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Sharon ou la doctrine du "seulement par la force"


International
Dimanche 12 Janvier 2014 - 15:24

Avec Sharon, Israël n'a jamais tenté un autre langage que celui de la violence. Il fut un baroudeur charmeur aux propos dangereux et trompeurs.


Sharon ou la doctrine du "seulement par la force"
Ariel Sharon fut un restaurateur du langage israélien. Si Eliezer Ben Yehuda [le philologue qui a contribué à la fin du 19ème siècle à la résurrection de l'hébreu] réinventa le vocabulaire israélien, Ariel Sharon le retraduisit en actes concrets israéliens.
 
Comme son prédécesseur à la Défense, Moshé Dayan, Sharon fut plus influent que nombre de ses collègues dans la formulation du langage dominant de l'État d’Israël, celui de la force, de la guerre, de la conquête et de la violence.
 
Dayan et Sharon grandirent tous deux dans le même milieu et tous deux croyaient ardemment en cette forme d'expression. Tous deux connurent la gloire, tous deux furent un jour vilipendés et marginalisés, tous deux connurent la rédemption par la grâce d’une modération inattendue. Mais des deux, Sharon fut le plus violent.
 
"Seulement par la force"
 
On se souviendra de Sharon comme du père d'une doctrine fondamentale d'Israël, celle du "rak ba'koah", "seulement par la force". Israël n'a jamais tenté un autre langage. Il pensait que les Arabes ne comprenaient que la parole du poing serré et que c'était la seule façon pour nous de survivre.
 
Sharon instilla dans la langue hébraïque moderne l'antique langage guerrier des temps bibliques. Sharon fut toujours le ministre de la Guerre. Alors, avant que les élégies ne commencent à fleurir, cela doit être rappelé.
 
Israël aurait pu et dû essayer un autre langage, mais il ne l'a jamais fait. Les Sharon et les Dayan, ces cruels paysans-soldats, sont finalement parvenus à convaincre les Israéliens qu'il n'existait tout simplement pas d'autre langage.
 
Sharon fut de toutes les frappes militaires, des "opérations de représailles" des années 50 et 60 à l’opération Bouclier défensif [Cisjordanie 2002], il ne fut jamais question que de massacre de civils, de destruction, d'expulsion et de vengeance.
 
Ainsi, Sharon n'a pas seulement façonné la politique israélienne, mais également son statut moral. Certes, Israël eut des dirigeants plus modérés, mais ils adhéraient à ses principes inébranlables. Ils ne jetèrent jamais la massue que sa mère offrit à Sharon et avec laquelle elle l'obligeait à s'endormir. Le legs de Vera Sharon est ainsi devenu le legs d'Ariel et ensuite celui d'Israël.
 
Sharon a réalisé le rêve de tout homme d'État
 
Sharon a réalisé le rêve de tout homme d'État : laisser un héritage. Combinaison rare de bravoure personnelle et politique, la vision de Sharon mettra des années à être défaite. Cette personnalité charmeuse et cruelle fut l'un des dirigeants israéliens les plus doués et les plus dangereux.
 
À l'exception de notre premier Premier ministre, David Ben Gourion, Sharon porte plus de responsabilité que quiconque dans la construction de la réalité israélienne. Lorsqu'il a essayé de se racheter en procédant au désengagement de la bande de Gaza [en 2005], il l'a fait à sa manière : arrogante et agressive, sans se concerter et sans négocier avec les Palestiniens. Même si, contrairement à d'autres, il ne haïssait pas les Arabes. Mais il ne leur faisait tout simplement pas confiance.
 
Je me souviens d'une visite à laquelle me convia Sharon dans la bande de Gaza, l'hiver 1989. C'était un charmeur, mais ses propos étaient dangereux et trompeurs. Il essayait de me prouver qu'Israël ne devrait jamais évacuer ce territoire, vu le risque que des missiles ne soient tirés à partir de Gaza. Et, dans le même souffle, il affirmait qu'il accepterait le retour de plusieurs dizaines de milliers de réfugiés [palestiniens] en Israël.
 
C'était à vrai dire le seul homme politique israélien à ne prêter aucune attention aux sondages d'opinion ou aux courtisans. Ça lui répugnait. Sharon a prouvé qu'il était un dirigeant capable de prendre des mesures décisives et de laisser sa marque dans l'histoire.
 
Malheureusement, c'est aussi lui qui a mis Israël dans le triste état qui est le sien aujourd'hui.

Gidéon Levy
Pour Ha'aretz
Lu sur Courrier International
Mamoudou Kane


              

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