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Sénégal : Les Wade, la Françafrique, et un nouveau scandale industriel


Lu sur le web
Samedi 28 Juillet 2012 - 11:20

Alors que Laurent Fabius est en visite officielle au Sénégal ce 26 juillet, voici l’histoire d’un gâchis doublé d’un scandale françafricain. Un jeune ingénieur français avait fait de la fondation de l’ex-Première dame du Sénégal, Viviane Wade, un modèle prospère pour des milliers de paysans. La start-up scintille trop, aux yeux du fils Karim Wade. L'ingénieur est emprisonné sous le regard complice de l’ambassadeur de France.


Abdoulaye Wade et son fils Karim
Abdoulaye Wade et son fils Karim
En marge de ses démêlés avec la fondation suisse Antenna, qui lui aurait fait un prêt de 1 500 000 euros, et les travailleurs de deux unités industrielles de la " Agir pour l'Education et la Santé ", Mme Viviane Wade a eu aussi à " s'occuper " du cas de Gérard Couasnet, l'ingénieur agronome français nommé administrateur de la fondation. Et pourtant, entre les deux, ce fut d'abord " un coup de foudre ", comme l'écrit le site d'Edwyg Plenel, se fondant sur les témoignages du jeune ingénieur agronome, Couasnet, la trentaine.

Après la crise acridienne des années 2001-2002, le jeune Français avait été sollicité pour implémenter des projets agro-industriels sous la férule de la fondation de Viviane Wade. Celle-ci devient pour lui très vite " une deuxième maman " à la faveur de l'excellent travail effectué par le Français, présenté comme de quelqu'un de dynamique et de créatif. La fondation investit dans la production de la spiruline, une micro-algue. " On avait commencé à quatre, puis on a compté 174 employés, des paysans qu’on avait sortis de la pauvreté, dit-il fièrement. On a multiplié par douze notre chiffre d’affaires en six ans. On était à la pointe sur la spiruline.

La fondation faisait vivre 15 à 20 000 agriculteurs par an, ce qui représentait près de 340 000 personnes. Des gens venaient de partout pour visiter ce que nous faisions. On avait développé des partenariats avec des centres de recherches, etc. », confie M. Couasnet à Mediapart. Mais c'était sdans compter avec l'appêtit insatiable de " M. 15 % ", comme l'appelle le site, suivant en cela un fil devenu célèbre de Wikileaks : Karim Wade. Sentant que l'affaire commençait à devenir florissante, " le fils naturel " veut la place et, au besoin, la peau du " fils adoptif ", Sebastien Couasnet. Et dans cette entreprise de convoitise, il a non seulement le soutien de sa Première dame de mère, mais aussi celle de Nicolas Normand, l'ambassadeur de France au Sénégal, grand acteur de la Françafrique, appelé en remplacement de l'outrecuidant Christophe Ruffin, devenu trop gênant pour la dynastie des Wade.

L'afflux d'argent va donc perdre Sebastien Couasnet qui, de fils adoptif devient bientôt mauvais gestionnaire. " On a commencé à parler en milliards (N.d.r. : de francs cfa) et ça leur ( N.d.r. : les Wade) a monté à la tête ", confie ce dernier à Mediapart. Ce que confirme d'ailleurs Denis Von Der Weid, le président d'Antenna, la fondation suisse sus-mentionnée : " Les choses ont basculé à ce moment là (...). Mme Viviane Wade était complètement dépassée par l'ampleur du projet. (...) Viviane Wade a commencé à vouloir la mainmise sur le projet. Une mainmise qu’elle a opérée pour elle et son fils Karim ", explique Denis Von Der Weid ". Aussi, faut-il chercher la petite bête à l'administrateur français afin de refiler la poule aux yeux d'or au fils prodigue le vrai celui-là. Ce sera contrôle sur contrôle, cherchant à déceler, selon ses dires, des traces de surfacturation. Au nouvel an 2011, Viviane annonce à Couasnet la nomination d'une auditrice interne à la fondation Mandy Moodley, qui est aussi l'épouse de Victor Pouye, le directeur des Infrastructures au " ministère du ciel et de la terre " du tout-puissant Karim Wade contre mauvaise. Désormais, toute opération nécessitera la signature de M. Couasnet et celle de Mme Pouye, ce qui est parfaitement illégal, selon l'administrateur français de la fondation.

Le vendredi 11 février, contre mauvaise fortune bon coeur, Sebastien décide de se rendre au palais de la République pour parler avec la Première dame et ainsi se faire une religion sur ses intentions, en vain. Le mercredi d'après, il décide de démissionner, mais Mme Viviane lui oppose une fin de non-recevoir et, glaciale, lui souffle à l'oreille : " Mes amitiés à votre mère ". Quelques heures plus tard, M. Couasnet est arrêté et incarcéré à Rebeuss.

Durant les trois premiers mois, et malgré l'insistance d'hommes d'affaires et de diplomates français, l'ambassadeur " françafricain " Normand fait la sourde oreille pour ne pas gêner Karim Wade. Après 6 mois de détention, Sebastien Couasnet est libéré après une correspondance d'André Parant, ancien ambassadeur de France sous Wade, avant Ruffin, qui aurait saisi directement le président de la République en mai 2011. Celui-ci n'aurait pas été au courant de l'affaire et entrera dans une colère noire. Il ordonnera la libération immédiate de Couasnet qui quittera ainsi Rebeuss sans " lettre d'excuses et sans caution ", par la seule volonté du patriarche du clan des Wade.
Mamoudou Kane


              

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