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Soudan : Jusqu'où ira la contestation ?


International
Dimanche 16 Décembre 2012 - 15:25

Des signes de dissension au coeur même du pouvoir en place, ajoutés à un mécontentement croissant au sein de la population, font naître l'espoir d'un changement auprès d'une opposition durement réprimée.


Devant l'université Nilien, à Khartoum, le 9 décembre : des centaines de personnes protestent contre la mort, la veille, de quatre étudiants originaires du Darfour - AFP
Devant l'université Nilien, à Khartoum, le 9 décembre : des centaines de personnes protestent contre la mort, la veille, de quatre étudiants originaires du Darfour - AFP
Le siège du Parti communiste soudanais est plutôt miteux. Des photos poussiéreuses de ses chefs les plus célèbres depuis 1946 – la plupart d'entre eux ont été assassinés – veillent sur les fauteuils de cuir pelé de la salle de réunion. Le journal du parti a été fermé par les censeurs du gouvernement, déclare Salih Osman, un responsable. Et même si les communistes ont depuis longtemps uni leurs forces avec des partenaires improbables, par exemple des organisations islamistes, il estime que l'opposition politique au gouvernement d'Omar El-Béchir est de fait étouffée.

Ali Ibrahim, un militant qui vient d'obtenir son diplôme à l'université de Khartoum, partage cet avis. L'université a été fermée pendant des mois à la suite de manifestations durant l'année écoulée [notamment en juin et juillet 2012]. Le mouvement s'est fait infiltrer et les partisans de la révolution ont été emprisonnés ou ont fui. Mais, bien que les autorités aient réussi à contrecarrer la contestation, cela ne veut pas dire que ce pays en majorité sunnite est imperméable au changement.

Les revers économiques et le mécontentement croissant qui règne au sein de l'armée et chez les chefs religieux donnent l'impression que le changement pourrait venir de l'establishment qu'El-Béchir domine depuis vingt-trois ans. Treize hauts responsables de l'armée et des services de renseignements ont été arrêtés le mois dernier, en relation avec un complot destiné à saboter le gouvernement, d'après la version officielle. Pour les diplomates et les analystes en poste à Khartoum, il s'agit probablement d'un avertissement aux éléments mécontents du régime, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1989. "C'est de la répression, déclare Ali Ibrahim, mais ça veut dire qu'ils sont acculés. L'économie s'effondre. La vie politique ne cesse de se dégrader."

Depuis qu'il a pris le pouvoir à la tête d'une alliance d'islamistes et de soldats, El-Béchir dirige un pays violent et divisé. Il est recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour des atrocités commises par des éléments soutenus par le gouvernement dans la région du Darfour. Il a mené une guerre longue et sanglante dans le sud du pays, qui était le plus grand d'Afrique avant que la partie méridionale obtienne son indépendance en juillet 2011. En perdant le Sud riche en pétrole, le Soudan a abandonné une grosse part de ses recettes publiques et sa principale source de devises, ce qui a fait monter les prix et a fini par obliger le gouvernement à supprimer les subventions au carburant – une mesure impopulaire à l'origine des manifestations de cet été. Le pays a également perdu sa population chrétienne et animiste, qui est majoritaire dans le Sud, et les islamistes purs et durs exigent désormais une version plus austère de la loi islamique - qui est officiellement en vigueur, bien qu'elle ne soit pas strictement appliquée.

Un soulèvement populaire est possible

Le parti d'El-Béchir a fortement laissé entendre que celui-ci ne se représenterait pas en 2015. Cette annonce et les changements évoqués ci-dessus semblent avoir déstabilisé l'establishment militaire, politique et religieux. Celui-ci est aujourd'hui divisé et certains de ses éléments ont exprimé publiquement leur amertume. Le mécontentement est particulièrement fort au sein du Mouvement islamique soudanais (MIS), une organisation religieuse qui est étroitement liée au Congrès national, le parti au pouvoir. Le MIS s'est réuni en congrès le mois dernier. Les débats étaient présidés par El-Béchir lui-même et réunissaient des islamistes venus de l'étranger, dont Khaled Mechaal, leader en exil du Hamas palestinien, et Rachid Ghannouchi, le chef du parti [au pouvoir] Ennahda de Tunisie.

Il y a au moins une personnalité qui a appelé au changement : Ghazi Salahuddin, un conseiller du président qui avait raté de peu l'élection à la tête du MIS en 2008, a publié dans les journaux locaux des articles appelant l'organisation à s'écarter du Congrès national. Son appel n'a pas été entendu : le nouveau secrétaire général du MIS qui a été élu, Al-Zubeir Ahmed Al-Hassan, est un économiste qui est considéré comme proche du président. "Loin de 'libérer' le mouvement islamique de l'Etat, le VIIIe congrès a consommé sa 'nationalisation'", a écrit Magdi El-Gizouli, un professeur du Rift Valley Institute, sur son blog.

Alice Fordham Pour The National
Lu sur courrierinternational.com
Mamoudou Kane


              

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