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Noorinfo

Sur la route du Hodh


Vu de Mauritanie par MFO
Samedi 8 Septembre 2012 - 17:30


Sur la route du Hodh
Ce n’était pas un voyage d’agrément, mais une mission que m’avait confiée Sy Mamadou président de notre regroupement, le RPM. Un séminaire organisé par la Commission nationale des Droits de l’Homme en association avec le RPM. A dire vrai, je n’avais pas idée de ce que ce devait être parce que personne ne m’avais réellement édifié. Je savais tout simplement que nous étions quatre du RPM à devoir faire le déplacement. Deux d’entre nous, Mohamed Mahmoud Ould Ebilmaaly (ANI) et moi-même devions faire les modérateurs, tandis que Haiba Ould Chaikh Sidati (alakhbar.info) et Isselmou Ould Moustapha (Tahalil) devaient faire des présentations. Ould Ebilmaaly ne viendra pas.

Je prends la voiture à 5 heures du matin en compagnie d’un conseiller de la Commission et de deux journalistes de TVM, heureusement qu’elle ne pouvait prendre plus de passagers. Le voyage, commencé avec beaucoup d’enthousiasme, sera fatigant.
Plus on s’approche de Boutilimitt, plus on sent l’hivernage. Mais il faut descendre sur l’Aftout, juste après Boutilimitt, pour voir s’étaler le beau tapis vert. De quoi «se laver les yeux» de toutes les poubelles de Nouakchott… Kendelek, cette grande mare qui est devenue l’attraction des riverains et des touristes en mal d’espace, est remplie d’eau. Elle déborde sur la route goudronnée. A droite un marché de bétail improvisé depuis quelques années. A gauche, la mare et ses touristes insouciants. On imagine, à notre passage, le plaisir que l’on peut avoir à paresser sous l’ombre des acacias au bord des eaux stagnantes en attendant un méchoui savamment préparé.

Notre halte, ce sera à Bir el Barka, une sorte d’aire de repos où le service est de qualité et où la convivialité des habitants relève du sens de l’hospitalité traditionnelle. Mon ami Abdallahi est là après une longue «sortie» (kharja) avec les Du’aat, ces prédicateurs venus des confins asiatiques pour «prêcher la bonne parole et rappeler la mission de l’homme sur terre qui est celle de la dévotion». C’est comme ça que Abdallahi explique quand on lui reproche de «perdre son temps» à prêcher en milieu maraboutique largement islamisé. «Quand je les (les Pakistanais, ndlr) ai vus venir au village, j’ai eu les larmes aux yeux. Tu sais ils viennent de loin pour nous nous rappeler notre misère et nos faiblesses. Quand ils sont partis, j’ai beaucoup hésité avant de me résoudre, malheureusement pour moi, à rester ici…»

Nous quittons Bir el Barka et décidons de ne s’arrêter qu’à Kiffa. Mais le temps en a voulu autrement. A la sortie d’Ashram, un vent se lève. La pluie n’est pas loin. Il faut passer Essiyassa avant les torrents d’eau que la montagne d’Akraraay déverse sur la plaine de cet Aftout. Nous y arrivons même si la pluie commence à tomber avant d’entrer dans la bourgade de Essiyassa.

On m’a raconté un jour, que ce nom d’Essiyassa qui veut dire littéralement «la politique», lui a été donnée par un militant qui avait décidé de tenir tête à l’autorité traditionnelle de l’Emir du Tagant. Cet homme s’était retiré dans ce coin perdu et avait commencé à couper des arbres pour d’une part déblayer un espace habitable, et d’autre part créer une sorte de barrage en amassant les arbres coupés sur le chemin de l’eau. Et quand on lui demandait ce qu’il faisait, il répondait inlassablement «hadhi Essiyassa» (ça, c’est la politique). Quelques années pour avoir effectivement un barrage et un village sur les lieux. Le village s’appellera donc Essiyassa, un peu en hommage à ce combat. Vrais ou fausse, cette histoire est un peu le mythe fondateur de ce village, aujourd’hui commune.

Une bonne pluie qui nous retarde mais qui nous fait passer le temps. Quand on passe Essiyassa, il faut faire vite pour passer El Ghayra, la passe de Diouk, celle de Kamour, toutes pourraient être barrées à cause de l’eau. C’est ainsi que nous arrivons à Kiffa sans s’en rendre vraiment compte. Tout est mouillé. On va dans un restaurant. Tout y est vieux, les matelas et le mobilier n’ont pas été changés depuis le premier investissement. Mais la sympathie des gens vous fait oublier le reste. Nous pouvons repartir une heure après.


Quand nous quittons Kiffa, nous sommes rejoints par une deuxième voiture de la mission. Nous sortons sans problème de la capitale de l’Assaba. La route goudronnée s’arrête à moins de 40 kilomètres de la ville. En trois ans, l’ATTM, cette filiale de la SNIM qui a eu le marché de la route Kiffa-Tintane (140 km), n’a pas dépassé 40 km !!! sur une route stratégique parce qu’elle alimente les régions les plus peuplées de Mauritanie, en plus du Mali et de toutes les activités commerciales qu’elle permet. Plusieurs fois, la question du retard de cette route a été posée au ministre de l’équipement qui répondait invariablement que «dans quelques mois, elle sera réalisée». Trois ans depuis que le Premier ministre en a lancé les travaux. Trois ans que les promesses durent.
 
On m’explique que jusqu’à récemment (il y a quelques mois), les engins et outils mobilisés «sur» la route étaient loués à des particuliers. Que cela aurait coûté entre 50 et 70 millions par mois à la société. Calculez et vous trouverez peut-être la raison de la nonchalance des responsables à terminer ce chantier qui rapporte tant qu’il existe.
On me dit aussi que ATTM avait eu tellement de marchés qu’elle ne pouvait les honorer à temps tous. Elle a donc établi un ordre de priorité où la route Kiffa-Tintane arrivait en queue.
 
Autre explication qu’on entend : le directeur de ATTM nommé au lendemain du départ de Yahya Ould Hademine (devenu ministre de l’équipement et du transport), a bouleversé la structure en changeant les responsables techniques ayant fait leurs preuves par le passé et les a fait remplacer par des novices qui n’ont pas pu «boucher» le trou. Il s’en est suivi un désordre et une désorganisation dans les méthodes et dans la gestion des hommes.
 
Quoi qu’il en soit aucun prétexte ne peut être trouvé à ce retard, aucun justificatif. De la mauvaise planification sinon l’incapacité de la société à remplir son contrat. Auquel cas il fallait le lui prendre et chercher nouveau preneur.
Il y a espoir aujourd’hui. En effet l’on remarque du matériel nouveau sur la route : camions, engins, outils… sont regroupés à des points de la route. Tout indique que les travaux recommencent avec plus de volontarisme. En attendant il faut compter quatre heures pour faire les 140 kilomètres de route entre Kiffa et Tintane.
 
Tintane est toujours sous l’eau. La nouvelle ville est en construction mais attire peu les populations qui continuent à résister à la tentation d’abandonner la dépression pour la dune (seyf) où a été construite la nouvelle ville. Le goudron qui devait relier l’entrée ouest à la sortie est est toujours une promesse. Mais l’électricité est là traversant les lotissements. Un marché en construction, une station d’essence aussi, quelques belles maisons… pas assez pour faire une nouvelle ville.
 
Aïoun, la capitale du Hodh el Gharby, a perdu de son éclat. Il fut un temps où elle était la ville la plus propre du pays. Partout il y a la poubelle. La ville la plus sûre du pays. Une bande terrorise actuellement les habitants. Son chef sera arrêté ce jour heureusement, mais la psychose est là. Mais les gens sont heureux : l’hivernage est un don de Dieu. Et quel don !!!
Ceux de Kobenni se plaignent des délestages continus. Ils disent que la ville frontière devait refléter une image positive de la Mauritanie. Quelques projets y voient le jour cependant. Des privés y investissent. Mais l’économie du tourisme reste la plus porteuse pour toute la région.


Dès qu’on remonte de Fam Lekhdheyrat (70 km à l’est de Kiffa), on entre administrativement et géographiquement dans un espace unique, celui du Hodh. Là où alternent pierre et sable de toutes les couleurs, s’entrelaçant parfois dans un mouvement éternellement tourné vers les cieux, comme pour dire qu’il n’y a de salut que de ce côté…
 
Entre le plateau de l’Affolé (evolle), les plaines et les bat’has s’offre au regard du voyageur un paysage qui interpelle tous les sens. Voir les contrastes entre le noir éclatant de la pierre, le sable brun ou carrément blanc ou rouge, le vert en cette saison d’hivernage pluvieux… Au loin, les troupeaux de moutons blancs descendre lentement des hauteurs, comme suspendus au ciel d’un bleu unique et indescriptible… regarder, humer, sentir… un moment d’euphorie qui peut vous rappeler des moments exquis qui ont inspiré tant de poètes de cette terre, muse éternelle.
 
On peut remonter de Tintane vers le Nord, en allant dans la direction de Tamchekett, marquer un temps d’arrêt dans la bat’hé de Benmoura, remonter vers El Menvga’ (renommé par le Préisdent Ould Taya «Rradhi»), pour moi, sans doute le plus beau paysage du pays. Redescendre sur la route d’Aïoun par le nord, passer à Toumboba-El Makhrougaat-Guelb Inimish, aller dans le cirque de Oum Kreyye, paresser à l’ombre des palmiers, se laisser bercer par l’écoulement des eaux de l’Iriji de Oum Kreye, continuer la descente vers le sud, passer par Boyshish, s’attarder le temps qu’il faut à Jawv Terenni, prendre le thé aux abords de la tamourt de Gounguel, aller à Kobenni puis à Gogui pour voir où finit le pays Mauritanie, reprendre la route du nord en bifurquant de Talli et en faisant la jonction par Oum Lekhcheb vers la route de l’Espoir, remonter des confins nord de la savane vers le centre du Sahel, séparé de peu du désert de l’Awkar…
 
J’ai toujours soutenu que le tourisme intérieur était plus porteur que celui des étrangers. Quand on sait que les Mauritaniens ne sont pas regardants sur leurs dépenses quand ils vont en vacances et qu’ils ne sont pas non plus exigeants, on est en droit de croire qu’il y a d’énormes opportunités qui ne sont pas encore saisies.
 
Que demande le Mauritanien ? En général la sécurité et le service. Il doit sentir que là où il est, il est en sécurité pour lui et pour ses biens. Pour ce faire les promoteurs du tourisme doivent faire attention à la moralité de leurs employés. Le Mauritanien adore aussi se sentir servi, que des gens sont à son service, une attitude «médiévale» qui est restée enfouie en chacun de nous… Si vous lui assurez ces deux conditions vous pouvez les facturer selon votre bon plaisir.
 
Il y a eu de belles expériences par le passé de promoteurs privés qui ont plus ou moins réussi à asseoir une économie touristique. Aujourd’hui vous pouvez aller à Aïoun ou à Kobenni sans avoir le souci de l’hébergement parce qu’il y a des hôtels, des auberges qui vous proposent des services convenables. Et c’est tant mieux.

Mohamed Fall Oumere

oumeir.blogspot.com


              

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