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Syrie : Les profiteurs de la guerre


Lu sur le web
Samedi 22 Février 2014 - 15:30

La guerre, qui déchire la Syrie depuis trois ans, a causé la mort de 140 000 personnes et des pertes économiques évaluées à 100 milliards de dollars. Mais cette guerre a aussi considérablement enrichi des proches du régime qui ont tout intérêt à ce qu'elle se poursuive.


Dessin de Riber. Dessin de Riber.
Dessin de Riber. Dessin de Riber.
En trois ans de conflit, la Syrie a subi des dégâts qui, sans être irrémédiables, seront extrêmement difficiles à réparer. A tous les niveaux, les pertes sont importantes : humaines (plus de 140 000 morts, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, l'Osdh), matérielles (infrastructures, agriculture, etc.), mais surtout économiques.

D'après Jean Yazigi, rédacteur en chef de The Syria Report, lors d'une conférence à l'Institut français du Proche-Orient (Ifpo) de Beyrouth, les données disponibles sont minimes, mais une estimation reste possible. Ainsi, en juin 2013, le coût de la guerre aurait été de plus de 100 milliards de dollars, soit 170 % du PIB. Certains experts estiment que même si la croissance économique syrienne devait être de 5 % au moins chaque année, il lui faudrait plus de trente ans pour se remettre de la guerre.
Outre les conséquences logiques du conflit militaire, sans oublier celles des déplacements et de l'émigration de millions de Syriens vers les pays limitrophes, et donc de leurs capitaux, les sanctions internationales adoptées dès 2011 – la première année de la guerre – ont largement contribué à paralyser notamment les secteurs bancaire et pétrolier. (A titre de rappel, la Syrie exportait avant la guerre près de 92 % de son pétrole vers l'Union européenne.)

Le secteur énergétique est d'autant plus atteint que de nombreux sites pétrolifères se sont retrouvés aux mains de l'opposition, sans oublier la fragmentation géographique du pays en zones loyalistes et rebelles et qui rend les déplacements et les transports extrêmement difficiles. Ainsi, si la production pétrolière d'avant guerre était de 400 000 barils par jour, elle n'est aujourd'hui que d'à peine 15 000, d'après les chiffres avancés par M. Yazigi.

Crédits iraniens et économie parallèle

Entre les pénuries de denrées principales et de l'eau, le chômage à plus de 40 %, la dévaluation de la livre syrienne (le dollar est passé de 47 à 150 livres syriennes) et l'insécurité générale, l'économie syrienne continue néanmoins de résister. Cette apparente solidité, estime M. Yazigi, tient à plusieurs facteurs. 

La baisse de demande implique automatiquement une baisse de la consommation ; c'est le cas du carburant, par exemple, les déplacements à travers le pays étant beaucoup moins nombreux. De plus, le gouvernement dépend d'organisations internationales, ainsi que de ses alliés. Ainsi, l'Iran lui aurait fait crédit de plusieurs milliards de dollars afin de pouvoir importer du pétrole. Mais, surtout, affirme l'expert sur la Syrie, une sorte d'économie "parallèle" est née du conflit et au sein de laquelle de nombreux réseaux de trafics en tout genre se sont développés.

Dans les zones contrôlées par le régime, les sanctions internationales ont forcé le gouvernement à rechercher de nouveaux intermédiaires pour divers investissements. D'après M. Yazigi, les premiers à profiter des divers trafics sont justement des proches du régime, comme par exemple Rami Makhlouf, le cousin du président Bachar El-Assad, et Ayman Jaber. 

Seigneurs de guerre, racket et contrebande

Ils seraient les premiers à profiter des bénéfices générés par le commerce secret de denrées alimentaires et d'essence, probablement grâce à des sociétés écrans. Certains de ces seigneurs de guerre proches du régime se sont même tellement enrichis qu'ils ont réussi à s'acheter des sièges au gouvernement, dénonce M. Yazigi.

Egalement, selon le conférencier, de nouveaux besoins ont émergé du conflit, créant de nouvelles demandes qui n'avaient pas réellement lieu d'être avant la guerre. Il y a ainsi une demande croissante de générateurs ou encore de services de sécurité.
Un autre exemple flagrant serait celui des chabbiha [les miliciens du régime] et autres milices loyalistes qui, faute d'être payés par le gouvernement sont, en échange, libres de s'enrichir selon les modalités de leur choix. Le racket, les rapts – et donc les demandes de rançons – sont des pratiques très courantes parmi ces milices, mais également au sein même des forces rebelles, au point que certaines, comme Daech (ou Eill : Etat islamique en Irak et au Levant), qui se sont par exemple emparés de nombreux check points, champs pétrolifères et moulins à blé, ont été accusées de chercher à s'enrichir plutôt que de combattre le régime.

Par conséquent, selon Jean Yazigi, nombreux sont ceux qui auraient finalement intérêt à ce que le conflit perdure, l'enrichissement personnel dans ce contexte de violence étant beaucoup plus rapide qu'en temps de paix.

Samia Medawar
Pour L'orient le jour
Mamoudou Kane


              

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