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Selamy Ould Abdel Aziz, éditeur et distributeur : "...Je suis toujours fasciné par les auteurs qui servent de témoins de leur époque, en toute sincérité, avec courage. C’est l’héritage de feu mon frère : on doit écrire pour l’histoire"


Culture
Jeudi 6 Décembre 2012 - 16:05

Tous les nouakchottois connaissent cette librairie, 15/21, symbolique dans la capitale. On connaît moins son discret, mais passionné de livres directeur, Selamy Ould Abdel Aziz, qui parallèlement à la distribution, s'est lancé dans l'édition littéraire, et veut vaille que vaille, participer à l'érection d'une maison mauritanienne digne de ce nom, et qui servira de relais de transmission aux talents de la plume mauritaniens. Entretien.


Selamy Ould Abdel Aziz, éditeur et distributeur : "...Je suis toujours fasciné par les auteurs qui servent de témoins de leur époque, en toute sincérité, avec courage. C’est l’héritage de feu mon frère : on doit écrire pour l’histoire"
Comment êtes-vous arrivé dans le monde de l’édition ?

Je suis entré dans le monde de l’édition et de la distribution littéraire, suite au décès de mon jeune frère, feu Tijani, en décembre 2002, deux mois à peine après la création de la librairie 15/21.

Je me suis donc retrouvé là, car je me devais de continuer, pour au moins, la perpétuation des travaux qu’il avait entamé. Dans un premier temps, je me suis tenu à la distribution de la presse internationale et locale.

L’édition s’est naturellement imposée dans nos activités, étant prévue dans les statuts de la société. En réalité, il n’existait pas de sérieuse et réelle maison d’édition digne de ce nom en Mauritanie.

J’ai commencé donc par combattre [les idées reçues sur l’édition]url:http://www.noorinfo.com/3-questions-a-Abdelvetah-Ould-Mohamed-ancien-libraire-La-Mauritanie-n-a-pas-de-tradition-d-edition_a1801.html et définir dans le milieu les définitions et codes de ce secteur. D’autant que je constatais amèrement, que plusieurs groupes ici confondaient, et confondent encore toujours, l’édition, avec l’impression. Il arrive de trouver une unique société qui contient en son sein ces deux activités, mais elles sont bien distinctes.

Jusqu’à aujourd’hui nous avons édité plus d’une vingtaine de titres, [dont une dizaine en français]url:http://www.noorinfo.com/Edition-La-librairie-15-21-nouveau-fer-de-lance-de-la-culture_a5537.html .

Justement, Parmi ces ouvrages en Français, vous avez récemment publié une séries de textes divers de par leur fond, leur forme, et leurs auteurs. Apparemment vous ne vous fixez aucune censure…

Il n’y a aucune limite que je ne me fixe, bien entendu ! J’ai débuté l’édition en publiant le livre de mon petit frère, qui était journaliste et transitaire, qui évoquait un sujet très sensible et subversif à l’époque : «Mes relations avec les renseignements mauritaniens : réalité ou fiction ?». Le livre est en cours de traduction en français.

Donc je suis familier dès le départ, des sujets sensibles, ou qui peuvent être perçus comme délicats.

Votre frère semble avoir laissé un souvenir fort, qui a façonné votre façon de voir ce métier…

Il a laissé un souvenir fort, que ce soit à travers ses écrits, ou à travers son journal 15/21, dont la librairie porte le nom. Son journal reflétait son engagement politique.

D’où vient, à propos, ce nom 15/21 ? Que signifie-t-il ?

Littéralement ce sont deux chiffres, qui sont le 15ème siècle de l’Hégire, dans le calendrier musulman, et le 21ème siècle après Jésus Christ. Tijani voulait insuffler un vent de modernisme dans ses pensées, ses écrits, sans oublier ses racines spirituelles, religieuses, et culturelles.

Mais il y a aussi une autre signification, plus politique : 15/21, c’est une revue culturelle tunisienne fondée par [Hmida Ennaifer, un musulman gauchiste]url:http://fr.wikipedia.org/wiki/Hmida_Ennaifer , partisan du dialogue inter-religieux, et qui représentait l’aile modérée des islamistes tunisiens. Mon frère l’a explicitement dit dans ses mémoires, et souligné la censure dont cette revue faisait l’objet sous le pouvoir de Ben Ali.

J’ai juste rajouté «Al Caarne» (les deux siècles en arabe- ndlr) pour expliquer ce nom. Et puis aussi, 15/21 dans l’impression, c’est un format et c’est celui qu’on a retenu pour les livres qu’on édite, et c’est le format le plus usité par les éditeurs arabes en général.

Selamy Ould Abdel Aziz, éditeur et distributeur : "...Je suis toujours fasciné par les auteurs qui servent de témoins de leur époque, en toute sincérité, avec courage. C’est l’héritage de feu mon frère : on doit écrire pour l’histoire"
Vous vous êtes complètement diversifiés dans l’édition des textes, aussi bien en arabe qu’en français ; c’était une étape obligatoire ?

Oui, parce que l’édition au départ, en Mauritanie, on ne peut pas s’y spécialiser, car on n’a pas beaucoup de manuscrits, donc on généralise au niveau du choix des éditions.

Mais on commence à se spécialiser, pou lancer des collections. Parmi celles-ci, il y a Lettres Mauritaniennes, dirigée par Manuel Bengoéchéa, spécialiste de la littérature mauritanienne.

Il y a une autre collection, qui s’appelle Mahadra, où sont édités des livres dans le domaine de l’éducation, de la mémoire, de l’histoire. Je commence en ce sens en éditant les mémoires d’un ancien ambassadeur, Bâ Amadou Racine.

Une nouvelle maison d’édition vient de voir le jour aussi, Joussour éditions, qui s’occupe exclusivement de l’édition de livres scolaires et parascolaires, comme d’un livre de mathématiques qu’on a coédité avec une maison tunisienne.

Des auteurs que vous avez édités, y-en-a-t-il un en particulier qui vous a marqué ?

Ouis il y en a plusieurs, car je suis toujours fasciné par les auteurs qui servent de témoins de leur époque, en toute sincérité, en toute franchise, avec courage. C’est l’héritage de feu mon frère : on doit écrire pour l’histoire.

L’obsession du retour d’Amadou Demba Bâ m’a marqué. Il y met la Mauritanie face à ses démons du passé, et qui narre l’exil intérieur aggravé par la séparation brutale et inattendue avec les siens durant les tragiques événements de 1989.

Il y a aussi Sylli Gandega, ministre du Développement rural durant la transition. Il apporte dans «Regard d’un homme de la Transition » un éclairage sur la gestion de certaines affaires du pays.

Isselmou Ould Abdel Kader, signe avec «Le muezzin de Sarandogou» une œuvre romanesque sur les années de braise, dont le mérite est de prouver la capacité de certains maures à participer au devoir de mémoire des malheureux évènements de 1989.

De votre point de vue de distributeur, les mauritaniens lisent-ils ? Sont-ils une part importante de la clientèle ?

Je trouve que les mauritaniens ne sont pas habitués à lire ; et c’est pour cela que dans la librairie 15/21, nous avons créé un «espace enfants», vers lequel nous poussons souvent les parents, pour inculquer cette habitude aux jeunes générations qui arrivent.

Pour le moment c’est vrai, les ventes générales ne sont pas importantes, pour de multiples raisons liées à la société mauritanienne, mais également au coût des livres. Mais, et c’est encourageant, la plupart des œuvres mauritaniennes, se vendent surtout sur la durée. En moyenne, nous vendons un millier d’exemplaires d’un titre sur cinq ans.

Selamy Ould Abdel Aziz, éditeur et distributeur : "...Je suis toujours fasciné par les auteurs qui servent de témoins de leur époque, en toute sincérité, avec courage. C’est l’héritage de feu mon frère : on doit écrire pour l’histoire"
Vous avez bon espoir pour l’édition en Mauritanie…

Il ne faut pas être pressé, et c’est un choix stratégique, car c’est seulement sur la durée qu’un [véritable et professionnel pôle d’édition mauritanien]url:http://www.noorinfo.com/Edition-litteraire-La-traversee-du-desert_a1999.html verra le jour, et pourra représenter ce pays dans les rencontres internationales, où nous brillons par nos absences.

La création il y a peu de l’union mauritanienne pour l’édition et la distribution (UMED), dont je suis le président, vise justement à créer une synergie des différents acteurs de ces activités culturelles, pour jeter les bases de l’édition en Mauritanie.

Nous essayons de promouvoir les livres édités ici en les présentant à l’extérieur, autrement que par les salons littéraires, où nous n’avons pas les moyens d’aller régulièrement. C’est en ce sens que la plupart des livres d’auteurs mauritaniens sont dans la bibliothèque du Congrès américain, abonné à nos sorties, et à qui nous envoyons entre un et dix exemplaires de nos parutions. Même chose au niveau de la [fondation Al Saoud, à Casablanca]url:http://www.fondation.org.ma/default.html , ou dans d’autres bibliothèques des pays du Golfe.

L’avenir de l’édition n’est-il pas aussi lié à ses auteurs ?

Bien sûr et voilà une bonne raison d’y croire ! Il y a un grand avenir pour l’édition ici, car [il y a des plumes, anciennes et nouvelles qui jaillissent, et se rénovent, et de tous les styles]url:http://www.noorinfo.com/M-Bouh-Seta-Diagana-et-Manuel-Bengoechea-La-litterature-mauritanienne-est-toutes-proportions-gardees-la-litterature_a1850.html . On est à la veille d’une vraie prise de conscience des auteurs mauritaniens, qui n’hésitent plus à présenter leurs manuscrits, et savent aussi qu’il y a des structures ici qui peuvent accompagner l’édition de ceux-ci, de manière professionnelle.

Propos recueillis par Mamoudou Lamine Kane et Manuel Bengoéchéa
Mamoudou Kane


              

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