bac à Nice à la fin des années 70 et poursuit ses études universitaires à la Sorbonne. Tahra se souvient de son inscription à cette prestigieuse université: “C’était un tel moment de sauts de joie que je m’en suis tordue la cheville” se rappelled-t-elle hilare. Les deux premières années sont très studieuses avant que la passion musicale ne l’emporte, et qu’elle se consacre depuis sa troisième années, à la musique “pour faire finaement plaisir à maman”.

Une vie en musique

Tahra Mint Hembara : L’artiste-amazone
Revenue ainsi à ses premières amours, l’étudiante studieuse, qui était d’ores et déjà une artiste musicienne accomplie, commence à faire des escapades musicales en France avec sa copine sénégalaise Sarah Mbodj, après avoir formé un groupe musical. Une femme qui serait mariée aujourd’hui à un Prince. Ainsi, d’autres jeunes filles «métissées» sont venues grossir les rangs de ce groupe. Les unes et les autres ont commencé à travailler et à se produire un peu partout en France sous la houlette d’un certain Jean-Philippe Bruckel. Lors de ces tournées musicales, Tahra Mint Hembara a fait la connaissance des grands noms de la musique africaine, tels que le Sénégalais Pape Mboup, ou le Malien Cheick Tidiane Seck.

Ces rencontres, et ce métissage ont cristallisé et fondé le style musical particulier de Tahra: un mélange d’azâwân , de musique maure , de jazz, rock, et même de musique mandingue . Avec sa voix modulée et son look, Tahra Mint Hembara a résolumment bousculé l’image traditionnelle de la joueuse de « ardin » dans les années 1980. Et l’«intellectuelle» de la musique mauritanienne ne s’est pas faite prier pour mettre à profit le compagnonnage de ces deux musiciens pour s’aguerrir musicalement.

En 1989, elle met sur le marché son premier album international intitulé «Yamen Yamen» (Qu’Allah exauce). De retour en Mauritanie, elle se voit confrontée à une série de difficultés, entre autres la production et la promotion comme d’ailleurs tous les artistes-compositeurs- interprètes du pays.

«Il est très dur d’entretenir une carrière artistique en Mauritanie, car le problème de la production et de la promotion est toujours posé. Les Mauritaniens n’ont toujours pas compris que la culture est un levier économique très important» deplore Mint Hembara. Ayant intégré cette donnée, elle met en place une ONG dénommée Mamiya pour la promotion des arts et de la culture. Mieux: elle devient la vice-présidente du comité d’honneur du RAPEC (Réseau Africain des Promoteurs et Entrepreneurs culturels), dont le leitmotiv est de faire de la culture l’un des «leviers majeurs du développement africain, de notre contient, en aidant ses acteurs à se structurer comme de véritables entrepreneurs et à gérer leurs talents comme d’authentiques chefs d’entreprises.

La présidence d’u comité d’honneur de cette structure est assurée par Mory Kanté, l’artiste, chanteur, auteur-compositeur guinéen du célèbre groupe de Yékè Yéké. D’autres grands noms figurent sur la liste des membres notamment Boncama Maïga, Claudy Siar, Alphadi, Jacob Desvarieux, Saïd El Meftahi… Son amour pour l’art ne se limite pas seulement au champ musical. Tahra est également une grande collectionneuse d’œuvres plastiques. Les murs de son bureau en sont entièrement couverts. Des toiles mauritaniennes mais aussi de tous les coins d’Afrique. des toiles des artistes plasticiens mauritaniens et même des Béninois.

«Tahra Mint Hembara est une grande diva de la musique. Elle est également une vraie passionnée de l’art plastique. Elle a dans sa collection personnelle les œuvres de tous les artistes plasticiens de la Mauritanie. Et je crois qu’elle n’accepte pas les toiles, parce qu’elles sont belles, mais c’est sa façon d’aider financièrement les artistes de son pays et de son continent» soutient Mokhis, un des grands noms de la peinture mauritanienne. Même son de cloche avec Abbas Ould Soulyemane : «Tahra est toujours présente dans les expositions des artistes plasticiens. Et elle ne repart jamais chez elle sans acheter au moins un tableau. Un jour elle m’a dit qu’en presence d’un tableau émouvant et beau, elle avait la chair de poule».

Une amazone engagée

Lors d'un concert à l'institut français de Mauritanie, le 8 mars dernier
Lors d'un concert à l'institut français de Mauritanie, le 8 mars dernier
Tahra Mint Hembara n’est pas qu’une artiste musicienne. Elle est également une grande militante des causes nobles, une femme de grand cœur. Elle n’aime pas qu’on évoque cette facette de sa vie, elle est gênée que la question soit évoquée. À l’annonce du retour officiel des réfugiés, Tahra n’a pas caché sa joie, avec le “retour au bercail de ses frères et soeurs”. Un retour célébré dans une chanson, devenue depuis, “un véritable hymne à l’unité nationale et au retour des victimes des évènements de 1989”.

Une chanson remarquée par le roi du Yelaa, Baba Maal, qui lui demande alors de la presenter à Podor, son village natal, lors du festival de blues du Fleuve. Évoquant le lead vocal du Daandé Lénol, Tahra Mint Hembara laisse entendre qu’ils partagent tous deux “culture et musique, ainsi qu’une certaine façon optimiste de voir l’Afrique».

Opposée à la politique de Maâouiya Ould Sid’Ahmed Taya, elle ne voudra jamais chanter pour les dignitaires de ce régime. Ce qui lui vaudra un black-out total de la part des medias publics de l’époque. “Des choses inadmissibles ont été commises sous ce régime” murmure-t-elle. “On ne pouvait pas taire ce genre d’horreurs” continue-t-elle.

Un sens de l’engagement qui lui a valu des admirateurs tels que Kaaw Touré, member historique des FLAM qui écrit sur sa page facebook ces mots : «Ce sont quatre amis Beydanes que j’ai connus pendant les années de braise, qui m’ont convaincu par leur engagement et leur courage que tous les Maures ne partageaient pas forcément l’orientation ethno-faciste du régime de Nouakchott et je tiens à rendre un hommage mérité à ces compagnons de lutte en Mauritanie. Je pense exactement à Feu Habib Ould Mahfoudh, feu Mohamed Ould Dogui, Jemal Abdel Nasser Ould Ethmane El Yessa et l’amazone, l’artiste Tahra Hembara».

Un engagement, et une force de contestation qu’elle garde chevillée au corps, comme en 2008 pour dénoncer la “rectification” de Mohamed Ould Abdel Aziz, qui confisque le pouvoir du premier president mauritanien démocratiquement élu, Sidi Ould Cheikh Abdallahi.

Aujourd’hui, ralliée politiquement au parti El Wiam De Bodiel, la chanteuse semble avoir changé d’avis, adouci son intransigeance envers Aziz. Mieux, elle demande aux mauritaniens d’accorder du temps à Mohamed Ould Abdel Aziz et de lui faire confiance. Pour Tahra Mint Hembara, il est inutile d’accélérer le rythme emprunté par le Chef de l’Etat.

“Il a été élu pour cinq ans. Maintenant, donnons-lui le temps d’appliquer son programme et de le réaliser. S’il n’en fait rien, les mauritaniens pourront légitimement le sanctionner aux prochaines élections présidentielles” développe-t-elle.
Puis, d’ajouter de manière catégorique: “Nous avons un pays très fragile. La Mauritanie n’a pas besoin de s’embraser ou de vivre ce qui s’est passé dans le Monde Arabe, où dans la plupart de ces pays règne un chaos indicible. Il faut vraiment préserver la stabilité du pays”.

El Madios Ben Chérif

Mamoudou Kane


              


1.Posté par lmezeywen le 08/04/2012 00:53
Merci pour la virtuose qui est incontestablement pour nous autres melomanes qui avons la prétention de connaitre la musique Maure la spécialiste par excellence .Elle a une parfaite maitrise de son art et dans sa traditionalité elle est moderne Tahra mint Hembara est unique et c est dommage que le niveau culturel de cette Diva ne lui a pas fait que des amis dans une société Maure encore féodale.Merci pour votre bel article.

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