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Soudan/UA : Que faire d’Omar el-Béchir?


Lu sur le web
Jeudi 14 Juin 2012 - 14:35

L’Union africaine a le fessier entre deux chaises: quelle attitude adopter à l’égard du président soudanais?


Soudan/UA : Que faire d’Omar el-Béchir?
Régle N°1: «Si ton pays est signataire du Statut de Rome prévoyant la création de la Cour pénale internationale, tu es tenu d’intercepter tout Omar el-Béchir qui viendrait à passer à proximité de ton espace aérien, marin ou terrestre».

Règle N°2: «Si ton pays est membre de l’Union africaine, tu dois respecter la consigne de n’arrêter aucun Omar el-Béchir», en dépit du mandat d'arrêt de la CPI lancé, à son encontre, pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide au Darfour. Concomitance de deux règles de nature à développer, chez tout chef d’Etat, un trouble du dédoublement de la personnalité; à moins de synthétiser les deux règles en une seule: «Arrête Omar el-Béchir, sauf si tu en as l’occasion».

33 pays africains sur 54 membres de l’UA sont membres de la CPI, soit une large majorité qui frise les deux tiers. Mais une querelle faussement juridique demeure sur la question de savoir laquelle des deux appartenances -à l'UA ou à la CPI- a la préséance.

Certains n’ont pas de scrupules à se contredire: en juillet 2010, le président soudanais se pavanait au Tchad, faisant assaut d'amabilités en direction du président Déby Itno.

Les autorités tchadiennes déclaraient qu’Omar el-Béchir n'avait rien à craindre à N’Djamena, en dépit d'un appel de la Cour internationale de justice. Occasion rêvée pour la “patate chaude” soudanaise de défier la CPI. Après le retour de la délégation visiteuse dans ce qui lui reste de Soudan, son porte-parole déclarait que le déplacement au Tchad constituait pour Béchir «plus qu'une double victoire».

D’autres ne l’entendent pas de cette oreille “schizophrénique”. La toute nouvelle présidente du Malawi, Joyce Banda, a annoncé qu’Omar el-Béchir serait arrêté s’il se rendait au 19e sommet de l'UA prévu pour se tenir à Lilongwe à partir du 9 juillet prochain.

Elle renoncera finalement, un moins avant, à accueillir la rencontre. Les chefs d’Etat se réuniront en Ethiopie. Intéressante mais affligeante conclusion: annule-t-on une bringue parce qu’on redoute qu’un voisin indésirable ne vienne jouer les intrus? Béchir est sans doute déçu de ne pouvoir faire la nique à un Ocampo partant, en ajoutant un tampon supplémentaire à son passeport. Mais il ricane certainement, fier d’être celui qui détermine la localisation d’un événement à dimension continentale. Croisera-t-il Joyce Banda à Addis-Abeba? Il aurait beau jeu de lui dire qu’il a été réélu en avril 2010, alors que l’ex-vice-présidente malawite n’est arrivée à la magistrature suprême que par la magie de la vacance constitutionnelle, suite au décès de Bingu wa Mutharika. Une accession au pouvoir par crise cardiaque…

Tout de même. La deuxième présidente du continent a écorné la triste réputation de «club de chefs d’Etat» qui colle aux basques de l’Union africaine. À Jean Ping de faire des circonvolutions qui frisent le contorsionnisme. A le voir expliquer l’inexplicable, on se demande quel plaisir il trouve à être toujours candidat à son poste de président de la commission de l’Union africaine…

Comment sortir de cette quadrature du cercle? Que faire de l’encombrant Omar el-Béchir? Dix scénarios se profilent:

1 - L’arrêter et le livrer à la Cour pénale internationale. Mieux vaut, dans ce cas, ne pas avoir soi-même quelque “casserole” accrochée dans le dos. Que celui qui n’a jamais violé les droits de l’Homme lui jette la première pierre…

2 – Intercepter Béchir pour le protéger de lui-même, de sa bougeotte. Pour le mettre à l’abri des limiers de La Haye, deux possibilités: lui faire refaire le visage au Nicaragua ou lui trouver un logis dans la banlieue de la ville de garnison d'Abbottabad, au Pakistan.

3 – Mieux que la visioconférence, créer un hologramme d’Omar el-Béchir et projeter l’image 3D dans les salles de conférence des sommets de l’UA. Quel policier malawite, même zélé, pourrait menotter un hologramme?

Organiser une rébellion fictive à durée déterminée

4 – Organiser, au Soudan, une rébellion fictive à durée déterminée, précisément entre le 9 juillet à 8h30 et le 16 juillet à 17h30. Occupé à gérer la situation inopinée, Béchir n’aura pas le temps de boucler ses valises.

5 – À défaut de faire porter le chapeau au président soudanais pour la tragédie du Darfour, lui faire porter un chapeau noir à larges bords et lui coller une barbe postiche d’une longueur de 16 centimètres. Ainsi, les personnes qui le croiseront, humant des relents de foul (plat à base de haricots rouges typiquement soudanais) penseront être en présence de Salva Kiir, le président du Sud-Soudan. Attention: ne pas oublier de raser la barbe (sans la moustache) du vrai Salva Kiir, afin qu’on le confonde avec Yoweri Museveni, autre adepte des couvre-chefs. Ne pas oublier, subséquemment, de raser la moustache de Yoweri Museveni afin qu’on le prenne pour Jonathan Goodluck… Trouver d’ici là une solution pour que Jonathan Goodluck ne vienne pas au sommet…

6- Touver un niqab à Omar el-Béchir et lui envoyer un billet électronique sous le nom Loubna el-Béchir.

7 - Refaire une virginité au président soudanais, en faire un saint, un messie, un guérisseur. Pour obtenir la bienveillance indispensable des Etats-Unis, étudier les possibilités de redonner la vue à Stevie Wonder, voire de rendre la vie, puis la vue, à Ray Charles. Pour connaître les possibilités en la matière, contacter le guérisseur Yaya Jammeh.

8 - Contacter le marabout Yaya Jammeh pour connaître les possibilités de jeter un mauvais sort à Béchir. S’il devenait tétraplégique, on pourrait l’inviter sans risque de le voir se déplacer. À la condition d’instaurer préalablement, en direction du Soudan, un embargo sur l’importation des armes et des fauteuils roulants.

9 - En hommage au précurseur dans le domaine des sosies, Saddam Hussein, cloner Omar el-Béchir. L’original restera à Khartoum, pendant que le clone se fera arrêter ici ou là et ira se faire juger à La Haye.

10 – Pour en finir définitivement avec le problème Béchir, démembrer le Soudan petit à petit. Après le Soudan du Sud, obtenir la création du Soudan du Nord, puis du Soudan de l’Est, puis du Soudan de l’Ouest. Atomiser ensuite le reste de Soudan “original” en créant le Soudan du Centre-Sud, celui du Centre-Ouest, celui du Centre-Nord et celui du Centre-Est. Après s’être occupé du cas du Soudan du Centre-Centre (d’ici dix ans environ), vérifiez que le territoire du président Béchir est étriqué comme une peau de chagrin et qu’il est passé sous la barre du nombre de mètres carrés requis pour obtenir le statut d’Etat membre de l’Union africaine.

Ultime et radicale solution pour sauver Jean Ping de son casse-tête: déménager le siège de l’Union africaine à… Khartoum.

Damien Glez
Pour slateafrique.com
Mamoudou Kane


              

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