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Sénégal: La fin de l'impunité pour les guides religieux


International
Jeudi 26 Avril 2012 - 11:24

Le régime de Macky Sall parait décidé à lutter contre les excès de certains chefs religieux.


Des partisans du marabout Cheikh Béthio Thioune à Dakar le 25 mars 2012. REUTERS/Finbarr O'Reilly
Des partisans du marabout Cheikh Béthio Thioune à Dakar le 25 mars 2012. REUTERS/Finbarr O'Reilly
C’est l’un des défis majeurs du président sénégalais fraîchement élu, Macky Sall: la lutte contre l’impunité. Il en avait fait la promesse lors de sa campagne électorale. Et tout porte à croire qu’il est décidé à tenir cette promesse. L’un des faits qui corroborent cette thèse est sa décision de laisser la justice faire son travail suite à l’arrestation du Cheikh Béthio Thioune, accusé d’avoir orchestré des violences dans lesquelles deux talibés ont trouvé la mort.

Nul n’ignore qu’au Sénégal, les chefs religieux sont puissants, voire très puissants. Sous la présidence de Abdoulaye Wade notamment, la collision entre l’exécutif et ces guides spirituels avait atteint des degrés inquiétants. L’ex-président leur avait donné de facto, une place centrale dans la République. Béthio Thioune, lui, avait des liens assez étroits avec l’ancien président.

On se souvient du reste qu’il avait appelé à voter Gorgui (le vieux en wolof) au moment où les autres dignitaires religieux, certainement conscients de la gravité de l’enjeu pour leur pays, se refusaient à donner des consignes de vote à leurs partisans.

Justement, ses partisans et les caciques de l’ancien régime ne se feront pas prier pour crier à la chasse aux sorcières du nouveau pouvoir en place à Dakar. Ils vont probablement arguer que le guide spirituel paie, dans cette affaire, son soutien affiché à l’ex-président, Abdoulaye Wade. Dans la jungle politico-religieuse, on ne saurait éviter ce genre de supputations. C’est de bonne guerre, est-on tenté de dire. Pourvu seulement que ce ne soit pas le cas et que l’affaire soit instruite dans les règles de l’art avec toute la neutralité requise des magistrats qui y sont commis.

Le Sénégal est un Etat laïc

Comme on le sait, la justice, dans un Etat de droit comme le Sénégal, qui se respecte, ne doit pas se faire à la tête du client. Avant d’être un guide religieux, Cheikh Béthio est d’abord et avant tout, un Sénégalais soumis aux mêmes lois et règlements que les autres citoyens du pays.

De surcroît, le Sénégal est un Etat laïc et la toute- puissance des chefs religieux n’est d’ailleurs pas compatible avec les valeurs républicaines. C’est dire que le statut de Béthio ne l’exonère pas de son éventuelle responsabilité pénale. Force doit rester à la loi. Pourvu donc que l’accusé ait les moyens de présenter sa défense comme il se doit et que les autorités judiciaires en charge du dossier disent le droit et rien que le droit. Cela aussi est capital et il y va même de la crédibilité de la justice sénégalaise, mais aussi des nouvelles autorités politiques du pays.

Contenir ces guides religieux dans leur rôle spirituel

En attendant la suite de l’affaire, on peut dire d’ores et déjà que c’est un signal fort que Macky Sall donne à la société sénégalaise. Il n’est pas certain que sous Wade, au regard des accointances de l’ancien président avec les guides religieux et notamment Béthio, cette affaire aurait connu le même traitement. Ces victimes présumées seraient, peut-être, d’une manière ou d’une autre, passées par pertes et profits. Il est nécessaire que le Sénégal se donne les moyens de contenir ces guides religieux dans leur rôle spirituel.

Certes, il est illusoire de vouloir éviter dans un Etat, que des chefs religieux aient une quelconque influence sur la société et sa politique. Mais, la pratique qui consiste à ce qu’un chef religieux se croit investi du pouvoir de régenter selon ses humeurs et ses calculs, souvent égoïstes, les votes de ses sujets ou de ses disciples dans un Etat de droit, pose énormément problème.

De toute façon, on sait l’effet qu’ont eu les consignes de vote de Cheikh Béthio dans la dernière présidentielle sénégalaise. C’est peut-être une autre manière, pour les Sénégalais de marquer leur indépendance avec leurs guides spirituels, surtout ce Cheikh qui se serait illustré en naviguant à contre-courant de la volonté de changement de la majorité des Sénégalais. Cette indépendance de vote, ce choix de l’électeur en connaissance de cause et en toute conscience, il faut s’en convaincre, toute République digne de ce nom, en a besoin.

Les populations sénégalaises, tout en votant majoritairement contre Wade et ses chantiers à finir, ont aussi voté celui qui, à leurs yeux, incarnait le plus leurs projets, leurs rêves. C’est donc une lapalissade de dire qu’elles attendent des actions et des résultats. Le nouveau pouvoir est ainsi attendu sur des sujets brûlants comme la réduction du train de vie de l’Etat, la lutte contre la vie chère, la corruption, mais aussi l’impunité sous toutes ses formes.

Et comme on a coutume de le dire, «le bon maçon se voit au pied du mur». A Macky Sall et son équipe de prouver leur détermination à relever ces défis en conférant, au quotidien, un visage à leurs promesses de campagne. En tout état de cause, en annonçant qu’elles n’interféreront pas dans le travail de la justice dans cette affaire Béthio, les nouvelles autorités sénégalaises sont sur la bonne voie de la lutte contre l’impunité et pour l’égalité de tous les citoyens devant la loi.

Le Pays
Pour slateafrique.com
Mamoudou Kane


              

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