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Sénégal : Sous couvert de religion, la compétition entre Israël et les Frères Musulmans sur le plan politique


Société
Mercredi 6 Mai 2015 - 14:00


President Reuven Rivlin meets with a delegation of imams from Senegal, at the President’s Residence in Jerusalem on November 27, 2014. (photo credit : Mark Neyman/GPO/FLASH90)
President Reuven Rivlin meets with a delegation of imams from Senegal, at the President’s Residence in Jerusalem on November 27, 2014. (photo credit : Mark Neyman/GPO/FLASH90)
L’opération de séduction d’Israël en direction du Sénégal

Paris-23.02.15- Israël a lancé une opération de charme en direction du Sénégal, pays vétéran de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI), visant à compenser le nouveau tropisme européen en direction de la Palestine, parallèlement aux démarches de la confrérie des Frères Musulmans de s’aménager une nouvelle plate-forme dans le pré carré français par le contournement de l’Europe gagnée par une vague d’islamophobie.

Fait sans précédent dans les annales des relations israélo-sénégalaises, une délégation de six imams sénégalais, sous la conduite d’El Hadji Omar Diène, directeur de l’Organisation des Imams du Sénégal, a effectué une visite insolite en Israël, à la date hautement symbolique du 30 novembre 2014, coïncidant avec la commémoration du 97eme anniversaire du Plan de partage de la Palestine.

Le groupe a visité Yad Vashem, assurant que cela lui avait donné de nouveaux éclairages sur le peuple juif et l’état d’Israël : « Aujourd’hui, nous avons appris d’un événement dans l’histoire -la destruction des Juifs d’Europe, un événement qui ne peut être expliqué. La tournée nous a permis de comprendre Israël et les Juifs en profondeur et nous nous félicitons des relations entre nos deux pays », a déclaré le dignitaire sénégalais. Ce déplacement visait à améliorer les relations diplomatiques et culturelles entre Israël et le Sénégal, ainsi que le dialogue religieux entre les deux pays. Le Sénégal préside en outre le Comité pour les droits des Palestiniens à l’ONU. http://fr.timesofisrael.com/des-imams-senegalais-en-visite-en-israel/

Israël Sénégal

Les relations entre Israël et le Sénégal, nouées dès l’indépendance de l’ancienne colonie française en 1960, avaient été rompues en 1973, dans la foulée de la 3eme guerre israélo-arabe d’Octobre 1973 et du soutien de l’état israélien au régime d’Apartheid d’Afrique du Sud. Toutefois, les israéliens avent réussi à maintenir des relations par le biais d’une assistance technique dans le domaine de l’irrigation via un partenariat tripartite avec l’Italie.

Le séjour des dignitaires sénégalais a été précédé d’une prise de position tonitruante du chef du groupe, en pleine offensive contre Gaza, l’été 2014, « dénonçant le Hamas et encourageait Israël à se défendre ». « Le Hamas, Boko Haram et Al Al-Qaïda sont des terroristes de première espèce. Israël a le droit de se défendre et de protéger ses populations. La justice et la vérité ne seront jamais du côté des provocateurs », peut-on lire dans la missive, datée du 17 juillet et signée de El Hadji Omar Diène, adressée à l’ambassadeur d’Israël à Dakar, Eli Ben Turra.

Cette visite s’inscrit dans le cadre d’une offensive de charme menée par les Israéliens en direction du maillon faible du Monde musulman, les cercles intellectuels et religieux en mal de notoriété : Ferhat Mehenni, chef du fantomatique gouvernement kabyle en exil, et son ministre des affaires étrangères, Lyazid Abid, Boualem Sansal (Algérie), l’Imam de Drancy (France) le franco tunisien Hassan Chalghoumi ainsi que la cineésate tunisienne Nadia El Fanni.

Une opération de séduction visant à compenser les déconvenues diplomatiques des israéliens sur le plan palestinien au niveau européen et de masquer, dans le même temps, leur vigoureuse campagne de colonisation des terres dans le tiers monde. Un fait qui place l’état israélien au rang de l’un des gros colonisateurs et pollueurs de la planète.

Israël dont l’expérience de la colonisation de la Palestine l’a conduite à coloniser des terres à travers le Monde, exerce un contrôle sur des terres représentant vingt fois sa superficie au détriment des populations et de l’environnement des pays pauvres :
En République Démocratique du Congo pour la culture de la canne à sucre, en sus de l’exploitation diamantifère.
Au Gabon pour la culture du Jatropha, nécessaire à la production de biocarburants ;
En Sierra Leone où la colonisation israélienne représente 6,9 pour cent du territoire de ce pays de l’Afrique de l’Ouest de surcroît diamantifère.
En Colombie, où Israël a pris le contrôle d’immenses superficies pour cultiver la canne à sucre.
Aux Philippines où la proportion des terres confisquées atteint 17,2 pour cent de la surface des terres agricoles.

http://www.renenaba.com/liban-diaspora-2-2/

Le vote du Nigéria contre la résolution sur la Palestine : Du politique sous couvert de religion

L’une des plus récentes manifestations d’Israël en Afrique a été la mise en échec de la résolution palestinienne au Conseil de Sécurité, le 30 décembre 2014. Deux états africains ont voté contre ce projet de résolution concernant le cadrage des négociations israélo-palestiniennes en vue de la proclamation d’un état indépendant dans un delai de deux ans : Le Nigeria, le plus grand pays musulman d’Afrique, de surcroît membre de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), et le Rwanda, un pays victime d’un génocide comparable au sociocide vécu par les Palestiniens du fait de l’occupation israélienne. Que deux pays anciennement colonisés refusent leur soutien à l’indépendance de l’un des pays du tiers monde, victime de l’arbitraire colonial, donne la mesure de la perversion mentale de leurs dirigeants et du degré de leur vassalisation au diktat israélo-américain.

L’affichage du président malien, Ibrahima Boubacar Keita (IBK), aux côtés du premier ministre israélien Benyamin Nethanyahu, au premier rang des manifestations, dimanche 11 janvier, en hommage de solidarité à Charlie Hebdo, constitue une autre facette de l’inconsistance politique de ce groupe de dirigeants africains réputés pour leur corruption.

Le vote du Nigéria ne constitue en effet pas une grosse surprise. Le président Goodluck Jonathan est membre de l’église évangélique nigériane « Word of Life Bible Church », affiliée à l’église évangélique des Etats Unis, l’un des plus fermes soutiens à Israël. Le President Goodluck Jonathan et le Pasteur Ayodele Joseph Oritsejafor, le chef de son église « Word of Life Bible Church », ont effectué en 2014 un pèlerinage en Israel, au cours duquel il ont eu n entretien avec le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu.

Une démarche identique à celle des dignitaires religieux sénégalais, qui consiste à établir des relations politiques sous couvert de la religion. Dans le cas nigérian, sur fond de rumeurs de l’interception par l’Afrique du Sud d’un avion privé contenant 9,3 millions de dollars, propriété d’un homme d’affaires israélien établi au Nigéria, Eyal Masika, un des passagers de l’avion, dont le président Goodluck Jonathan en a reclamé la restitution à son collègue Jacob Zuma arguant du fait que la somme était la propriété de son église.

Une troisième action d’éclat à mettre au compte d’Israël en Afrique pourrait être son aide au Cameroun dans son combat contre l’organisation djihadiste du Nigeria Boko Haram. L’armée camerounaise a en effet fait usage des drones pour effectuer des bombardements à l’intérieur du Nigeria, notamment à Banki, fin décembre 2014. L’artillerie camerounaise est intervenue depuis Amchidé et Limani pour viser les positions de Boko Haram dans cette localité frontalière stratégique pour la secte.

L’état israélien qui gère officieusement la garde présidentielle de Paul Biya et le Bataillon d’Intervention Rapide (BIR), est chargé de la protection de ce grand démocrate camerounais. Grand producteur de drones, l’état israélien a été désigné du doigt comme possible prestataire de service dans cette opération, en mettant à la disposition de l’armée camerounaise les relevés topographiques de ces avions sans pilote (1).

  • www.youtube.com/watch?v=MejdX0z-v0Q
  • www.youtube.com/watch?v=jSyt5mpOzIY
Ben Zimet ou la perméabilisation de l’opinion sénégalaise à la culture juive

Ce rapprochement inédit entre Israël et le Sénégal, par le biais religieux, est partiellement redevable au travail de Ben Zimet, beau père de Rama Yade, ancienne secrétaire d’état aux Droits de l’Homme sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Installé depuis quelques années au Sénégal, Ben Zimet, père de Joseph Zimet, a entrepris un travail de sensibilisation des Sénégalais à la culture juive. Il y a notamment monté un spectacle, La Casa del Judio Tropical, racontant «le périple des « Calypso Jews », les juifs expulsés d’Espagne en 1492 qui, sur les traces de Christophe Colomb, se sont implantés au Nouveau Monde, dans les Caraïbes, en Amérique du Sud, en Afrique de l’Ouest. Un spectacle où sont évoquées la traite des Noirs, la colonisation, l’Inquisition (jusqu’en 1823 à Cuba) et la salsa bien sûr ».

En mai 2007, Ben Zimet a organisé à l’île de Gorée (Sénégal), en sa qualité de directeur artistique, la première édition du « Festival international du conte et de la parole », dans le cadre de la commémoration de l’abolition de l’esclavage. « Fils d’un juif polonais et d’une juive allemande, Ben Zimet a été « un enfant traqué » par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Petit, dit-il, il avait déjà dans son inconscient un « rêve africain ». Pour lui, le monde a besoin de la mémoire et d’une prise de conscience pour entamer sa marche vers l’abolition de tous les crimes commis quotidiennement contre les uns et les autres.

Indice de la sinuosité de la diplomatie sénégalaise, le Sénégal a interdit la diffusion sur son territoire de l’édition post carnage de Charlie Hebdo, alors que le président Malick Sall avait fait personnellement le déplacement pour soutenir la liberté d’expression lors de la manifestation d’hommage international organisée à Paris le 11 mars à la mémoire des journalistes tués du journal satirique.

Le Sénégal, base de repli des Frères Musulmans, face à une Europe jugée islamophobe ?

En superposition aux démarches israéliennes, les Frères Musulmans, le plus ancien parti transnational du Monde arabe, ont entrepris de s’implanter au Sénégal, plaque tournante de l’Afrique occidentale francophone, en vue de s’aménager une base de repli face à une Europe gagnée par l’islamophobie et de compenser ainsi leurs déboires en Egypte, en Arabie saoudite et en Tunisie.

A dire vrai, l’influence des Frères Musulmans au Sénégal remonte à la décennie 1970, où la confrérie a bénéficié du boom pétrolier consécutif à l’usage par les Arabes de l’arme du pétrole contre les alliés d’Israël dans la guerre d’octobre 1973.

Deux autres facteurs ont joué dans la propagation de l’islamisme en Afrique noire : le parrainage saoudien de la confrérie ainsi que la rupture des relations collectives entre l’Afrique et Israël qui s’est ensuivie, de même que l’instrumentalisation de l’Islam comme arme de combat contre l’athéisme de l’Union soviétique et de ses alliés régionaux ou locaux.

Depuis cette date, l’influence des FM s’est propagée de manière diffuse, par l’entremise d’associations de bienfaisance ou via des mouvements étudiants qui leur sont proches idéologiquement, tels l’association des Élèves et Étudiants Musulmans du Sénégal (AEEMS) créée en 1993 ou l’Association des Étudiants de l’Université de Dakar (AEMUD), formée entre 1984 et 1986.

Point de passage vers l’Amérique latine, le Sénégal est un territoire stratégique en Afrique de l’ouest. Indépendant depuis 1960, il occupe une place importante dans l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) ; du fait de ses relations étroites avec la France et une place majeure au sein de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) ; aux côtés de l’Arabie Saoudite et du Qatar. L’islam est arrivé au Sénégal au XIème siècle.

Rompant avec cette tradition de discrétion, une délégation de la confrérie a effectué, en février 2014, une visite officielle au Sénégal. Cette première visite officielle des FM a paru répondre à une logique de légitimation de l’organisation, alors que la confrérie venait d’être frappée d’ostracisme par son ancien parrain, l’Arabie saoudite.

L’islamisation de la société sénégalaise à l’époque contemporaine a été favorisé en outre par le déploiement des banques islamiques dans une société en voie de paupérisation croissante tant du fait de la sécheresse que des gros scandales de corruption. Le Qatar, parrain de substitution aux Frères Musulmans, a constitué un puissant vecteur au déploiement de la confrérie, notamment via les finances islamiques et leur chaîne vedette Al-Jazeera, un de ses instruments de pénétration économique et idéologique. Le Qatar a souhaité implanter une antenne francophone de la chaîne de télévision à Dakar, mais le président sénégalais y aurait opposé son veto à ce projet, privilégiant la chaîne française France24.

La stratégie rampante des FM n’a pas l’heur de plaire à tout le monde. L’un des plus virulents censeurs de la confrérie est un enseignant-chercheur de l’Université à Saint-Louis, Bakary Sambe, qui n’a cessé de mettre en garde contre l’islamisation de la société sénégalaise. Dans une polémique restée célèbre, qui l’a opposée l’été 2013, à Tariq Ramadan, Bakary Sambe a accusé notamment le petit fils du fondateur de la confrérie « de vouloir faire de l’Afrique francophone sa nouvelle zone d’influence pour régler ses comptes avec l’Occident ».

Au delà de la polémique et sans se prononcer sur le bien fondé des arguments de l’un comme de l’autre, l’universitaire sénégalais gagnerait en objectivité s’il portait les mêmes accusations à l’égard de l’entrisme feutré israélien au Sénégal et au delà en Afrique, dont l’objectif sous jacent est de cogérer le pré carré africain de la France en tandem franco israélien. Selon le bout de la lorgnette, la vue varie.

Ci joint l’intégralité des échanges entre les deux protagonistes

L’intervention de Tariq Ramadan :

  • http://www.seneweb.com/news/Contribution/tariq-ramadan-et-le-cimef-entre-recherche-d-rsquo-influence-et-lifting-ideologique-de-l-rsquo-islamisme-senegalais_n_99645.html

La réponse de Bakary Sambé :

  • http://www.dakaractu.com/Mise-au-point-de-Bakary-Sambe-Cher-Monsieur-Ramadan-la-diffamation-est-aussi-contraire-a-l-islam-et-a-l-ethique_a47847.htt

La défense du pré-carré de la France en tandem avec Israël :

  • http://www.renenaba.com/le-jeu-de-la-france-defense-du-pre-carre-en-tandem-avec-israel/

1 – Israël- Cameroun et le BIR :

Depuis 2001, le BIR (Bataillon d’Intervention Rapide) du Cameroun bénéficie de l’encadrement israélien, sous l’autorité d’AVI Abraham SIRVAN, un Colonel retraité de l’armée israélienne et ancien attaché de défense à l’ambassade d’Israël à Yaoundé. Rattaché directement à la présidence de la République, le BIR va devenir peu à peu l’atout stratégique majeur de la défense camerounaise. L’implication d’Israël dans l’encadrement du BIR en particulier et de la sécurité présidentielle en général date de la tentative de coup d’État de 1984 : doutant de la loyauté des Français (DGSE) qui assuraient jusque-là sa sécurité, Paul Biya s’est tourné vers les États-Unis. Ces derniers ont à leur tour sous-traité le marché à Israël. Le premier officiant israélien aura été Meir Meyerkhous dit Meyer, auparavant affecté au Zaire à la protection pprochée de Mobutu. A partir des émeutes de février 2008, le rôle du BIR a considérablement changé. Il a été appelé en renfort pour sécuriser Douala, puis Yaoundé et le palais présidentiel, menacés par les manifestants. Depuis mars 2009, ses effectifs ont été augmentés et il a remplacé à Bakassi les forces traditionnelles. Mais cette présence accrue du BIR, qui compte désormais près de cinq mille (5000) hommes, pose problème. Son importance a suscité la défiance de l’armée traditionnelle en ce que le BIR apparaît comme une armée dans l’armée. Les avantages et primes dont bénéficient ses servants ont suscité jalousies et tensions. Depuis 2010, le BIR est associé à la sécurité du président.

S’il ne participe qu’indirectement, sa présence s’explique par l’image d’invincibilité et la crainte qu’il suscite auprès des camerounais. La présence du BIR aux abords des itinéraires du cortège présidentiel est surtout dissuasive. Si le BIR est associé à la GP au dispositif de sécurité présidentiel, sa mission principale reste et demeure la défense du territoire. En 2010, Avi Abraham Sirvan, tué dans un accident d’hélicoptère, est remplacé par Maher Herez, lui aussi un ancien colonel du Mossad. Les éléments de GP sont habillés avec le même uniforme que celui de l’armée israélienne et ceux du BIR portent celui des forces spéciales israéliennes.

René Naba
Madaniya

René Naba est journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l'AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l'information, membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme et de l'Association d'amitié euro-arabe. Auteur de "L'Arabie saoudite, un royaume des ténèbres" (Golias), "Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l'imaginaire français" (Harmattan), "Hariri, de père en fils, hommes d'affaires, premiers ministres (Harmattan), "Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David" (Bachari), "Média et Démocratie, la captation de l'imaginaire un enjeu du XXIme siècle (Golias).

 



              

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