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Taghi Ould Cheikhna, expert-comptable : "La bourse de Nouakchott a pour objectif de financer la croissance à travers l’échange sur des capitaux à long terme"


Economie
Lundi 20 Janvier 2014 - 15:32

La Mauritanie envisage la mise en place d’une bourse des valeurs mobilières. L’annonce a été faite début janvier par le Gouverneur de la Banque Centrale. Selon Sidi Ahmed Ould Raess "l'émergence d'une telle bourse de valeurs mobilières est cohérente avec la dynamique économique que connait le pays depuis les dernières années au cours desquelles le taux de croissance a atteint 6,9% en 2013 et a dépassé en moyenne 5%".


Taghi Ould Cheikhna, expert-comptable : "La bourse de Nouakchott a pour objectif de financer la croissance à travers l’échange sur des capitaux à long terme"
La Mauritanie pourrait dans ce cas être le premier pays de la sous-région à se doter d’une bourse. Sur l’opportunité d’une telle ouverture vers des investissements divers nous avons sollicité l’avis d’un  expert. M. Taghi Ould Cheikhna est Expert -Comptable et Financier. Cadre à l’Autorité de Régulation, il prépare un doctorat d’Etat en science de gestion à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar sur le thème : Les usages de la consommation en téléphonie et leurs  impacts sur les perspectives de développement des TICs en Mauritanie. Il explique dans cette interview les mécanismes, fonctionnements et enjeux d’une bourse des valeurs mobilières.
 
 
Qu’est-ce qu’une bourse de valeurs mobilières ?
 
La bourse des valeurs est le lieu de rencontre de l’offre et de la demande sur les valeurs mobilières de placement comme les actions, les   obligations, les devises qui s’ s'échangent entre banques et les matières premières dans les bourses de commerce. Les valeurs mobilières de placement sont négociables et fongibles, ce qui les rend aptes à être cotées sur les bourses (dites de valeurs mobilières), même si toutes ne le sont pas, une procédure d'admission appelée «introduction en bourse» étant nécessaire en ce cas.
 
En quoi consistent les valeurs de placement mobile ?
 
Les valeurs mobilières de placement constituent une partie de la trésorerie. Elles peuvent être des placements financiers qui permettent l'utilisation de l'excédent de trésorerie d'un établissement sur le court terme et s'opposent en cela aux titres de participation qui sont eux généralement des investissements destinés à s'assurer d'une prise partielle ou totale de contrôle d'autres entreprises dans le cadre d'un projet industriel.
Dans la pratique, alors que les titres de participation sont généralement des actions, les titres de placement sont plutôt constitués de valeurs monétaires ou obligataires, souvent sous forme d'OPCVM (organismes de placement collectif en valeurs  mobilières).

Comment fonctionne la bourse de valeurs ?
 
Le fonctionnement d’une bourse de valeurs mobilières s’articule autour de trois phases : l’Inscription des sociétés, l’achat des titres, la gestion du portefeuille.
 
Dans la phase d’inscription des sociétés, l’admission à la Bourse est l’ultime maillon de la chaine de financement pour les entreprises. Elle constitue une décision stratégique à long terme nécessitant une bonne préparation. En premier lieu, investir en Bourse ne peut se faire en direct par un particulier. Cela nécessite d'avoir recours à un professionnel : une Société de Gestion et d’Intermédiation (SGI), seule habilitée à négocier en bourse.
La réalisation d'une opération, qu'elle soit d'achat ou de vente, s'effectue donc par la passation d'un ordre de Bourse à la SGI choisie.
 
L’inscription d’une société à la cote d’une bourse est subordonnée à la satisfaction de certaines conditions : être constituée sous forme de SA, présenter un engagement écrit de l’émetteur de diffuser les informations requises par la bourse, notamment la publication des comptes annuels au Bulletin Officiel de la Cote (BOC) et de participer à l’organisation du marché et l’engagement écrit de l’émetteur de se soumettre à la réglementation de la bourse.
 
Pour demander son inscription à la cote, la société candidate doit mandater une SGI. Une fois le dossier de demande complet reçu, la bourse décide de l’admission de la Société et transmet une copie du dossier à l’organe crée pour la supervision et la régulation du secteur financier pour avis requis (dans la plupart des cas, il s’agit d’un conseil de l’épargne publique et du marché financier).
 
Concernant la phase achat des titres, il s’agit de déterminer toute personne physique ou morale souhaitant effectuer un placement et capable d’acheter des titres de capital (action) ou de créance (obligation). Cette personne morale ou physique deviendra alors actionnaire ou obligataire de l’émetteur du titre concerné. Par conséquent, elle devient actionnaire de l’entreprise et bénéficie de multiples avantages comme la perception d’une partie des bénéfices réalisés par l’entreprise, appelés dividendes et ce en fonction du nombre d’actions qu’il détient ; il bénéficiera des plus-values issues de l’augmentation des cours des actions de l’entreprise, sauvegardera la liquidité de son placement, car il pourra céder à tout moment ses actions sur le marché. Et comme obligataire, le souscripteur bénéficiera de divers avantages tels que les intérêts que procure l’obligation et qui sont versés à des échéances fixées lors de l'émission, le remboursement de la valeur nominale de l'obligation, la sauvegarde de la liquidité de son placement. Il pourra céder à tout moment ses obligations sur le marché.
 
Comment cela peut se réaliser en toute transparence avec une multitude de banques qui viennent de naitre à Nouakchott ?
 
La Bourse est un marché réglementé. Pour éviter que certains actionnaires, en particulier les dirigeants, ne profitent d'informations privilégiées, les entreprises doivent rendre public tout ce qui permet de comprendre leur activité. 
 
Pour permettre à leurs clients d'investir en Bourse, les banques peuvent créer des organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM): les sociétés  d’investissement à capital variable (SICAV) et les fonds communs de placement (FCP). Chaque Sicav ou FCP peut regrouper l'épargne de plusieurs milliers de personnes, confiée à un gérant professionnel. 
 
Quel rôle économique pour la bourse des valeurs mobilières de placement ?
 
La bourse a pour objectif de financer la croissance à travers l’échange sur des capitaux à long terme. Et ce, à travers une augmentation du capital, en créant de nouvelles actions vendues aux investisseurs, ce qui procure de l’argent à l’entreprise pour investir. Pour mieux comprendre le mécanisme de fonctionnement de la bourse,  il importe donc de bien distinguer ses deux compartiments. Le marché des émissions de titres, appelé marché primaire, qui assure la rencontre des demandes de fonds et des offres de ceux qui souhaitent investir en Bourse leurs ressources. Le marché primaire contribue au financement de l’économie. En revanche, le marché secondaire concerne l’échange de titres déjà émis. C’est sur ce marché que varient les cours des valeurs mobilières. Ces marchés sont indissociables car l’épargnant qui investit en acquérant de nouveaux titres doit avoir la possibilité de s’en défaire à des conditions satisfaisantes. De même, le cours des nouvelles émissions ne peut guère s’écarter du niveau des cours du marché secondaire.  Dès l’introduction d’une entreprise en bourse,  il lui sera interdit d’effectuer des transactions dans le marché de gré à gré.
 
La Tribune : Comment le marché primaire finance l’économie et   par quel mécanisme ?
 
Taghi Ould Cheikhna : Dans une économie, les ménages dégagent traditionnellement une épargne supérieure à leurs investissements, tandis que les entreprises sont généralement dans une situation inverse. Globalement, il existe deux circuits pour assurer la transformation de l’épargne  en financement pour les entreprises. un circuit direct, à travers le marché financier primaire, dans lequel les agents prêteurs se portent acquéreurs des nouveaux titres créés par les agents en déficit de financement, et un circuit indirect dans lequel les banques s’interposent entre prêteurs et emprunteurs pour pratiquer des crédits à moyen ou à long terme à partir des dépôts reçus (on parle dans ce dernier cas d’intermédiation bancaire). La Bourse ne concerne toutefois que les entreprises cotées.
 
Quand doit-on acheter des titres ?
 
L’achat de titres peut se faire soit lors d’appels publics à l’épargne (APE), soit lors d’offres publiques de vente (OPV), durant la période de souscription qui s’étend du jour d’ouverture au jour de clôture des souscriptions. La période de souscription à une durée variable et elle peut être prorogée, ou clôturée par anticipation, à la demande de l’émetteur.
 
Comment s’effectue l’achat des titres ?
 
Il se fait en deux étapes : La première étape consiste à ouvrir un compte-titres auprès d’un intermédiaire financier ou Société de Gestion et d’Intermédiation (SGI). La seconde étape, à savoir la souscription, consiste à passer un ordre d’achat des titres objets de l’opération.
 
Les souscriptions sont ensuite centralisées à la bourse qui assure, à la date prévue, dans le calendrier de l’opération, l’allocation des titres et la génération des transactions.
 
La livraison des titres et le règlement des espèces s’effectuent dans les 3 jours de bourse qui suivent la première cotation des titres.

A présent comment faut-il apprécier ce projet de Bourse de valeurs mobilières de Nouakchott à côté de la création de la Zone franche de Nouadhibou ? Quel lien ?
 
Une zone franche est une zone géographique bénéficiant d'avantages fiscaux, douaniers et de change. Les règlementations sociales, environnementales et de l'emploi y sont favorables à certains types de projets économiques. Les entreprises qui s'y installent bénéficient d'un régime de faveur par rapport à celles qui travaillent dans l'environnement fiscal et règlementaire normal.

Oui mais, dans quel but essentiellement cette zone franche est-elle créée en Mauritanie?
 
La Zone Franche de Nouadhibou a été mise pour être un pôle  d’attraction d’investissements  engendrant le développement du secteur privé. Cela suppose de développer une infrastructure de base dans la zone de Nouadhibou, de créer de l’emploi et favoriser l’amélioration de la compétitivité des    travailleurs nationaux, de faire de Nouadhibou un pôle de compétitivité et une plateforme régionale de classe internationale. Tout ceci permet de booster le développement économique et social de la Mauritanie dans son ensemble.
 
Quels sont les apports en termes de fiscalité pour le pays et par rapport à la bourse des valeurs mobilières?  
 
Les avantages fiscaux, douaniers et de change dont bénéficient les entreprises agréées dans la zone franche  de Nouadhibou, notamment les opérations en capital en cas de cession ou de liquidation investissements, les distributions de bénéfices ou de dividendes, les remboursements des prêts et intérêts bancaires et les paiements dus en application de contrats de transfert de technologie, d'assistance technique ou pour l'achat de biens et de services à l'étranger peuvent améliorer leurs compétitivité et les inciter à recourir  à la bourse de valeurs mobilières  en qualité de bailleur ou  d’emprunteur.

Dans tous les cas ,la majeure partie  des entreprises qui opèrent dans la zone franche de Nouadhibou sont déjà  cotées dans des places financières dans le monde et  connaissent  les avantages du marché boursier ce qui pourrait les amener à prendre la primauté  dans un nouveau marché de valeurs mobilières  en Mauritanie moyennant une bonne appréciation du risque.
 
Propos recueillis par KD
Source : La Tribune N°665
Mamoudou Kane


              

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