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Stéphane Hessel, l'auteur d'«Indignez-vous», est décédé


Lu sur le web
Mercredi 27 Février 2013 - 10:35

Son best-seller Indignez-vous a fait le tour du monde et a contribué à raviver la flamme de la révolte. Stéphane Hessel s’est éteint à l’âge de 95 ans. Ancien résistant, déporté, diplomate, écrivain, poète, militant, Stéphane Hessel a toujours obéi à une même constante : l’engagement dans le but d’apporter sa pierre à l’édifice d’un monde plus solidaire.


Styéphane Hessel
Styéphane Hessel
Sa haute taille, malgré le dos voûté par le poids des ans, lui conférait une allure distinguée. Son visage strié de rides d’où se dégageait une sérénité, ne se départissait pas d’un sourire discret. Mais c’est sans conteste le regard qui attirait l’attention. Un regard où se mêlaient souffrance, douceur et bonté. Cet homme a vu et subi les horreurs infligées par les nazis, ayant été déporté dans des camps. Mais en dépit de cela, il restait sensible à la souffrance d’autrui, comme le prouve son engagement pour différentes causes, des sans-papiers aux Palestiniens. Cet homme, Stéphane Hessel, qui voyait la mort comme « un grand projet » est décédé à l’âge de 95 ans.

Stéphane Hessel vient au monde à Berlin, le 20 octobre 1917, d’un père essayiste et traducteur d’allemand, Franz Hessel d’origine juive, mais baptisé dans la religion luthérienne. Helen Grund, sa mère est la fille d’un banquier d’origine silésienne. Rédactrice de mode, elle sera aussi correspondante pour le Frankfurter Zeitung. La famille Hessel s’installe en France en 1925. Stéphane avait alors 8 ans, et découvre Paris en 1929.

La décision de quitter l’Allemagne a été initiée par sa mère, et motivée par le désir de rejoindre Henri-Pierre Roché, un écrivain dont elle était l’amante. Le mari accepte cet état de fait, et le couple deviendra « trio », formant ainsi un ménage anticonformiste, ce qui ne semble pas perturber le jeune Stéphane. (Cette histoire sera d’ailleurs portée à l’écran par le cinéaste François Truffaut dans Jules et Jim. Le scénario se base sur le roman éponyme d’Henri-Pierre Roché). Mais l’année 1930 sonnera le glas de ce « ménage à trois ». Franz Hessel choisit le retour à la mère-patrie, alors que Helen Grund reste à Paris, avec Stéphane. Ulrich Hessel, l'aîné, rejoint son père l'année suivante.

Le parcours scolaire de Stéphane Hessel est couronné de succès. Il s’inscrit au lycée Louis-Le-Grand, en hypokhâgne, et décroche le baccalauréat à 15 ans. En 1937, il devient citoyen français.

Des sentiers de la résistance à la sphère diplomatique

Mobilisé en 1939, Stéphane Hessel rejoint Londres puis le général de Gaulle, en 1941. Trois années plus tard, au cours d’une mission et suite à une dénonciation, il est fait prisonnier et torturé. Déporté de camp en camp, de Buchenwald à Bergen-Belsen, il parvient à s’évader en sautant d’un train en marche pour rejoindre les lignes américaines de Hanovre. Le 8 mai 1945, il est de retour à Paris.

Au cours de la même année, après avoir réussi le concours du Quai d’Orsay, Stéphane Hessel entame une carrière dans la diplomatie. De 1946 à 1950, il occupe le poste de directeur administratif au secrétariat général des Nations unies à New York. Nommé secrétaire de la Commission des droits de l’homme de l’ONU en 1948, il participe à ce titre aux travaux de la Commission à l’élaboration de la Déclaration des droits de l’homme.

De 1951 à 1985, il occupera différents postes dont : représentant de la France aux institutions internationales sur les droits de l’homme et les questions sociales, diplomate à l’ambassade d’Alger et de Saigon. En 1977, il est choisi par le président Valéry Giscard d’Estaing pour être ambassadeur de la France auprès de l’ONU à Genève. Sous la présidence de François Mitterrand, il deviendra membre de la Haute autorité de la communication audiovisuelle, et représentera la France à la Conférence mondiale de Vienne pour les droits de l’homme en 1993.

Un homme de plume et d’engagement

Auteur de nombreux ouvrages, c’est pourtant un manifeste d’une trentaine de pages Indignez-vous publié en octobre 2010 (Indigènes éditions) écrit à 93 ans qui vaut à Stéphane Hessel un succès planétaire. Cet opuscule s’est vendu à quatre millions d'exemplaires dans le monde. Le livre dénonce les écarts de richesse, la dictature des marchés, l’absence d’humanité notamment à propos de la situation des Roms, des sans-papiers, et aussi sur le conflit israélo-palestinien qu’il considère comme son principal sujet d’engagement.

Mais le livre rencontre des détracteurs qui, à leur tour, s’indignent : « C’est la première fois dans l’histoire qu’un document écrit contient aussi peu d’idées, et rencontre autant de succès », fulmine l’avocat William Goldnadel. Le philosophe Alain Finkielkrault n’est pas en reste. Il reproche au livre d’avoir « un seul objet d’indignation : la politique israélienne ».

« Ne pas laisser s'accumuler trop de haine »

L’image de Stéphane Hessel est indissociable de son engagement. Il est le médiateur dans l’affaire des sans-papiers réfugiés dans l’église Saint-Bernard à Paris, en 1996. «Immigré moi-même, le sort des travailleurs immigrés ne pouvait que m’intéresser », explique-t-il dans ses mémoires Danse avec le siècle. Militant de la cause interculturelle, il crée en 2006, l’Association de formation des travailleurs africains et malgaches. Quelques années plus tard, il s’engage pour la défense des Palestiniens dont il dénonce les conditions de vie. Le 5 janvier 2009, il qualifie les frappes israéliennes sur la bande de Gaza de « véritable crime contre l’humanité », et signe un appel contre les frappes israéliennes au Liban. Il sera membre puis président d’honneur du tribunal Russel pour la Palestine dont l’objectif est de « réaffirmer la primauté du droit international comme base du règlement du conflit israélo-palestinien ». A la suite de l’attaque de la flottille d’aide à Gaza, le 15 juin 2010, il appelle au boycott des produits israéliens, s'attirant les foudres du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF).

Malgré l'hostilité d'une partie de la communauté juive, Stéphane Hessel ne varie pas dans son combat. En diplomate et humaniste, il prône le dialogue : « Je suis convaincu que l’avenir appartient à la non-violence, à la conciliation des cultures différentes. Il faut arriver à une négociation pour faire disparaître l’oppression ; c’est ce qui permettra de ne plus avoir de violence terroriste. C’est pourquoi il ne faut pas laisser s’accumuler trop de haine », avait-il écrit dans son livre Indignez-vous. Plus récemment encore, il soutient le combat d’Aung San Suu Kyi en Birmanie.

Stéphane Hessel n’aura pas vécu la résolution de la question palestinienne qui lui tenait tant à cœur. Mais au regard de son parcours de vie, il quitte ce monde sans regrets. Par ses écrits, il aura contribué à secouer les consciences. Son ouvrage Indignez-vous, n’est-il pas brandi lors des mouvements éponymes qui ont essaimé sur tous les continents ? Des mouvements de contestation qui disent non à un ordre établi. « Indignez-vous et engagez-vous », lançait-il, car seule l’action marque l’Histoire. Sans aucun doute, Stéphane Hessel l’aura marquée.

Zoulikha Capitaine
Pour RFI
Mamoudou Kane


              

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